accord du participe passé de revêtir

Bonjour,
Dans la phrase : « quelles formes a revêtues l’aide apportée par le groupe ? », peut-on considérer que revêtir est ici assimilé à un verbe d’état  et donc que « les formes revêtues » sont un attribut et non un COD, et qu’il s’ensuivrait donc que « revêtu » resterait invariable ? Soit : quelles formes a revêtu l’aide apportée ?
J’ai posé une question similaire il y a quelque temps à propos de  « la difficulté que cela a représenté » : est-ce le même principe de raisonnement ?
Merci d’avance pour vos réponses.

JL Débutant Demandé le 25 juillet 2022 dans Accords

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4 réponse(s)
 

Je fais de même.

Prince Grand maître Répondu le 25 juillet 2022

quelles formes a revêtues l’aide apportée par le groupe ? Je ne peux pas considérer que revêtir est un verbe d’état, donc j’accorde avec le COD quelles formes.
Je ne me souviens plus de votre précédente question.

joelle Grand maître Répondu le 25 juillet 2022

Il n’y a pas que les verbes d’état qui introduisent des attributs.
Cependant :
Cette situation a représenté une difficulté.
Nous avons là un attribut. situation = difficulté

L’aide a revêtu des formes différentes
Nous n’avons pas : aide = formes différentes. Les formes sont des facettes de l’aide et non l’aide elle-même.
« Formes » n’est pas un attribut mais COD
==>quelles formes a revêtues l’aide apportée par le groupe ?

Tara Grand maître Répondu le 26 juillet 2022

Vous vous demandez donc si le mot « formes » est un COD.
En effet :
* Est-ce que l’aide les a vraiment revêtues, ces formes ? Les a-t-elle revêtues comme une personne revêt un manteau ? ou les a-t-elle revêtues comme on revêt une personne d’un manteau ? Le sens est autre.
* Et qu’est-ce que l’aide a revêtu ? Ce sont ces formes que l’aide a revêtues. Mais alors ces formes existeraient-elles donc indépendamment de l’aide ?
* Et ces formes feraient-elles un bon sujet de phrase ? Ces trois formes ont été revêtues par l’aide.
Quand ni la pronominalisation, ni la mise en exergue, ni la voix passive (trois critères permettant d’identifier un COD), ne portent un sens convenable, on s’éloigne carrément de l’idée de COD. Il est légitime de considérer que « formes » n’est pas le COD de « revêtir » dans votre phrase et qu’en conséquence il n’y a pas lieu d’accorder. Mais cela est théorique, car la plupart des auteurs accordent.

Vous considérez donc que dans « cette aide revêt plusieurs formes », on ne dit pas qu’il y a différentes formes, et que cette aide les revêt.
Voici d’autres exemples :
* Dans « Paul a mis une heure à comprendre », on ne dit pas qu’il y a une heure, et que Paul l’a mise ; on dit qu’il a mis longtemps à comprendre, le complément est évidemment adverbial.
–> L’heure qu’a mis Paul à comprendre… (on n’accorde pas avec le complément adverbial ; beaucoup d’auteurs accordent cependant illogiquement).
* Dans « ici, on parlait jadis la langue picarde », on ne dit pas qu’il y a une langue picarde, et qu’on « la » parlait ; on dit qu’on parlait « en picard », complément adverbial encore.
–> La langue picarde qu’on a parlé ici jadis… (on n’a pas envie d’accorder quand c’est un complément adverbial).
* Dans « ce papier sent la rose », on ne dit pas qu’il y a une rose, et que ce papier la sent.
–> C’est tellement vrai qu’on ne peut pas faire passer la rose avant le verbe : la rose qu’a senti ce papier…
* Dans « cette déclaration transpire la haine », construit sur le même principe que « sentir la rose », la haine n’est pas transpirée.
–> Mais on pourra pourtant occasionnellement lire « la haine que cette déclaration a transpirée« … et cette logique nous échappe, car c’est l’invariabilité qui aurait du sens
* Dans « ce film vaut le coup », « ce livre vaut dix euros », « ce livre m’a coûté ma liberté », « ce livre m’a coûté dix euros »… il n’y a rigoureusement aucun COD (le coup n’est pas valu, la liberté n’est pas coûtée…).
–> Mais vous trouverez pourtant çà et là des explications disant qu’on n’accorde pas pour le prix (les dix euros que ce livre a coûté), tandis qu’on accorde sinon (la liberté que ce livre m’a coûtée). C’est clairement sans fondement.
* Dans « l’affaire prend une drôle de tournure », on ne dit pas qu’il y a une tournure, et que celle-ci est prise par l’affaire.
–> La tournure qu’avait pris l’affaire (on n’a pas envie d’accorder avec une caractéristique de l’affaire, mais beaucoup le font cependant).

Complément adverbial, expression d’une caractéristique interne ou d’un aspect, complément de mesure, complément d’objet interne, il n’y a pas de liste (ou plutôt cette liste varie selon les grammairiens) des compléments qu’on accepte de ne pas considérer comme des COD, et qu’on peut dans un premier temps appeler compléments essentiels de verbe non compléments d’objet.
L’exigence intellectuelle dont vous faites preuve n’importe pas aux profs de français dans leur majorité, et pour eux le complément qu’on met après le verbe est un COD, point. Mais autour de la notion de complément essentiel de verbe, qui se répand, on convainc petit à petit que tous les compléments essentiels ne sont pas des compléments d’objet.
Dans votre phrase, la forme est l’aspect sous lequel l’aide se présente. Rigoureusement, ce n’est effectivement pas un COD, mais tant qu’une autorité grammaticale n’aura pas donné un nom précis à la fonction du complément dans « prendre une forme », ce sera difficile de donner une fonction incontestable au mot « forme ».
Ce complément est effectivement caractérisant (il prend plusieurs formes = il est multiformes), et on peut être tenté à cause de cette équivalence sémantique entre « prendre + caractéristique » et « être + attribut » de chercher un verbe attributif dans le verbe « prendre ». Le mot « attributif » ne serait pas absurde, mais on le réserve actuellement aux verbes proches des verbes d’état. Et puisque la construction entre « il a, il prend… » et « il est, il semble… » est différente, il faut choisir un autre mot. Pour exprimer votre idée, si vous vouliez la défendre (en phase avec les jeunes grammairiens mais en conflit avec les vieux manuels scolaires), il faudrait affirmer que « formes » n’est pas ici un « COD » mais par exemple un « complément essentiel du verbe donnant une caractéristique à une chose, comme un aspect, une présentation, une apparence ».

Du temps de l’invention de la règle de l’accord avec l’auxiliaire avoir il y a quelques siècles, aucun de ces cas n’était concerné. La règle se limitait aux participes passés ayant une valeur d’état pour le COD : j’ai aimé cette ville, cette ville est donc aimée, j’ai cette ville aimée –> la ville que j’ai aimée.
Ce sont des livres scolaires qui ont ensuite étendu cette règle à toutes sortes de compléments suivant le verbe, les appelant à tort COD.
De nos jours, pour la plupart des gens, seul le complément de mesure autorise le non accord.
On pourrait cependant, et on y viendra forcément, étendre la pratique du non accord à toutes les phrases correspondant aux exemples ci-dessus, où le complément qui suit le verbe ne répond pas à la définition d’un COD. Il suffit d’appeler ce complément « complément essentiel du verbe non COD » et si on le souhaite de créer des catégories.
La littérature le fait peu, car elle (en fait les éditeurs) applique les conventions dominantes en cours, et n’a pas la culture grammaticale permettant de récuser l’idée qu’il y a un COD, et en conséquence de dire qu’il ne faut pas accorder le participe passé. L’usage populaire en revanche le fait quand le sujet n’exerce pas une action de transformation sur le pseudo-COD (je ne regrette pas l’heure que j’ai mis à faire cela.
Contrairement à ce qu’on lit parfois, ce n’est pas le langage populaire qui abandonne progressivement le bon usage des accords, c’est en réalité qu’il conserve le sens et l’esprit de la langue, sans rejoindre les principes arbitraires de la langue écrite enseignée. Si on rencontre de plus en plus souvent l’absence d’accord, c’est aussi parce que le peuple a de plus en plus les moyens d’écrire sans médiateur, sans le filtre d’un éditeur. Ce n’est pas un relâchement, c’est la reprise en main par ses locuteurs de la langue telle qu’on la comprend et qu’on souhaite la défendre. Et éventuellement, il ne serait pas absurde que cela consiste à ne pas tenir compte des deux siècles passés de consignes de manuels scolaires, pour revenir au sens. Dans l’usage populaire, on ne voit pas de complément d’objet là où il n’y a pas de complément d’objet.

Je suis persuadé que j’ai identifié le problème qui vous intéressait quand vous avez posé votre question, et je vous affirme que votre interrogation sur le sens et la fonction des mots vaut carrément le coup d’être posée, et méritera d’être traitée dans des thèses de linguistique, cela a déjà commencé. Je fais le pari que dans cinquante ans, c’est votre approche qui s’imposera. Même si on n’abolit pas la règle de l’accord du participe passé utilisé avec l’auxiliaire avoir quand le COD est antéposé, du moins ou pourra la restreindre aux vrais COD et non à toutes sorte de compléments, adverbiaux ou autres.

Il est possible que votre question soit supprimée de ce site, et quelques réponses avec, comme la question de @lola avant-hier, si vous avez heurté la sensibilité d’une contributrice.

Benezet Grand maître Répondu le 26 juillet 2022
Votre réponse
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