sexualisation des noms d’animaux

pourquoi et comment a t’on attribué une sexualisation des noms des noms aux animaux ?
un corbeau- une corneille, un éléphant-une girafe.

Alainnicol Membre actif Demandé le 14 mai 2019 dans Général

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5 réponse(s)
 

Bonsoir Alain,

La question est donc celle de l’origine du genre grammatical  dans les zoonymes français.

La réponse que je peux vous fournir, pour ma part, dépend du degré de vos connaissances linguistiques et d’approfondissement souhaité

Sur un plan général, je peux vous dire que :

– pour certains noms d’animaux, le genre reste sans lien avec le sexe  (cf. les noms épicènes : brochet, hérisson, canari). Le choix  du genre est alors déterminé par des raisons semblables à celles qui valent pour les noms inanimés : l’étymologie, l’analogie (si vous suivez des études de linguistique, cela doit vous parler) ; 
– d’autres  ont un genre en rapport avec le sexe de l’animal :
le taureau, le bélier, le bouc, le coq ; la vache, la brebis, la chèvre, la poule, la couleuvre, la girafe.

A toutes fins utiles : Le genre dans les noms d’animaux, par Jean Dubois. 

Prince Grand maître Répondu le 15 mai 2019

Bonne référence que je conserve.

le 15 mai 2019.

Sur votre référence donnant dix exemples d’animaux qui tirent leur genre grammatical du sexe de l’animal, je suis d’accord avec quatre : taureau, bélier, bouc, brebis.
Pour le coq, c’est parfois faux : madame le coq de bruyère est chassée comme un coq de bruyère, et c’est un des noms de l’espèce.
Pour la poule c’est parfois faux : la chasse aux poules d’eau ouvre indépendamment de leur sexe, et c’est un des noms de l’espèce.
Pour la vache, c’est faux : des vaches femelles, un taureau, un bœuf, dans un champ, c’est champ à vaches ; un nom générique du genre ou de l’espèce est vache, et une vache nantaise peut être mâle ou femelle.
Pour les chèvres, demandez à un éleveur de chèvres s’il conserve son cheptel avec uniquement des femelles. Si par ailleurs vous citez le bouc, comment pouvez-vous imaginer que la chèvre est une espèce féminine ?
Pour la couleuvre, c’est faux : expliquez-nous comment vous reconnaissez un couleuvr, et comment vous le différenciez d’une couleuvre.
Pour la girafe, c’est faux : avec des bonnes jumelles on peut distinguer le mâle de la femelle, mais dites-nous quand même comment vous appelez le mâle.
Mais surtout comment peut-on même imaginer qu’une espèce ait globalement un genre lié au sexe d’un de ses représentants ? Si l’espèce est sexuée, il ne peut pas n’exister qu’un sexe dans l’espèce, c’est mécanique.
Je n’ai pas suivi votre lien, mais l’auteur qui vous sert de référence, soit c’est l’idiot(e) du village, soit c’est un(e) escroc(que). Votre zoologue, votre grammairien, ou votre lexicographe qui dit que les girafes, les vaches ou les couleuvres sont par nature des femelles est un crétin fini. Se taire quand on ne sait pas, est-ce si absurde ? Pourrait-il changer de métier ? Ou pourriez-vous éviter de le citer ?

le 16 mai 2019.


Je veux bien retirer les deux derniers animaux de la liste d’animaux dont le genre (masc. ou fém.) est en rapport avec leur sexe (mâle ou femelle). Je maintiens donc les huit autres.

Je relève que vous dites à propos de « l’auteur qui [me] sert de référence » en l’espèce :   « soit c’est l’idiot(e) du village, soit c’est un(e) escroc(que) ». Vous ajoutez que c’est un « crétin fini ».

Or,  les auteurs  qui m’ont servi de référence pour citer ces huit exemples d’animaux  sont les auteurs du Bon usage actuel !

En effet, le début du § 484 de cette excellente grammaire est rédigé comme suit :

« § 484 – Noms d’animaux.
a) Noms ayant un genre en rapport avec le sexe de l’animal.
Dans l’usage ordinaire, ils désignent des animaux que l’homme élève ou qu’il chasse :
Le taureau, le bélier, le bouc, le coq ; la vache, la brebis, la chèvre, la poule. »

Sans commentaire.

 

le 16 mai 2019.

Bonjour, pour en revenir à des considérations purement orthographiques tout en restant dans ce sujet, on peut rappeler que pour ce qui est de l’accord grammatical, c’est bien le genre du nom (masculin / féminin) désignant l’animal qui est pris en compte et non celui de l’animal lui-même (mâle / femelle), ce qui peut parfois causer le doute : deux orques mâles se sont battues.

ChristianF Grand maître Répondu le 15 mai 2019

Il y a une différence entre le genre naturel (il existe des chats « mâles » et des chats « femelles », des girafes « mâles » et des girafes « femelles ») et genre grammatical (marqué dans le cas du chat : le chat – la chatte, « neutralisé » dans celui de la girafe : la girafe). Il y a des crapauds femelles et …ce ne sont pas des grenouilles…
Il y a le lièvre et la hase !

L’origine de ces appellations m’est inconnue mais chaque langue a une grande autonomie pour organiser le genre grammatical de son lexique : il nous paraît naturel que le soleil soit masculin alors qu’il est féminin en allemand (Die Sonne). La langue allemande comporte par ailleurs un genre neutre (das) qui s’applique à une jeune fille : das Mädchen. Vous avez bien lu : une jeune fille est grammaticalement de genre neutre !
De même, la lune est féminin en français et masculin en allemand (Der Mond). Que dire de l’anglais qui ne comporte qu’un seul article « the » ou « a » et qui n’a pas de genre grammatical.
On pourrait se poser la même question pour les légumes (un poireau mais une courgette) et pour tous les objets mais je n’ai pas la réponse.

joelle Grand maître Répondu le 14 mai 2019

C’est presque une question pour linguistes ou historiens de la langue. Je ferai quelques remarques inspirées de l’expérience :
1. La question peut être élargie à tout ce qui touche aux animaux, aux mammifères en particulier. Par exemple, pour le sanglier on aura : femelle (laie), progéniture (marcassin), groupe (harde), le cri (grommellement) et l’abri (bauge).
2. La spécialisation des noms est clairement fonction de la proximité avec l’être humain : animaux domestiques, gibier, animaux symboliques.
3. Le nom de la femelle est souvent formé assez simplement sur celui du mâle par ajout du « e » (-elle, -ette, -esse, etc.) avec une petite adaptation éventuelle (loup>louve).  Il n’y a pas plus d’une vingtaine d’animaux mâles dont la femelle porte un nom « radicalement » différent (type singe>guenon).
4. Il y a des noms peu répandus car définis par les naturalistes et surtout utilisés par eux.
5. Par défaut, et c’est la majorité des cas, on utilise les noms mâle et femelle pour différencier les sexes et ce quel que soit le genre du nom générique : une hyène mâle.
Il y a sans doute d’autres remarques à faire, que je laisse à d’autres contributeurs…

Chambaron Grand maître Répondu le 15 mai 2019

Une pie aimait un corbeau
Et le corbeau aimait la pie.
Le corbeau, c’était la femelle.
Et la pie était un beau mâle.

Le corbeau, belle damoiselle,
Et la pie, gentil damoiseau,
S’allèrent convoler plus haut
Pour emmêler bientôt leurs ailes.

« Ô joli corbeau, ma maîtresse !
— Ô belle pie, ô mon amant ! »
C’étaient paroles d’allégresse
Chaque nuit sous le firmament.

Après un ou deux ans d’idylle,
La vie devint plus difficile.
Si la pie était encor belle
Le corbeau lui s’encorbellait.

La pie prospérait mâlement,
Sereine comme la hulotte.
Le corbeau guettait vainement
Son tour de porter la culotte.

« Ma mie, que vous devenez laide »
Disait la pie à son épouse.
« Mon mari, vous êtes impie »
Rétorquait le corbeau marri.

« Impie ? Je suis une pie mâle !
— Et moi femelle, mais corbeau !
— Taisez-vous ! corbeau féminin !
— Bavard ! oiselle masculine ! »

Puis tout alla de mal en pis.
La pie disait : « je suis la tête ! »
Et le corbeau : « je suis le chef ! »
Le foyer était désuni.

L’affaire fut mise aux perruques.
La juge qui coupa la laisse
Ressemblait au hibou grand duc
Quand il prend ses airs de duchesse.

—-

Quand on passe devant le maire
On tait les accords qui dérangent,
Mais à trop lire sa grammaire
On perd vite le sens des genres.

Le bon usage de Grevisse
Ne nous préserve pas du vice.
Un dictionnaire mieux genré
Ferait un duo mieux rangé.

Numeric Maître Répondu le 15 mai 2019

Si c’est de vous, bravo ! Sinon…

le 15 mai 2019.

Merci Chambaron. Bien sûr que c’est de moi. L’histoire du corbeau et de la corneille, la réponse sur le crapaud qui n’est pas le mari de la grenouille, le parallèle avec les humains, m’ont intéressé. Mais c’est surtout « deux orques mâles se sont battues » qui m’a convaincu de creuser la question des accords. Je ne pouvais qu’approuver cette phrase qui me perturbait pourtant. Le corbeau incitait à lafontainiser, j’ai trouvé la corneille difficile à versifier, je l’ai remplacée par une pie, et pour bien signer ma poésie pour ce site, j’y ai mis une juge au féminin, un peu de masculinisme primaire, et une référence à Grevisse et aux ouvrages dictionnairiques (lol). Et vous, combien de temps allez-vous encore rester correcteur avant d’écrire ?

le 15 mai 2019.

En fait, c’est l’inverse : j’ai déjà écrit et publié (huit ouvrages dans des genres littéraires très différents). En tout cas, votre texte est pertinent, original et à conserver.

le 15 mai 2019.
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