se permettre au féminin (participe passé)

Je voudrais revenir sur un des exemples qui m’a été expliqué dans le post « se dire au féminin ».

Il est expliqué qu’un sujet féminin doit dire « je me suis permis quelque chose » car on permet quelque chose (COD) à quelqu’un (COI). Ici, « me » est COI donc pas d’accord.
Il est aussi expliqué qu’un sujet féminin doit dire « je me suis autorisée » car COD précède le participe passé. Pourtant, n’autorise-t-on pas quelque chose à quelqu’un ? J’aurais analysé « me » comme COI et aurais donc écrit « je me suis autorisé », « Hélène s’est autorisé une sortie avant ses examens ».

Pouvez-vous donc m’expliquer les nuances que je n’ai pas prises en compte ?
Merci et bonne soirée

Kolargol Amateur éclairé Demandé le 10 janvier 2016 dans Accords
3 réponse(s)
 

Vous avez raison et l’explication n’est peut-être pas complète, mais attention à ne pas confondre l’emploi pronominal de « autoriser » précédé de « s' » et l’emploi non pronominal.

Emploi transitif non pronominal
« J’autorise les sorties (COD) à mes enfants (COI) ».
« Ces sorties, je les leur ai autorisées (COD placé avant) – même si la phrase est un peu compliquée.

Emploi pronominal ; en ce cas, il faut une analyse du sens et de la construction : 
Elle s’est autorisée à l’inviter (S’ est COD) mais Elle s’est autorisé une pause(S’ est COI).

– Je m’autorise un dessert de temps en temps (« me » est COI »==> je me suis autorisé un dessert, emploi pronominal…le COD est après.
– Je me suis autorisée à espérer.

Elle s’est permis de lui parler(S’ est COI) mais Cette pause, elle se l’est permise (le COD est « la pause »= « l' ») .

Elle s’est promis de le lui dire (S’ est COI) mais Cette chose qu’elle s’est promise (le COD est « la chose » = que).

Complément
Je me suis dit qu’il était énervant…(Me est COI)
Ils se sont dit des injures (Se est COI)
Les injures qu’ils se sont dites.

joelle Grand maître Répondu le 10 janvier 2016

Question tout à fait pertinente, dont la réponse n’est pas aussi évidente qu’il pourrait y paraître au premier abord.

Après lecture de différentes sources de référence (ex. CNRTL),  je ne trouve pour « Autoriser » que les constructions suivantes :
— Autoriser qqc.
— Autoriser qqn à qqc.
La forme « autoriser qqc. à qqn » n’est pas citée ni illustrée. Elle apparaît comme un barbarisme que rien ne justifie.

Alors pourquoi un doute avec des tournures comme « Je m’autorise un dessert « , tournure courante qui fait apparaître « dessert » comme un C.O.D, et par conséquent « m' » comme un C.O.I. ? Je ne vois finalement là qu’une déformation verbale récente de « Je m’autorise à (prendre) un dessert ». La proximité des constructions favorise la confusion, ainsi que la construction de « défendre à qqn. de… ».

Cela étant, je ne peux éviter un doute ultime. D’ailleurs, je viens d’interroger l’Académie. Je vous tiendrai au courant de leur réponse.

Chambaron Grand maître Répondu le 11 janvier 2016

Merci pour ces réponses précieuses et tous ces exemples qui me permettent de progresser avec les participes.
Alors, des nouvelles de l’Académie?

Kolargol Amateur éclairé Répondu le 15 janvier 2016

Non, rien encore…

le 15 janvier 2016.

J’ai hâte d’avoir la réponse aussi !

le 15 janvier 2016.

Voici la réponse de l’Académie in extenso.
Cela complète les réponses, mais ne règle pas la fonction du pronom dans la forme pronominale.  La forme autoriser quelque chose à quelqu’un  étant minoritaire, voire déconseillée, je pense que le plus sage est de ne la conserver que si la fonction de C.O.D. est déjà occupée par ailleurs.

Exemple : 
– Je me suis autorisée à sortir (« Me » est  C.O.D.)
– Les sorties que je me suis autorisées (« Me » est C.O.I. par obligation).

C’est un cas vraiment biscornu…

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Monsieur,

 La forme Je m’autorise un dessert est correcte.

 AUTORISER v. tr. et pron. XIIe siècle, actorisier, « approuver ». Emprunté du latin médiéval auctorizare, « confirmer », dérivé de auctor (voir Auteur).
 I. V. tr.   1. Class. Revêtir d’une autorité. C’était le roi qui autorisait les magistrats. Pron. Les coutumes s’autorisent par le temps et acquièrent force de loi.   2. Autoriser quelqu’un à, le mettre en droit de, lui fournir un motif, un prétexte pour ; lui accorder la permission de. Sa conduite déloyale vous autorise à le traiter sévèrement. La confiance que vous m’accordez m’autorise à vous faire cette confidence. Rien ne vous autorise à penser cela. Qui vous a autorisé à sortir ? Les nomades ne sont pas autorisés à stationner sur le territoire de la commune. Nous voulions prendre la parole mais n’y fûmes pas autorisés.   3. Rendre possible, justifier ; permettre, rendre licite. Cela autorise tous les espoirs. Un tel laxisme autorise tous les abus. C’est une action que les lois autorisent. Autoriser la publication d’un ouvrage. Autoriser l’ouverture d’un magasin.
 II. V. pron.   1. S’autoriser à, se donner le droit, la permission de. Il justifiait leur conduite pour s’autoriser à les limiter. De temps à autre il s’autorise une plaisanterie. Il ne s’autorise aucun répit.   2. S’autoriser de, prendre prétexte de ; s’appuyer sur. Il s’autorise de votre exemple pour agir ainsi. Il s’autorisa d’un entretien avec moi pour se dire mon ami.

 Le Trésor de la langue française accepte autoriser quelque chose à quelqu’un, mais Hanse et Blampain, dans le Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne considèrent que ce tour à éviter.

 Cordialement et bonne année,

 Patrick Vannier

le 18 janvier 2016.
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