sans que + subjonctif

Répondu

Mais les premières lueurs du jour glissèrent entre les franges du bas de ses rideaux, sans qu’il fût entré chez elle.

(il = son époux)

Bonjour,

Pouvez-vous m’éclairer sur l’usage du subjonctif dans cette phrase s’il vous plait ?

JackIsJack Maître Demandé le 4 octobre 2016 dans Conjugaison

Savez-vous que votre formation en orthographe peut être financée à 100 % par votre CPF ?
Découvrez nos formations éligibles et ne vous posez plus jamais cette question ni tant d'autres !

7 réponse(s)
 
Meilleure réponse

Bonjour,

Quelques réflexions sur le subjonctif et son emploi.

Rappelons que le subjonctif ne comporte que deux formes simples : le présent et l’imparfait, doublées par les formes composées, passé composé (appelé subjonctif passé) et plus-que-parfait.
L’ imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif sont des formes qui n’appartiennent plus au français courant, mais sont réservées à la langue littéraire de facture classique. Le français courant ne dispose plus, en pratique, que de deux formes : le subjonctif présent opposé au subjonctif passé.

Je voulais qu’il parte avant qu’elle n’arrive.
Le présent du subjonctif évoque ici le procès* dans son déroulement(aspect non accompli)

Je voulais qu’il soit parti avant qu’elle n’arrive
Le subjonctif passé, dans ce cas,  présente le fait comme accompli.
De cette valeur d’accompli peut découler, une aptitude à évoquer l’antériorité chronologique.
Il fallait qu’elle l’ait vu avant son départ.

Lorsque le subjonctif est employé dans une subordonnée après une principale au passé ou au conditionnel, la règle classique exclut l’emploi des subjonctifs présent et passé, leur substituant obligatoirement, avec la même opposition entre aspect non accompli et accompli, les subjonctif imparfait et plus-que-parfait.

L’imparfait rend ainsi compte d’un fait contemporain ou postérieur au fait principal, et présente le procès dans son déroulement:
Je souhaitais qu’il vînt.

Le plus-que-parfait indique que l’action est accomplie, et donc antérieure au fait principal.
Je regrettais qu’il eût oublié notre rendez-vous.

Les exemples précédents mettent en valeur la concordance des temps lorsque le verbe de la principale est à un temps du passé.

Résumons :

I ─ On emploie l’imparfait du subjonctif pour marquer la simultanéité ou la postériorité :

Je voulais qu’elle écrivît cette lettre sur-le-champ.

II ─ On emploie le plus-que-parfait du subjonctif pour marquer l’antériorité :

J’avais  voulu qu’elle eût écrit cette lettre avant mon départ.

*Le procès c’est ce qui se passe : le procès comprend la notion d’état et d’action.

czardas Grand maître Répondu le 5 octobre 2016

Ah ! la concordance des temps…
Si la principale est à un temps du passé de l’indicatif, la subordonnée au subjonctif sera :
– à l’ imparfait du subjonctif si le fait est simultané ou postérieur à l’action principale (Nous avons voulu qu’il cédât immédiatement. Il voulait que nous finissions le lendemain);
au plus-que-parfait du subjonctif si le fait est antérieur (Il voulait que tu eusses écrit avant son départ).*

Ton exemple me semble entrer dans ce champ :
Mais les premières lueurs du jour glissèrent (passé simple, indicatif) entre les franges du bas de ses rideaux, sans qu’il fût entré (plus-que parfait, subjonctif) chez elle.
= Avant que le jour paraisse, le mari n’était pas encore venu.
Cet emploi est très littéraire, ce pourquoi, il paraît parfois étrange.

* Source : Cordial en ligne

Evinrude Grand maître Répondu le 4 octobre 2016

Bonjour,

La locution conjonctive sans que introduit une subordonnée complément circonstanciel de manière.
Après sans que on met le subjonctif.

Les dents lui poussèrent sans qu‘il pleurât une seule fois.

On emploie aussi le subjonctif après que …ne

Vous ne sauriez lui dire deux mots qu‘il ne vous contredise.

Remarques :

I ─Après sans que ─ qui implique déjà une négation ─ on ne met pas ne :

Il y a des choses dans la vie qui ne servent à rien, qu’on pourrait supprimer sans que j’en sois atteint.

II─ Le verbe de la subordonnée circonstancielle se met au subjonctif  après les locutions conjonctives :

Bien que , encore que , malgré que , quoique , pour …que , quelque …que ,  si ..que , où que , quel que , qui que , quoi que.

Quelque mauvais que soit le temps je sortirai.
Quoi que tu dises je sortirai. 

Ne pas confondre quoi que avec quoique.

Quoi que tu dises je sortirai, quoique le temps soit exécrable.

czardas Grand maître Répondu le 4 octobre 2016

Tout comme bien quesans que est toujours suivi du subjonctif.
Mettez la phrase au présent et vous en serez convaincu :

« Mais les premières lueurs du jour glissent […] sans qu’il soit entré chez elle. »

jean bordes Grand maître Répondu le 4 octobre 2016

Bonjour,

C’est la conjonction « sans que » qui exige ici un l’emploi du subjonctif. Pour préciser un peu vos idées, voici un petit résumé de l’emploi de ce mode. Vous y trouverez une liste de conjonctions qui le commandent. Et quelques autres emplois que vous aurez certainement l’occasion d’approfondir.

Evinrude Grand maître Répondu le 4 octobre 2016

Bonjour à tous,

Merci pour vos réponses que j’ai lues attentivement.

Quelque chose me gêne encore malgré tout, c’est au niveau de la concordance des temps à mon avis.

Ici : Passé simple, suivi d’un plus-que-parfait du subjonctif.

Savez-vous si cette concordance de temps est admise grammaticalement ?

J’ai l’impression que l’usage du passé simple implique une incohérence vis-à-vis de la capacité de la proposition au subjonctif à pouvoir faire une concession à la principale.

Reformulation : Le fait que l’action « du jour qui entre dans le salon » soit ancrée dans le temps, à un moment précis, ne permet pas de douter qu’il puisse en être autrement ; et du coup, l’usage du subjonctif (qui exprime une réalité nuancée) me semble impropre ; auquel cas il ne faudrait pas utiliser « sans que… » non plus.

Qu’en pensez-vous ?

JackIsJack Maître Répondu le 4 octobre 2016

Il faut revoir la conjugaison du verbe être et celle des autres verbes au subjonctif.

Il ne s’agit pas du plus-que-parfait du subjonctif (eût été ) mais tout simplement de l’imparfait du subjonctif (fût).

le 4 octobre 2016.

Alors là, je suis perdu. Regardez :

le 4 octobre 2016.

Et, quand bien même il s’agirait de l’imparfait du subjonctif, je conserve mon interrogation. La concordance de temps est-elle valide ?

le 4 octobre 2016.

Sans vouloir parler pour czardas, je pense qu’il s’agit du plus-que-parfait du subjonctif du verbe entrer, formé du verbe être à l’imparfait du subjonctif (fût) et du participe passé (entré).

le 4 octobre 2016.

Je comprends dans vos deux réponses que la combinaison « passé simple indicatif  » + sans que + « subjonctif plus-que-parfait ». est admise, dans un usage littéraire, et même : littéraire classique. Ce choix permet de marquer l’antériorité de la non-venue du mari par rapport à l’apparition du jour.

La phrase me semble toujours étrange, pour les raisons que j’ai expliquées.

Le subjonctif est très intéressant à étudier en tout cas.

Bonne journée

JackIsJack Maître Répondu le 5 octobre 2016

Ce n’est pas qu’elle est « admise », c’est que c’est la bonne tournure. Simplement, elle se perd doucettement et a quasiment disparu à l’oral.

le 5 octobre 2016.

Pour « apprivoiser » le subjonctif, puisque vous semblez être intéressé par son étude je vous engage à lire :

Les chevaliers du subjonctif d’Éric Orsenna, ouvrage qui fait suite à La grammaire est une chanson douce .

─ Adolphe  de Benjamin Constant, qui figure au panthéon de la bibliophilie romantique. Un chef-d’oeuvre du genre que j’ai lu et relu.

le 5 octobre 2016.

Merci pour ces recommandations Czardas 🙂
Cependant mes goûts littéraires sont assez limités, ça oscille entre les gros ouvrages théoriques traitant d’un sujet de A à Z, et les romans classiques (les Alexandre Dumas, Maupassant, etc.). Je vous avais entendu(e)* parler de Grevisse ; j’investirai peut-être.

*(vous de politesse, et j’ignore votre genre)

le 5 octobre 2016.
Votre réponse
Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.