Ressembler à
Petite question, je ne trouve pas la réponse, même les manuels de mes élèves ne disent pas la même chose et ce n’est pas facile à expliquer aux enfants. Le verbe ressembler à est-il attributif car il n’est pas suivi d’un adjectif mais j’ai du mal à voir un COI dans la construction. Merci de votre aide.
Pierre ressemble à un ours.
Il n’y a pas identité entre Pierre et l’ours. On a seulement une comparaison et les deux éléments sont distincts. Ours n’est donc pas attribut, en effet.
« Ours » est un complément d’objet indirect (il fait en quelque sorte et pour simplifier, partie du verbe : ressembler à ne peut se passer d’un complément).
– on peut dire que ours est un complément essentiel
– on pourra lire aussi que c’est un complément circonstanciel (du verbe) de comparaison.
> la nomenclature varie hélas, selon l’approche d’analyse (circonstanciel correspond à une analyse fondée sur le sens – les autres fonctions sur une analyse structurelle)
Pour vos élèves, cela dépend donc de votre approche. Peut-être pouvez-vous parler de complément essentiel du verbe qui exprime la comparaison
Je vais à Paris : Paris est complément essentiel du verbe exprimant le lieu
À ma connaissance, le verbe ressembler ne s’emploie que sous la forme ressembler à avec le sens de avoir l’air de. Par nature, cette locution est attributive même si l’attribut est ici typiquement un nom. Cela n’est pas anormal, un nom pouvant fort bien être attribut : Il est avocat.
NB historique : Le verbe ressembler fut longtemps transitif direct, au moins jusqu’à la Renaissance : on ressemblait quelqu’un ou quelque chose. Le verbe n’est pas latin mais procède de l’ajout tardif d’un préfixe re- intensif sur sembler. L’anglais nous l’a d’ailleurs emprunté au XIVe siècle sous la forme to resemble (someone) qui se construit avec un attribut direct.
On peut dire que : outre le fait que ressembler est toujours accompagné de la préposition « à », on voit que la commutation de l’élément qui suit par « le » est impossible
Or, la commutation par le met en évidence le caractère attributif : je suis la femme de Pierre > je le suis mais Je ressemble à Pierre > je lui ressemble
Mais on touche ici à la limite de la description de la relation attributive.
J’ai consulté l’article : EGF-VERBES_ATTRIBUTIFS
« Pour les verbes attributifs qui ne se construisent pas avec des attributs adjectivaux, c’est le seul moyen de savoir[…] où se situe la frontière avec les COI ».
Il y a des zones floues dans la nomenclature. Ce sont toujours les points les plus intéressants.
Cependant…
la construction attributive peut, me semble-t-il, être dénoncée par l’emploi du verbe être.
Ainsi :
elle est rentrée malade > quand elle est rentrée elle était malade
Il se réveille fort préoccupé > au réveil il est fort préoccupé
le rêve vire au cauchemar : le rêve est maintenant un cauchemar
Mais ce n’est pas le cas avec ressembler à
Même avec équivaloir à on a :
Cette intervention équivaut à une insulte > c’est comme si c’était une insulte.
Recherche intéressante mais les analyses des grammairiens ne peuvent prendre en charge toutes les bizarreries de la langue, surtout des survivances médiévales. Je ne pense pas avoir rencontré d’autres cas d’un tel changement de construction.
