Qu’est-ce qui te prend de dire ça?
Je ne sais pas comment l’analyser d’un point de vue syntaxique? Est-ce que te est un complément d’objet indirect et qu’en est-il de de dire ça?
Vous avez des difficultés à analyser ce type de phrase parce qu’elle est.. difficilement analysable avec les critères grammaticaux habituels.
Il s’agit en effet de ce que les linguistes nomment « datif d’intérêt », un effet de style déjà utilisé en latin mais délaissé par le français académique (l’Académie a classé cela dans les formes familières voire condamnables).
Le pronom n’a ici aucune fonction grammaticale mais intensifie l’effet du verbe par rapport au sujet. L’ensemble peut se construire de différentes manières :
– Il s’est pris une amende salée ! (avec accusatif)
– Il s’en est pris pour son grade ! (intransitif)
– Qu’est ce qui lui prend de dire ça ? (intransitif)
Malgré les condamnations des grammairiens, ces formes ne sont pas rares, même dans la littérature :
– Il s’y prend mal ;
– Portez-moi mes bagages (portez-les pour moi) ;
– Je vais me le faire !
Vous pouvez lire le billet fort bien fait du linguiste Michel Francard pour une approche plus détaillée et d’autres exemples.
La formulation est assez complexe, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un datif d’intérêt / d’éthique.
Dans Je me fume une clope ; Il te lui a flanqué une claque ; Regarde-moi ce bordel on peut aisément retirer le pronom personnel sans y perdre le sens. Ici, ça ne me semble pas être possible pour le simple fait que le pronom n’intensifie non pas le verbe mais modifie le sens de ce dernier.
En revanche, dans Qu’est-ce qui te prend de la place ? il y aurait bel et bien un datif éthique ; mais ici le verbe prendre garde son sens justement.
Je pense qu’il s’agit plutôt d’un verbe pronominal autonome dans ce cas-ci. Le verbe prendre dans sa forme non pronominale n’a pas du tout le même sens.
Qu’en pensez-vous Chambaron ?
L’appellation « datif éthique » renvoie à la traduction littérale de la formule latine puisque les grammairiens romains l’avaient nommé ainsi.
L’important à retenir est qu’il s’agit d’un pronom sans valeur grammaticale et cela le rapproche en effet d’un pronominal autonome, forme qui s’est figée pour donner un verbe nouveau intégré, autonome justement de celui dont il s’inspirait.
Dans « qu’est-ce qu’il te prend de… » la difficulté vient du fait qu’il s’agit d’une tournure impersonnelle, ce qui brouille un peu la frontière. Mais le sens est bien celui d’un datif d’intérêt aussi appelé bénéfactif (voir Wikipédia).
À mon sens, il y a d’ailleurs un lien linguistique diffus entre les verbes essentiellement pronominaux et les datifs éthiques. Mais cela est une question trop complexe ici.
Quel est le rôle de cette phrase: de dire ça?
Compliqué à dire. Complément essentiel ? Sujet réel ?
La formulation de la phrase m’empêche d’être certain de moi sur ce cas-ci.
Je ne sais pas.
Quel est le rôle de cette phrase: de dire ça?
Qu’est-ce qu’il te prend de dire ça ?
Qu’est-ce qu’il t’arrive pour que tu réagisses comme ça ?
J’ai rapproché ces deux formes pour cette question : voyez-vous une différence entre les deux pronoms ?
Je suis allée chercher d’autre tournure du même genre (?) avec la forme impersonnelle :
Que te semble-t-il de ça ? (qu’est-ce qu’il te semble de ça ?)
Que t’importe-t- il de tout ça ? (qu’est-ce qu’il t’importe, de cela)
dans tout ces cas, on peut insister avec reprise du pronom tonique :
Qu’est-ce qu’il te prend, toi , de dire ça ? */ qu’est-ce qu’il t’arrive, à toi/qu’est-ce qu’il te semble, à toi/ qu’est-ce qu’il t’importe, à toi
J’aurais tendance à donner au verbe prendre une de ses acceptions, disons, courant : saisir , s’emparer de, correspondant finalement à cette définition (TLF) : Le sujet désigne qqc. de l’ordre du sentiment, de l’état psychologique, de l’impulsion.Disposer, s’emparer de quelqu’un d’une manière qui l’affecte physiquement ou moralement, ou qui le prive (d’une partie de) ses capacités intellectuelles. Synonyme gagner, envahir, posséder.
*Cependant : dirait-on : qu’est qui te prend, toi de dire ça ? ou bien « à toi, de dire ça » ?
et la forme passive correspondante serait : tu es pris par quelle lubie pour réagir comme ça ?
Merci pour votre réponse.
Le pronom est analysable et il est en effet COI (éventuellement COD, les deux constructions étant acceptées*, mais avec la forme interrogative, il semble que la construction indirecte soit la plus fréquente). On peut d’ailleurs le remplacer par un syntagme nominal :
Qu’est-ce qui a pris à ton frère de dire ça ?
Qu’est-ce qui lui a pris de dire ça ?
Pour de dire ça, je dirais que c’est un complément du pronom sujet qui.
* Quelque chose prend à quelqu’un ou Quelque chose prend quelqu’un. Avec les pronoms de la troisième personne, la différence est marquée : Quelque chose lui-leur prend / Quelque chose le-les prend.
