passé composé et passé simple

Bonjour, je me demandais si  » Il a eu peur pendant trente secondes.  » et  » Il eut peur pendant trente secondes.  » sont des phrases synonymes au niveau du temps ?

MALF Membre actif Demandé le 17 janvier 2020 dans Général

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6 réponse(s)
 

Bonjour,

Pour mémoire, on utilise le passé simple uniquement s’il s’agit d’un récit (énoncé non rattaché à la situation d’énonciation), on ne l’emploie pas si l’énoncé est rattaché à la situation d’énonciation. Ainsi, on ne dirait pas :

Tout à l’heure, alors que je me promenais avec mon chien, il y eut une détonation, mon chien eut peur pendant trente secondes, puis…

Si donc on est bien dans du récit, on peut en effet employer le passé simple ou le passé composé, mais l’effet produit ne sera pas le même : avec le passé composé, on se place dans l’après, dans l’état résultant ; avec le passé simple, on se place dans le pendant, dans l’action. Marcel Pagnol le dit bien plus joliment :

Le passé composé, c’est un temps imprécis, médiocre, bête et mou. Nous avons été réveillés par la fusillade… Bon. Et alors ? L’histoire est finie avant d’avoir commencé. Tandis que : Nous fûmes réveillés par la fusillade… Tu vois ! Tu as dressé l’oreille. Tu attends la suite. S’il veut revivre, le passé se doit d’être simple. C’est la seule façon de le rendre présent.

 

phil-en-trope Grand maître Répondu le 17 janvier 2020

Du beau Pagnol. Voilà une citation plus parlante que tous les arguties des grammairiens. Merci mis-en-trope.

le 24 janvier 2020.

Dans la rédaction courante et professionnelle, on n’utilise généralement pas le passé simple qui est en effet plus littéraire que le passé composé.
Il a eu peur et il eut peur expriment bien l’aspect daté et terminé de l’action. Toutefois, le contexte d’emploi est différent.

joelle Grand maître Répondu le 18 janvier 2020
Mis-en -trope a écrit  : avec le passé simple, on se place dans le pendant, dans l’action.
Cette affirmation me semble, sinon inexacte, du moins favorable aux confusions.

Je trouve la formulation ci-dessous plus précise :
Le passé simple a pour vocation de raconter des événements en les organisant en « une colonne vertébrale » de la trame narrative : les événements surgissent et se donnent dans leur totalité, comme d’une seule expression. Deux passés simples successifs sont a priori marqués comme la succession de deux événements.
Études littéraires

L’imparfait présente des actions en cours d’accomplissement (aspect sécant).

La différence entre le passé simple et le passé composé :
Les actions au passé composé peuvent avoir un lien avec le présent. Mais pas toujours. Il peut avoir la même valeur que le passé simple, présenter des actions dans leur succession.  Dans ce cas, la différence est que le passé simple est un temps de l’écrit, le passé composé davantage un temps de l’oral.
Écrire en utilisant le passé composé est parfois un effet de style : impression d’oral, plus grande présence du narrateur. Voir l’Étranger de Camus qui est écrit dans l’alternance passé-composé, imparfait, on sent le narrateur.
Le récit au passé composé a sa propre couleur ; sa forme est plus longue, il porte les connotations de son autre valeur (antériorité), le participe passé évoque l’idée de résultat, etc.

Tara Grand maître Répondu le 18 janvier 2020

Tara, alors vous n’êtes pas non plus d’accord avec l’ami Marcel ? 😉

Quand je parle du « pendant » de l’action, c’est bien sûr au niveau global du récit (à l’intérieur avec le PS, à l’extérieur avec le PC), et non au niveau de celui de chacun des procès, où le PS (action accomplie) s’oppose en effet aspectuellement à l’imparfait (action non accomplie) :

La bombe explosa = la bombe a fini d’exploser.
La bombe explosait = la bombe est en train d’exploser.

Quant à l’opposition passé simple = littéraire, passé composé = oral, elle me parait très simplificatrice. L’opposition récit (PS) vs discours (PC) ou dit autrement énoncé ancré / énoncé non ancré, nettement plus pertinente.
Je raconte (donc oral) une fiction (donc non ancrée dans la situation d’énonciation, autrement dit, un récit, et non un discours) :

 Et alors, le loup surgit de derrière l’arbre et fondit sur le Petit Chaperon rouge.
Et alors, le loup a surgi de derrière l’arbre et a fondu sur le Petit Chaperon rouge.

Personnellement, avec le PS je suis à l’intérieur du récit : dans la forêt, dans la peau des personnages, un coup le loup, un coup le Petit Chaperon, ça suscite des attentes, des émotions, c’est haletant, j’ai les tripes en mouvement ; avec le PC, je suis à distance, hors du récit, dans l’après, dans le constat, limite le procès-verbal, sans affects : mes tripes sont au repos.

phil-en-trope Grand maître Répondu le 18 janvier 2020

Personne n’a parlé d’oral pour le PS…

le 18 janvier 2020.

Ni pour le PC d’ailleurs.

le 18 janvier 2020.

Pour le PC, si :  le passé composé davantage un temps de l’oral. (voir le message de Tara)

Pour le PS, c’est moi qui dis qu’on peut le trouver à l’oral : quand l’énoncé est décroché de la situation d’énonciation (fiction, passé appartenant à l’histoire, passé lointain, volonté de mise à distance (d’un passé proche)).

Cette vidéo n’est pas mal faite, me semble-t-il. Sinon il y a une importante littérature linguistique consacrée au sujet, il suffit de visiter le Net et d’y faire son choix.

https://www.youtube.com/watch?v=t8s5MJEffog&feature=youtu.be

le 18 janvier 2020.

Vous avez parfaitement raison pour tout Mis-en-trope. Je n’avais pas l’impression de dire le contraire. En effet, on peut très bien raconter au passé simple à l’oral. D’ailleurs les enfants le font spontanément dès qu’ils inventent une histoire. Enfin, certains enfants, ceux qui ont eu une expérience de lecteur. Il est le temps de la fiction, celui qui déjà met du suspens.
Le PC, il met un fil à la patte : on est toujours relié au présent, au réel donc.

Tara Grand maître Répondu le 23 janvier 2020

Le PC relie au présent quand il est temps de discours , mais il peut également être employé concurremment au PS, auquel cas, c’est un temps du récit au même titre que le PS, et alors,  il n’est plus relié au présent.

le 23 janvier 2020.

Vous avez parfaitement raison pour tout Mis-en-trope. Je n’avais pas l’impression de dire le contraire. En effet, on peut très bien raconter au passé simple à l’oral. D’ailleurs les enfants le font spontanément dès qu’ils inventent une histoire. Enfin, certains enfants, ceux qui ont eu une expérience de lecteur. Il est le temps de la fiction, celui qui déjà met du suspens.
Le PC, il met un fil à la patte : on est toujours relié au présent, au réel donc.

Tara Grand maître Répondu le 23 janvier 2020
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