Participe passé

Bonjour, quelqu’un pourrait-il me donner des informations sur des nuances de sens.
Par exemple : La mission que je me suis vu confier ou confiée – ce n’est pas moi qui a confier la mission, bien sûr.

Manuel Grand maître Demandé le 15 août 2020 dans Accords
8 réponse(s)
 

Si vous n’accordez pas le participe passé « vu », c’est donc – comme vous le précisez – que l’on vous confie une mission.
– confiée : on insiste sur le résultat de l’action
– confier : on insiste sur l’action de confier

joelle Grand maître Répondu le 15 août 2020

La mission que je me suis vu confiée  =  on m’a confié une mission (où « me » n’est pas COD mais COI – « que » est COD de confié)

La mission que je me suis vu confier*à ces hommes était audacieuse = j’ai confié une mission à ces hommes (confier est COD de voir)
*sans la suite la phrase serait inachevée.

Tara Grand maître Répondu le 15 août 2020

Eh bien Manuel, voici encore un autre son de cloche (qué cacophonie !).(Enfin, non en fait il rejoint celui de joelle, mais je développe davantage étant donné les autres réponses données – notamment celle de Bamako) :

– si c’est le sujet qui confie la mission, se voir a un sens actif, et :

1) le participe de voir s’accorde avec le pronom se COD antéposé,
2) le verbe confier peut uniquement se mettre à l’infinitif,
3) comme l’a indiqué Tara, il faut obligatoirement que suive le COI (indiquant à qui est confiée la mission).

La mission qu’elles se sont vues confier à leurs collaborateurs, blablabla.
=
elles ont vu elles-mêmes confier une mission…

– si le sujet est celui à qui est confié la mission, se voir a un sens passif, et :

1) le participe de voir reste invariable (se est COI de confier),
2) le verbe confier peut se mettre soit à l’infinitif, soit au participe (auquel cas on accordera avec le COD, ici mission), avec la nuance indiquée par joelle,
3) le complément d’agent est facultatif.

La mission qu’elles se sont vu confier (par leurs supérieurs), blablabla.
= leurs supérieurs leur a confié une mission.

La mission qu’elles se sont vu confiée (par leurs supérieurs), blablabla.
=Une mission leur a été confiée (par leurs supérieurs).

(En passant, peu importe que le COD soit ou non antéposé, en l’espèce ce n’est pas ça qui est pertinent, seule compte la nuance processus / résultat-état, et alors avec le COD postposé : Elle se voit confier une mission / Elle se voit confiée une mission  (peut-être qu’on le « sent » mieux avec l’inversion Elle se voit une mission confiée) sont également valables.

Comme dirait Bamako, en espérant ne pas avoir commis de bourdes, parce que c’est très casse-gueule comme question et ces constructions sont tellement alambiquées, qu’il est difficile de se fier à son intuition : si on met un verbe dont les participe et infinitif ne sont pas homophones, les deux versions me semblent étranges, celle avec le participe possiblement plus.

La mission qu’elles se sont vu offrir par leur supérieurs, blablabla ;
La mission qu’elles se sont vu offerte par leur supérieurs, blablabla.

phil-en-trope Grand maître Répondu le 16 août 2020

Oui, une construction finalement assez peu claire.  L’utilisation de verbes dont les participes passés ne sont pas homophones montre nettement qu’on n’utilise pas le participe passé. Le résultat est très artificiel, et même avec l’infinitif d’ailleurs, je vous rejoins.

le 16 août 2020.

« Qui a confié », pardon.

Manuel Grand maître Répondu le 15 août 2020

Merci de vos réponses détaillées.

Manuel Grand maître Répondu le 15 août 2020

Merci pour toutes ces réponses, il y a dans tout cela le verbe « être’ qui est sous-jacent, il peut réapparaître à tout moment suivant le sens.
Construction compliquée à utiliser.

Manuel Grand maître Répondu le 16 août 2020

Merci en tout cas d’avoir participer à ce « débat ».
Je savais avant de poser la question que personne n’aurait « la » réponse, la solution sur ce point. c’est ici qu’est mise en valeur la question de point de vue de chacun, car personne n’a tort ni raison ici.

Manuel Grand maître Répondu le 1 septembre 2020

Bonjour,
L’utilisation du participe passé ne me semble pas acceptable dans cette phrase quel que soit le sens de celle-ci.
On ne dirait pas, selon moi :  « La mission que je me suis vu remise ».
Seul l’infinitif me semble autorisé et, si le contexte ne permet pas de savoir si « je » fait l’action de confier ou non la mission, c’est l’accord de « vu » qui le permettra (à condition qu’il s’agisse d’une femme).
 La mission qu’elle s’est vue confier : c’est elle qui la confie. (la mission qu’elle s’est vue confier à son collègue)
 La mission qu’elle s’est  vu confier : on lui confie cette mission. (la mission que son patron lui a confiée)
En revanche on écrira : il s’est vu confié à ses grands-parents.
Bonne journée.

PhL Grand maître Répondu le 16 août 2020

Bonjour,

Si on oublie un instant l’intuition, la décision « à l’oreille », qui en l’espèce sont à mon sens d’un secours à peu près nul, ne pensez-vous pas que les deux constructions sont possibles :

Elle voit ses supérieurs lui confier une mission.
> Elle se voit confier une mission (par ses supérieurs).

Elle voit une mission lui être confiée par ses supérieurs.
> Elle se voit confiée une mission (…).

De la même façon que l’on peut avoir :

Elle s’est vue condamnée à une lourde peine (par le tribunal).
> Elle a vu elle être condamnée à une lourde peine (par le tribunal).

Elle s’est vu condamner à une lourde peine (par le tribunal).
> Elle a vu le tribunal condamner elle à une lourde peine.

 

(Pour info, je ne suis pas responsable du vote négatif : je trouve ces votes négatifs sans commentaires parfaitement ineptes, et à partir du moment où il y a un commentaire pas vraiment utiles.)

le 16 août 2020.

Merci Luxembour pour ce lien vers la réponse de Phl (et merci Phl).
On comprend alors pourquoi : « je me suis vu offerte une fleur » ne peut fonctionner,  « me » étant COI?

le 17 août 2020.

@PhL
La réponse donnée par l’Académie est moyennement crédible, dans la mesure où sa réponse sur la première structure est erronée (ou au moins incomplète) puisqu’elle ne donne comme correcte que la forme au participe alors que celle à l’infinitif l’est également : Elle s’est vue confiée / elle s’est vu confier à une famille d’accueil.

L’argument avancé par Richard Herlin n’est pas recevable, puisque les deux structures recevoir / prodiguer ne sont pas comparables : X prodigue un soin à Y (un soin est prodigué à Y) vs Y reçoit un soin (*Un soin est reçu à Y). Par conséquent, Thierry s’est vu reçu des soins est plus qu’improbable, elle est impossible : seul l’infinitif est possible en l’espèce, puisqu’il y a identité entre le sujet de voir et celui de recevoir (on est dans le cas de Elle s’est vue confier une mission à ses collaborateurs).

@Tara
Mais en quoi le fait que le pronom réfléchi est COI empêcherait le participe passé ?

le 17 août 2020.

Il se peut bien que je m’embrouille totalement avec cette construction mais il me semble que dès que le verbe a un COD  et que le pronom réfléchi est COI dans certains cas seulement -lesquels?- elle soit impossible.

1. On lui a interdit l’entrée —> il s’est vu interdite l’entrée/l’entrée interdite  par…
D’accord.
2. Mais
on lui a pris une chemise —>°Elle s’est vu prise une chemise/ °une chemise prise par…
– Elle s’est vue prendre une chemise : c’est elle qui prend
– elle s’est vu prendre une chemise par…
on lui a mis une amende —> °Elle s’est vu mise une amende
– Elle s’est vue mettre une chemise
– Elle s’est vu mettre une chemise (malgré ses protestations)
on lui a vendu une voiture —> °elle s’est vu vendue une voiture /°une voiture vendue par…
– Elle s’est vue vendre une voiture
-Elle s’est vu vendre une voiture hors de prix

Pourquoi la construction en 1 est-elle possible (du moins il me semble car je finis par douter) et en 2 ne l’est-elle  pas ?
le 18 août 2020.

L’Académie  :

On peut avoir l’infinitif ou le participe passé.

Si la phrase a un sens passif et si le pronom se représente la même personne que le complément d’objet direct du verbe qui suit voir, on utilise le participe passé. Elle s’est vue confiée à une famille d’accueil (dans ce cas on pourrait ajouter l’infinitif être devant le verbe au participe passé). On dira de même, elle s’est vue perdue, morte, gagnante.

Si le complément d’objet direct du verbe qui suit voir ne représente pas la même personne que le pronom se, on utilise l’infinitif, mais deux cas peuvent se présenter.

Si le pronom se représente la même personne que le sujet du verbe qui suit voir, vu s’accorde avec celui-ci. Elle s’est vue confier cette mission (elle a confié cette mission à quelqu’un). Si le pronom se n’est pas le sujet du verbe qui suit voir, il n’y a pas d’accord. Elle s’est vu confier cette mission (quelqu’un lui a confié cette mission).

le 18 août 2020.

Moi aussi, il se peut (c’est même certain) que je m’embrouille avec cette construction, simplement j’aimerais avoir des réponses un peu plus argumentées que les seuls : c’est possible, ce n’est pas possible que l’on trouve sur les différents sites ;  d’ailleurs, je trouve sur ce site – sur lequel les analyses s’avèrent souvent pertinentes – une voix dissonante :

se voir confier/confiée la tâche

Comme pour l’heure, je n’ai pas d’autres arguments à proposer que les gloses que j’ai données précédemment, je (me) pose les questions suivantes (précédées de quelques réflexions).

La voix passive canonique permet de mettre en position de sujet le COD, mais non le COS.
Les pirates ont remis les prisonnières au commandant.
Les prisonnières ont été remises au commandant (par les pirates).
*Le commandant a été remis les prisonnières (par les pirates).

A contrario, se voir à sens passif permet de mettre en position de sujet, et le COD et le COI (à condition qu’il y ait un COD : ça ne fonctionne ni pour un COI seul (téléphoner à), ni avec deux COI (parler de quelqu’un à quelqu’un)).

– Si on monte le COD en position de sujet, on obtient deux structures :

(1) Les prisonnières se sont vu remettre au commandant (par les pirates).
(2) Les prisonnières se sont vues remises au commandant (par les pirates).

Notre intuition accepte facilement le participe de l’énoncé (2), parce qu’on « traduit » cet énoncé par Les prisonnières ont été remises au commandant (par les pirates), mais comment expliquer l’infinitif de l’énoncé (1) ?

– Si on monte le COS en position de sujet, on obtient :

(1) Le commandant s’est vu remettre les prisonnières (par les pirates).
? (2) Le commandant s’est vu remises les prisonnières (par les pirates).

Comment expliquer l’infinitif de (1) ?
Pourquoi rejeter le participe de (2) ?

le 20 août 2020.

Peut-être rejette-t-on Le commandant s’est vu remises les prisonnières (par les pirates)
justement parce que s’est vu + participe passé est égal à être +participe passé et qu’alors on a une forme passive où le participe passé est renvoyé au sujet (objet : ici COI)*   et non à l’objet  prisonnières qui est complément.
La phrase serait une autre version de : °le commandant ont été remises les prisonnières par les pirates.
La phrase correcte est : au commandant ont été remises les prisonnières
Il manque donc à la phrase : Le commandant s’est vu remises les prisonnières (par les pirates) un indicateur de sa fonction car « se » certes, peut être COI mais il est COD dans la locution auxiliaire à valeur passive « se voir ».
Le commandant a vu remises à lui les prisonnières  éviterait la confusion que le pronom « se » entretient : « se » COI ou « COD » comme l’auxiliaire « se voir » l’exige ?

Qu’en pensez-vous?

le 21 août 2020.

Tara a dit :  » car « se » […] est COD dans la locution auxiliaire à valeur passive « se voir ». »

Pour autant que le réfléchi soit encore analysable dans ce semi-auxiliaire, précisément non, quand le verbe est bitransitif et que le sujet de se voir n’est pas identique au sujet du verbe infinitif, se est COI : dans La commandante s’est vu remettre les prisonnières par les pirates, se est bien COI, n’est-ce pas ? Il est COD lorsque le sujet de se voir et de l’infinitif sont identiques : La commandante s’est vue remettre les prisonnières aux pirates.

 

Tara a dit : « justement parce que s’est vu + participe passé est égal à être +participe passé »

Oui, si on fait cette équation, c’est effectivement imparable, mais alors – tant qu’on ne réfléchit que sur le COD promu sujet – cette équation n’est pas valable uniquement pour se voir + PP, elle l’est également pour se voir + INF, puisqu’on a bien :

Les prisonnières se voient remettre au commandant (par les pirates) = Les prisonnières sont remises au commandant (par les pirates).

Mais comme se voir peut également faire monter en position de sujet le COS, pour lequel il n’est évidemment pas possible de poser se voir = être + PP, peut-être faut-il penser les choses autrement.
Voir non pronominal peut construire comme COD aussi bien l’infinitif (1 et 1’) que le substantif (2 et 2’).

Avec comme sujet de voir le COD de la phrase active de départ :
(1) Les prisonnières voient remettre elles au commandant (par les pirates).
(2) Les prisonnières voient elles remises au commandant (par les pirates).

Avec comme sujet de voir le COS de la phrase active de départ :
(1’) Le commandant voit remettre les prisonnières à lui (par les pirates).
(2’) Le commandant voit les prisonnières remises à lui (par les pirates).

Si on remplace les pronoms personnels par des pronoms réfléchis, n’obtient-on pas :

Avec le COD :
Les prisonnières se voient remettre au commandant (par les pirates).
Les prisonnières se voient remises au commandant (par les pirates).

Avec le COS :
Le commandant se voit remettre les prisonnières (par les pirates).
Le commandant se voit remises les prisonnières (par les pirates).

 

Par ailleurs, et ce n’est pas un argument, simplement une observation, l’usage (des exemples ici avec se voit offert un) ne rejette pas cette possibilité (contrairement à des structures proches, pour lesquelles on ne trouve pas se fait offert / se laisse offert).

Une des occurrences vient d’un ouvrage en allemand qui traite manifestement de la question. Je ne suis pas germanophone, j’ai passé le tout petit extrait sur un traducteur automatique :
La construction avec le participe passé (il se voit offert un café), qui est également possible avec ces verbes, […].

S’il passait ici un germanophone, ce serait intéressant qu’il nous résume ce qui est développé dans ce passage.

 

le 28 août 2020.

Je vous ai lu avec une attention insuffisante parce que je suis fatiguée. Je vous relirai à tête bien reposée car je n’y comprends plus rien ce soir! Cette construction est quand même un casse-tête justement.
La seule chose que j’ai bien saisie, c’est mon erreur concernant la fonction de « se ». Oui il est COi et non Cod.
Donc, à  bientôt sur ce fil Phil (!).

le 30 août 2020.

Oui. Je suis votre raisonnement.
On peut donc se demander pourquoi l’usage accepte « se voit offert » et rejette « se fait offert », « se laisse offert ».
On pense tout de suite au sens des verbes  évidemment.
Serait-ce parce que « voir » aurait gardé quelque chose du verbe de perception (avec un sujet qui reçoit quelque chose) ?  « faire » et « laisser » implique plus de volonté de la part du sujet.

Est-ce que la construction est possible avec un autre verbe de perception ?
Je m’entends interdire l’entrée de la salle
°Je m’entends interdite l’entrée de la salle
Apparemment pas.

le 31 août 2020.

Phil suit le fil, ne perd pas le fil (essaie du moins), est au bout du fil ! 🙂

Tara a dit On peut donc se demander pourquoi l’usage accepte « se voit offert » et rejette « se fait offert », « se laisse offert ».
Proposition d’explication : contrairement au verbe voir, les verbes laisser et faire ne construisent pas le substantif comme COD, seulement l’infinitif.

Elle laisse remettre les prisonnières à elle (par les pirates).
*Elle laisse les prisonnières remises à elle (par les pirates).

Elle fait remettre les prisonnières à elle (par les pirates).
*Elle fait les prisonnières remises à elle (par les pirates).

 

Pour ce qui concerne s’entendre, une hypothèse : pour se voir, le PP est réputé indiquer l’accompli, ce qui parait difficile avec entendre : il y a concomitance entre ce qui est dit et ce qui est entendu.

le 1 septembre 2020.
Votre réponse
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