Néologismes & pléonasmes : des fautes ?

Bonjour, je me suis souvent interrogé sur ces deux points :

1) Doit-on considérer les néologismes comme des fautes ? Je ne parle pas ici de mots dont l’écrivain croit l’existence (on pourrait allégorer sur cette image ; l’auteur ne fait qu’adynatoner tout au long de ces vers) ni d’anglicismes utilisés avec insouciance (la prise de position des journalistes risque d’impacter sur certaines décisions politiques). Je parle ici de néologismes créés exprès par l’auteur, dans un but pratique. Par exemple, si l’on doit disserter sur un auteur qui a réécrit des poèmes avec le style de Rimbaud ; au lieu de répéter sans cesse « appliquer le style de Rimbaud », ne pourrait-on pas inventer le mot « rimbaudiser » dans un but de concision ou sera-ce considéré comme une faute ?

2) Doit-on considérer les pléonasmes comme des fautes ? Ils m’ont toujours fait l’effet de figures de style servant à appliquer un effet d’insistance. Certains blâment le célèbre « au jour d’aujourd’hui » sous prétexte que c’est redondant ; mais n’est-ce pas un bon moyen d’insister sur la date actuelle ? Les gens qui utilisent cette expression ne le font-ils pas toujours dans le but d’insister fortement ?

Bon après-midi.

Dor4 Maître Demandé le 10 août 2020 dans Question de langue
3 réponse(s)
 

Néologismes :
Je ne me sens pas compétente pour trancher.
Permettez-moi seulement de donner mon avis.
Il me semble qu’un néologisme sera accepté
Si le lecteur comprend que l’auteur ne commet pas une faute mais invente consciemment un mot nouveau
S’il n’existe aucun mot portant le sens voulu
Si l’auteur ne fait pas une habitude de créer des néologismes
Si le sens recherché apparaît clairement
Si le mot est conforme à l’esprit de la langue (construction avec préfixes et suffixes existants par exemple)
Si le résultat n’est pas « monstrueux »

Pléonasmes :
Vous avez raison : le pléonasme est une figure de style. Utilisé comme tel, il participe à la fonction poétique du langage où à sa fonction émotive ou conative (selon Jakobson) et il serait dommage de s’en priver.

Ne pourrions-nous pas, peut-être, l’aider ?
Une telle formulation cumule les pléonasmes : le conditionnel fait coup double avec le verbe « pouvoir » et l’adverbe « peut-être » et le type de phrase, une interrogative, en rajoute encore. Mais nous avons-là une intention : user de tact, de discrétion, et atténuer au maximum l’intrusion.

Mais dans les exemples suivants :
Collaborons ensemble – il est devant une double alternative – la conjoncture actuelle …
On voit bien que le locuteur fait un pléonasme par ignorance du sens réel des mots. Et nous avons erreur.

Tara Grand maître Répondu le 10 août 2020

1. Néologismes

« Doit-on considérer les néologismes [créés par les auteurs] comme des fautes ? »
Pour ma part, je ne considère pas ces néologismes  comme nécessairement fautifs, à la double condition suivante :
– le sens du néologisme doit être clair pour le lecteur ;
-le néologisme doit être guillemété.
(J., néologue à la Commission d’enrichissement de la langue française)

2.Pléonasmes

a) « Doit-on considérer les pléonasmes comme des fautes ? »
Pas nécessairement. En effet, les grammairiens distinguent les pléonasmes vicieux, comme monter en haut, reculer en arrière, et les pléonasmes destinés à donner plus de force à l’expression, comme Je l’ai vu, de mes propres yeux vu.

b) « Certains blâment le célèbre « au jour d’aujourd’hui » sous prétexte que c’est redondant ; mais n’est-ce pas un bon moyen d’insister sur la date actuelle ? Les gens qui utilisent cette expression ne le font-ils pas toujours dans le but d’insister fortement ? »

– Si.
– Pas toujours : il y a  ceux qui répètent ce double pléonasme (=il exprime trois fois l’idée de jour) sans aucune volonté d’insistance…
–  Il n’est pas rare de trouver ce pléonasme  dans la langue littéraire. Le Bon usage actuel donne ces exemples :
« Tout ce qui est français d’origine et de bon aloi ne passe-t-il pas pour archaïque au jour d’aujourd’hui ? (HermantChron. de Lancelot, t. I, p. 549.) — Jusqu’au jour d’aujourd’hui , tout ce beau monde est encore dans les montagnes (ChamsonSuperbe, p. 304)— Pour en recevoir de pareilles au jour d’aujourd’hui , il faudrait y mettre un bon prix (B. ClavelFruits de l’hiver, p. 339)— Madeleine aurait aimé Régis jusqu’à sa mort, jusqu’au jour d’aujourd’hui (TrioletGrand jamais, p. 135)— Une riche plaine bien de chez nous, aussi belle qu’ au jour d’aujourd’hui (GenevoixForêt perdue, p. 12)— Vous trouvez qu’au jour d’aujourd’hui , c’est vain ? (BeauvoirMandarins, p. 190.) — Comp. : Et nous n’avons à nous que le jour d’aujourd’hui ! (Lamart.Méd.ii .) »

Prince Grand maître Répondu le 10 août 2020

Merci pour toutes vos réponses ; vous m’éclairez beaucoup sur le sujet !
Bonne journée.

Dor4 Maître Répondu le 11 août 2020
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Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.