Nature et fonction du participe présent et syntagme

Bonjour à tous,

À l’analyse de la phrase suivante, je rencontre des problèmes à déterminer la nature et les fonctions des deux participes présents et syntagmes respectifs :

« Jugeant ma mère trop protectrice et son fils pas suffisamment débrouillard ni indépendant, mon père avait décidé de me mettre le pouce à l’étrier, m’obligeant à me rendre en auto-stop à mon entraînement de football dans le village voisin… »

Selon mon interprétation personnelle (hautement subjective et potentiellement erronée) je serai tentée de dire que :

– le premier participe présent a valeur d’adverbe circonstanciel (nature) et introduit un groupe participial qui exerce la fonction de complément circonstanciel de cause exprimant un lien/une relation logique de causalité entre une première action (de juger) et sa conséquence, qu’est l’action consécutive exprimée par le verbe de la proposition principale (décider de…). Partant de cette hypothèse, le groupe participial remplacerait ici une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de cause (Parce qu’il avait jugé que son fils n’était pas suffisamment débrouillard ni indépendant, mon père avait décidé de…).

Toutefois, je dois admettre que j’ai des doutes. En effet, si je déplace le syntagme dans la phrase, cela tend à confirmer mon sentiment que le groupe participial se rapporte plus au sujet qu’au verbe (Mon père, jugeant que […], avait décidé de…) or, serait-il possible que ce groupe participial soit en réalité une apposition antéposée* ayant la fonction de complément du nom ?

Toujours selon mon interprétation personnelle :

– le deuxième participe présent a également valeur d’adverbe circonstanciel (nature) et introduit un groupe participial exerçant la fonction de complément circonstanciel de manière qui se substituerait ici à un gérondif exprimant de quelle manière la décision prise dans la proposition principale est appliquée (en m’obligeant à…).

Ici, une question secondaire me vient à l’esprit : pourrait-on prendre le risque de dire que ce participe présent ne se substitue pas, mais est un gérondif « ellipsé » ? (C’est-à-dire, dont la préposition aurait été ellipsée par l’insertion d’une virgule afin de créer un effet de style ayant peut-être a pour but d’alléger la phrase, mais surtout, d’éviter que l’action « secondaire » d’obliger soit mise en relief au profit de l’action principale – mise délibérément au centre de la phrase car déterminante pour le reste du récit.)

En proie à des doutes et consciente de mes lacunes, je m’en remets donc à vous chers experts et chères expertes. Pourriez-vous confirmer ou infirmer cette analyse ?

Je vous remercie par avance pour les réponses que vous m’apporterez.

Bien cordialement,

Lara

_________________________
* Comme il n’y a pas vraiment de consensus quant à la définition d’une apposition je ne suis pas sûre que ce soit ici exact. Ce, même dans une acception entendue au sens large, c’est-à-dire un groupe de mots séparé du terme auquel il est apposé par une virgule (soit un syntagme fonctionnant comme une subordonnée sans être proposition puisque ne contenant pas de verbe conjugué [mode impersonnel]).

LVP Débutant Demandé le 2 juin 2021 dans Question de langue

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3 réponse(s)
 

Quelle torture ! Modestement, je dirais :

– Jugeant = comme il jugeait ; il y a clairement l’idée de cause, donc complément circonstanciel (pas de complément du nom, la notion d’adverbe m’étonne un peu…)

-. »en m’obligeant »,effectivement, on aurait pu avoir  un gérondif, et il y a clairement l’idée de manière.

Personnellement, je n’aurais  pas construit avec deux participes présents (trop lourd) – de plus, le « pouce à l’étrier » est redondant, je l’aurais supprimé; le jeu de mots (peu fin) avec l’auto-stop ne se révélant qu’après.

Qui est l’auteur ?

joelle Grand maître Répondu le 3 juin 2021

Jugeant ma mère trop protectrice et son fils pas suffisamment débrouillard ni indépendant, mon père avait décidé de me mettre le pouce à l’étrier, m’obligeant à me rendre en auto-stop à mon entraînement de football dans le village voisin…

Mon père, jugeant ma mère trop protectrice et son fils pas suffisamment débrouillard ni indépendant avait décidé de me mettre le pouce à l’étrier, m’obligeant à me rendre en auto-stop à mon entraînement de football dans le village voisin…

Mon père avait décidé, jugeant ma mère trop protectrice et son fils pas suffisamment débrouillard ni indépendant de me mettre le pouce à l’étrier, m’obligeant à me rendre en auto-stop à mon entraînement de football dans le village voisin…

Il est normal que cet élément puisse se déplacer. C’est le cas  des compléments circonstanciels (de cause notamment).

Tara Grand maître Répondu le 3 juin 2021

Apparemment, je ne peux pas faire de commentaires. Je vais donc faire une réponse groupée.

Tout d’abord, je vous remercie chaleureusement pour vos réponses.

@ joelle

Un participe présent pouvant avoir plusieurs fonctions dans un syntagme, la notion de « valeur adverbiale » est usitée par plusieurs grammaires (structurelle/morphosyntaxique et sémantique) pour en quelque sorte « définir la classe grammaticale » du participe présent. Cette notion est mise en opposition avec la « valeur adjectivale » de ce même participe présent lorsque celui-ci fonctionne comme adjectif verbal.

Ou, plus simplement ->
– participe présent invariable = valeur d’adverbe
– participe présent accordé en genre et nombre avec le substantif auquel il se rapporte = valeur d’adjectif verbal.

Ludovic Hubler est l’auteur de cette phrase (ou plus précisément ce segment de phrase – d’où les points de suspension), elle-même extraite de Le Monde en stop, cinq années à l’école de la vie (un récit de voyage qui fera de lui le lauréat du Prix Pierre Loti en 2010).

@ Tara

Mais oui, évidemment ! Quelle idiote je fais !
Encore un cas typique de ce que j’appelle « l’effet Sudoku » (lorsque l’on passe un long moment sur une tâche cérébrale et que, après un certain laps de temps, l’on semble comme être bloqué alors que lorsque l’on s’y remet après avoir fait une pause la solution nous saute aux yeux et nous apparaît comme évidente).

À tête reposée, je me rends compte que sur un plan purement morphosyntaxique, dans cette phrase le seul « type » de complément du nom n’étant pas introduit par une préposition qui aurait pu être apposé devant ou juste après le substantif eût été un adjectif qualificatif. Or ici, toute l’ironie est que ce n’est justement pas le cas puisque le participe présent a clairement valeur d’adverbe et non d’adjectif verbal.

Du coup, j’ai un peu honte d’avoir posé cette question puisque dans mon analyse j’ai moi-même inconsciemment répondu à ma propre question…

LVP Débutant Répondu le 3 juin 2021
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