Je voudrais savoir si c’est une règle essentielle de grammaire ou une tendance grammaticale : Avec les inanimés et les verbes qui expriment les goûts (aimer, adorer, détester, préférer etc.), on utilise le pronom ÇA : J’aime le chocolat. Je l’aime. → J’aime cela (ça).

Les inanimés et les verbes qui expriment les goûts

Emad1976 Maître Demandé le 11 janvier 2022 dans Question de langue

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5 réponse(s)
 

Dans les premiers exemples que donne Tara, ça est démonstratif-déictique (il renvoie à un élément de la situation d’énonciation, élément qui est montré), alors que dans le cas indiqué par Emad il est démonstratif-anaphorique (il renvoie a un antécédent).

Quand on parle de façon générale, on emploie la pronom démonstratif neutre (ça, cela) et quand on parle de façon spécifique, on emploie le pronom personnel (le, la les) :

Le chocolat, j’adore ça (général), mais celui que tu as acheté hier, je le trouve franchement immangeable (spécifique).

phil-en-trope Grand maître Répondu le 11 janvier 2022

J’affine ma réponse suite au commentaire laissé par Feuillu :

Avec des verbes dont le complément d’objet peut référer à une catégorie / une classe / un domaine – ce qui est le cas des verbes appréciatifs, également de ceux de connaissance -, on utilise le pronom neutre pour parler en général (et les pronoms personnels pour les emplois spécifiques)  :

Je n’aime pas les enfants  / les chats (catégorie/classe) > Je n’aime pas ça, les enfants / les chats = Je n’aime pas cette catégorie/classe d’individus / d’animaux / d’êtres.

Je connais bien les mathématiques (domaine) > Je connais bien ça, les mathématiques = Les mathématiques, c’est un domaine que je connais bien.

Cela ne vaut plus lorsque le complément d’objet ne réfère pas à un domaine / une classe, c’est le cas de laver, on ne peut en effet pas dire :
Les fraises, c’est un domaine / une classe que je lave toujours.

le 11 janvier 2022.

Bonne nuit,

Tout au plus une tendance grammaticale…

Prince Grand maître Répondu le 11 janvier 2022

Il n’y a rien de spécifique concernant les verbes que vous citez (ceux qui expriment les goûts). On dit tout autant :
Donne-moi ça – regarde ça – laisse ça – lave ça – etc.
« ça » remplace très souvent « cela » à l’oral, qu’il soit en position de COD comme ci-dessus, ou dans une autre fonction : ça m’épate – ça ne fait rien (sujets), à côté de ça – c’est pour ça que je viens- sans ça que fais-tu ?   (compléments circonstanciels).
Il est pronom et en tant que tel, il prend les fonctions du nom.

Tara Grand maître Répondu le 11 janvier 2022

Vous avez raison, on utilise parfois le pronom « le/la/les », et parfois le pronom « ça ».
— Les fraises, j’aime ça.
— Les fraises, je les lave toujours.
Ce sont les mêmes fraises, inconnues et théoriques, ce n’est pas leur spécificité qui leur vaut le pronom défini. Il me semble bien, comme vous l’écrivez, que c’est le verbe.

Pourquoi le pronom neutre ? Je vous donne mon hypothèse vite fait, mais j’ignore où c’est écrit dans les livres. La raison est je pense qu’il y a un autre verbe sous-entendu avec les verbes que vous citez. Je n’aime pas vraiment les fraises. Je ne suis pas amoureux des fraises. Je ne les aime pas. Simplement, j’aime manger des fraises. J’aime ça. Le « ça » renvoie donc à une proposition. Mais ça ne suffit pas ; dans « elle est là, du moins je le crois », on utilise le pronom défini pour reprendre une proposition. Alors peut-être que le « ça » reprend seulement des infinitifs et des propositions infinitives ? : « dormir, j’aime ça ». Oui, je dirais que c’est peut-être la raison. Mais dit-on « le sommeil j’aime ça, le sommeil ça repose » ou « le sommeil je l’aime, le sommeil il repose   » ? On utilise bien le pronom « ça ». C’est peut-être parce que le mot « sommeil » désigne le fait de dormir ? Oui, je suis assez de mon avis. Il faudrait faire le tour des usages pour en tirer une règle et une raison, un principe.

Car il est bien certain qu’il y a une raison « essentielle », comme vous le dites, à l’usage du pronom « ça » dans certains cas, et que ce n’est pas une simple règle d’usage. Il faudrait chercher la raison dans des livres compliqués, dont je ne suis pas un lecteur fervent.

Feuillu Grand maître Répondu le 11 janvier 2022

Intéressant.
Je pense que vous voyez juste : le renvoi s’effectue sur un processus.
Voici une étude qui m’a paru très intéressante, notamment la partie consacrée à cela/ça.
Le sens cataphorique de ceci, cela, et ça – cmlf2010_000127.pdf

le 11 janvier 2022.

Tara. Votre lien porte sur la notion de « pronom cataphorique ». J’ai perdu une heure sur cet article, mais d’une part je ne comprends rien, et d’autre part je ne vois pas le rapport avec la question, qui porte sur la différence entre les pronoms « le » et « ça ».
Si vous sous-entendez que nous sommes confrontés à un pronom cataphorique, dites-le clairement :
* anaphorique : les fraises, j’aime ça
* cataphorique : j’aime ça, les fraises
Quelle différence sur le choix du pronom ? Expliquez, parce qu’avec le lien brut sans votre interprétation, je ne vois pas ce que vous essayez de dire.
Qu’il soit cataphorique ou anaphorique, pour moi c’est le même pronom avec le même sens, et très certainement avec la même justification syntaxique.

Dans quels cas écrit-on « je le préfère » ou « je préfère cela » ? c’est la question de Emad1976, et je n’ai pas trouvé de réponse à cette question dans votre document.

le 11 janvier 2022.

Je suis vraiment désolée que vous ayez perdu votre temps avec cet article Feuillu.
Il est évident que le sujet est le ça cataphorique, cependant La cataphore est le pro­cé­dé inverse de l’anaphore : (au lieu de ren­voy­er vers quel­que chose qui a été dit ou mentionné antérieurement, un élé­ment ca­ta­pho­ri­que annonce quel­que chose dont on va parler). Et certains paragraphes s’intéressent au ça anaphorique dont il est question ici.
Je me permets de relever quelques passages seulement qui, s’ils ne répondent pas à la question précisément, peuvent alimenter notre réflexion, notamment sur la différence entre « les fraises, j’aime ça » et « les fraises, je les aime ».
(C’est moi qui ai mis en gras)

Une analyse strictement référentielle de ça est depuis longtemps jugée impossible car le pronom ne fait
pas anaphoriquement référence à une entité facilement repérable dans le discours. Le contraste illustré en
(28) entre ça et la vraie anaphore que constitue le pronom personnel a été fréquemment étudié,
notamment par Cadiot (1988) et Carlier (1996).
(28) a. Les gosses, ils se lèvent tôt le matin (adapté de Carlier 1996)
b. Les gosses, ça se lève tôt le matin
[…]Achard (2000) suggère que le pronom fournit à l’interlocuteur de l’énoncé les instructions
nécessaires pour créer dans le contexte du discours une région (dans le sens de Langacker 1991) à
laquelle il fait référence. Selon cette analyse, en (28), ça a pour référent la région abstraite composée de
l’ensemble des propriétés communément associées à la catégorie gosses
[…](29) Henri eut un petit rire: « vous croyez que c’est si simple! Le malheur, c’est que tous les camarades
savent que Mercier n’a jamais travaillé avec moi. » Lucie se mordit la lèvre; soudain, elle ne
crânait plus, et il eut peur qu’elle ne se mette à pleurer, ça devait être un spectacle écœurant.
(Beauvoir, Simone de. Les mandarins: 472
[…]
En (29), le référent du pronom n’est pas fourni par le contexte immédiat qu’Henri a devant les yeux, mais
par celui que ses craintes imposent à son imagination. Deuxièmement, la région qui constitue le référent
de ça peut être abstraite et générale au point d’être équivalente à la section de réalité qui comprend toutes
les circonstances associées à un évènement donné, comme le montre l’exemple en (30):
(30) Il se sentait très déprimé. Vincent avait dou ze macchabées derrière lui, il essayait de les oublier
en continuant à tuer; et entre temps, il se saoulait beaucoup: il allait se saouler ferme chez
Marconi. On ne pouvait pas le laisser continuer comme ça. Mais comment l’en empêcher?  » Il y a
quelque chose de pourri quelque part », se dit Henri. Tant de choses à faire! Et tant de types qui
ne savaient que faire! Ça aurait dû coller: et puis ça ne collait pas. » (Beauvoir, Simone de. Les
mandarins: 151)
[…]
(31) Ça n’est pas réussi!  » Dit Henri. Il suivit de s yeux Julien qui marchait avec dignité vers la porte;
lui non plus, il n’était pas drôle, il tournait plutôt à l’aigre. Mais somme toute, pourquoi ça serait-
il spécialement drôle, l’après-guerre? Oui, sous l’occupation, elle était bien belle: vieille histoire.
Assez fredonné la chanson des lendemains; demain, c’était devenu aujourd’hui, ça ne chantait
plus. (Beauvoir, Simone de. Les mandarins: 159)
L’exemple en (31) illustre la différence entre une structuration objective et subjective de la même scène.
Dans « assez fredonné la chanson des lendemains » , l’origine du chant est facile à imputer aux participants,
même s’ils ne sont pas identifiés de façon spécifique. Dans ça ne chantait plus, le chant n’a pas de source
précisément identifiable, mais constitue d’une certaine façon l’ambiance générale de la scène. 3 La
structuration de la scène qui constitue le référent de ça d’un point de vue interne (subjectif) représente
peut-être la caractéristique la plus importante qui motive l’emploi cataphorique du pronom.

Tara Grand maître Répondu le 12 janvier 2022

Je n’ai pas lu l’article, seulement les extraits que vous avez donnés. Les cas ne sont pas comparables avec celui évoqué dans ce fil : ce sont les sujets et non les COD qui sont repris.

Ainsi, pour la première phrase, la reprise en ça est impossible avec les gosses non plus sujet, mais COD (en gardant un énoncé générique) :

On lève les gosses tôt en Earlystan > *Les gosses, on lève ça tôt en Earlystan.

Seul convient : Les gosses, on les lève tôt en Earlystan.

le 12 janvier 2022.

On lève les gosses tôt en Earlystan > *Les gosses, on lève ça tôt en Earlystan.
En dehors de toute polémique, pourquoi pas? Certes il n’y a rien d’élégant à cette formulation.
Les menteurs, on traite ça de façon impitoyable. Là il y a connotation méprisante, c’est vrai.
Les conflits, on oublie ça et on travaille ensemble.

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