Il me faudra me lancer dans une entreprise comme je n’en ai encore jamais connu (e) ?

Bonjour les experts,
Jamais simple avec « en ».
Dans ce cas précis, j’aurais tendance à ne pas accorder. En effet, on ne peut pas vraiment enlever le « en » de la phrase sans la rendre boiteuse : « une entreprise comme je n’ai encore jamais connu », ce serait boiteux, non ?
Qu’en pensez-vous ?
Merci de vos lumières

Pascal3873 Amateur éclairé Demandé le 18 juillet 2021 dans Accords

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4 réponse(s)
 

Comme vous le savez peut-être, les académiciens ont décidé (il y a longtemps) qu’il n’y aurait pas d’accord du participe passé après en., même si celui-ci est C.O.D.
Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai jamais pu en trouver la raison. En fait, il n’y en a pas, c’est un pur résultat de l’arbitraire de cette Académie qui n’a eu de cesse de compliquer l’accord contre nature du participe passé après l’auxiliaire avoir.
Vous pouvez donc soit ne pas accorder pour vous sentir conforme à la règle en vigueur, soit ne pas accorder par conviction de l’inutilité de l’accord. Voilà une position nuancée qui ravira tout le monde…

Chambaron Grand maître Répondu le 18 juillet 2021

Merci mille fois

le 18 juillet 2021.

Excellent ! Clair et opérationnel…

le 18 juillet 2021.

Pas vraiment.

le 18 juillet 2021.

@Prince : je suis heureux de faire à l’occasion grincer quelques dents sur ce thème.  Les querelles byzantines et vaines sur ce sujet me sont toujours un instant de plaisir.
Vous connaissez les positions que je défends, largement partagées par la communauté  linguistique…

le 18 juillet 2021.

Pascal, 

Le Bon usage actuel, § 946 :

« Cependant, l’usage [part. passé non accordé] n’est pas général, et il n’est pas rare qu’on traite en comme un autre pronom personnel et qu’on lui attribue le genre et le nombre du nom représenté. Cette variation ne peut donc être taxée d’incorrecte.

Ses ordres, s’il en a donnés , ne me sont pas parvenus 
(StendhalCorresp., t. II, p. 380)
— Un homme capable de découvrir en douze ans autant de choses et de si utiles que Suzanne en a découvertes en douze mois serait un mortel divin (FranceLivre de mon ami, p. 211)— J’ai déchiré de mes brouillons bien plus de feuillets que je n’en ai gardés (BarrèsGénie du Rhin, Préf.)— Il quitte, sans plus de formes qu’il n’en a suivies pour y entrer, cette armée […] (MauroisMes songes que voici, p. 94)— La peur a détruit plus de choses en ce monde que la joie n’en a créées (MorandRond-point des Champs-Élysées, p. 28)— Ma mère ? mais jusqu’alors je n’en avais point eue (ArlandÉtienne, p. 63)— Des connaissances, des conseils, mes trois fils en ont reçus (DuhamelMusique consolatrice, p. 87)— Une joie discrète, mais telle qu’il n’en avait jamais montrée en ma présence (BoscoMalicroix, p. 152)— Une immense muraille telle que les hommes n’en ont jamais construite (GreenAnnées faciles, 9 déc. 1934)— Une remonte comme on n’en avait jamais vue (GionoDeux cavaliers de l’orage, p. 38)— Sur les tombes des chefs, ils dressaient des statues en bois… Vous en avez vues au musée de Kaboul (KesselJeu du roi, p. 112)— Il vous vaudra plus de surprises, […] , plus de bonheur aussi que je ne vous en ai jamais donnés (J. d’OrmessonHist. du Juif errant, p. 616)Etc.

 

De même, lorsqu’il y a un adverbe de degré : On saurait […] combien de gens il a convertis, combien il en a consolés (VeuillotHistoriettes et fantaisies, p. 136)— M. Spronck pourra répondre qu’en fait de questions difficiles, il en a déjà trop touchées dans son livre (BrunetièreEssais sur la litt. contemp., p. 230)— Ce sont vos lettres qui m’ont grisée ! Ah ! songez / Combien depuis un mois vous m’en avez écrites (E. RostandCyr., IV, 8)— C’était là une de ces constructions psychologiques comme j’en ai tant bâties (BourgetSens de la mort, p. 220)— Ce n’est qu’un crachat de plus sur la face ruisselante d’une société soi-disant chrétienne, qui en a déjà tant reçus (BloyDésespéré, p. 271)— Des gens comme nous en avons tant connus (PéguySouvenirs, p. 101)— Un de ces documents confirmatifs, comme les derniers temps en ont tant produits (BainvilleBismarck et la Fr., p. 136)— C’est une de ces explications politiques, telles que Corneille en a tant écrites (SchlumbergerPlaisir à Corneille, p. 222)— Combien n’en avait-il pas connus , lui, Péguy, qui, grâce au bergsonisme, avaient cheminé vers la foi ! (MassisNotre ami Psichari, p. 188.) — On condamne des hérétiques plus qu’on n’en a jamais condamnés (ChamsonSuperbe, p. 83)Etc. »

Arrêté ministériel du 28 décembre 1976 (en vigueur) :  applicable aux examens et concours organisés par l’Edducation : singulier et pluriel du PP admis dans les mêmes circonstances. Riegel,  Pellat et Rioul  (La grammaire méthodique du français, 5e édition, 2014) considèrent qu’il faut étendre ses prescriptions en dehors de l’Education à l’antécédent comptable pluriel.

 

(N.B. Dans des phrases comme la suivante, l’accord est commandé non par le mot en , mais par un pronom relatif objet direct placé avant le participe : Il retournait contre sa mère les armes qu’ il en avait reçues : R. RollandJean-Chr., t. IV, p. 31.).

 

 

 

 
Prince Grand maître Répondu le 18 juillet 2021

Merci pour toutes ces précisions, Prince.

le 18 juillet 2021.

Votre test consistant à enlever le « en » ne sert à rien. Quand bien même on pourrait enlever ce « en », montrant ainsi qu’il n’est pas un COD, rien ne viendrait prendre sa place de COD pour imposer un accord quelconque. Pouvez-vous nous dire où on vous a préconisé ce test ?

Il y a, plus ou moins en vigueur, une règle qui dit que le pronom « en » n’emporte jamais aucun accord.

Mais non, les académiciens n’ont jamais édicté une telle règle. C’est De Wailly qui a le premier systématisé l’idée que « en » est toujours mis pour « de lui », « de cela », « d’elles »… que par définition il n’est donc pas un complément direct, et qu’il ne commande jamais aucun accord. Son opinion a prévalu dans la mesure où il a dans la foulée rédigé des manuels scolaires. Dès avant 1800, on pouvait déjà se contenter de ne pas accorder le participe passé avec ce que représente le pronom « en ».

Dit comme le disait De Wailly, c’est évidemment faux. Dans « je mange de la soupe », « de la soupe » est COD bien que commençant par « de », car « de » n’est pas une préposition. Et dans « j’en mange », « en » est bien complément d’objet direct, comme « de cela » est complément d’objet direct dans « je mange de cela ».

On applique aussi cette règle avec une autre justification. On dit maintenant, « certes, de la soupe est COD, mais neutre » car toutes les formes partitives sont neutres.
Et c’est vrai : on dit « de la soupe, j’ai bu de cela », et non « de la soupe, j’ai bu d’elle ». Donc on écrit « de la soupe, j’en ai bu » et non « de la soupe, j’en ai bue ».

Quelle règle appliquer ?
Les deux justifications ci-dessus de la règle d’invariabilité sont mauvaises.
* la mauvaise règle de De Wailly (« en » ne peut pas représenter un COD) reste acceptable bien qu’idiote, puisque longtemps enseignée, et appliquée par les grands auteurs du XIXe siècle qui font référence.
* la mauvaise règle sur le partitif neutre (« en » est forcément partitif dans ce cas) reste acceptable bien qu’idiote, puisqu’elle est enseignée au XXe siècle (et citée sur ce forum), et que des auteurs l’appliquent.

Mais dans votre phrase, votre « en » est un vrai COD, et il n’est pas partitif (il ne signifie pas « une certaine quantité d’entreprises », mais « une entreprise quelconque »). Aucune des deux justifications de la règle d’invariabilité n’est valide. Cependant, l’invariabilité ayant été enseignée, aussi mauvaises les justifications en fussent-elles, elle est devenue une règle arbitraire, que vous pouvez vous contenter d’appliquer : ne pas accorder.

En 1976, le gouvernement français (de quoi se mêle-t-il ?) a reconnu la possibilité de l’accord, mais c’est encore pire maintenant puisque certains ont compris que la possibilité de l’accord était généralisée alors qu’elle devrait être circonscrite au cas où « en » est un vrai COD et n’est pas partitif.

Dans votre phrase, la logique grammaticale française permet l’accord, car votre « en » est un pronom COD non partitif. Ce pronom est ici féminin singulier.
— Il me faudra me lancer dans une entreprise comme je n’en ai encore jamais connue.
Vous pouvez également, mécaniquement, ne pas accorder, comme la majorité des auteurs l’ont fait durant deux siècles.
— Il me faudra me lancer dans une entreprise comme je n’en ai encore jamais connu.

Dans la mesure ou cette règle arbitraire de non-accord s’inscrit dans le cadre d’une règle arbitraire d’accord avec le COD antéposé, comme le suggère Chambaron, il suffit de refuser la règle-cadre pour ne pas être embarrassé par la règle de l’exception à la règle.

politburo Maître Répondu le 18 juillet 2021

Bonjour politburo,

Merci de votre contribution pour éclairer ma question.

Ce « test » (supprimer le « en ») est tiré du Projet Voltaire himself et traité dans le module « Excellence » dudit Projet. Commenté par Bruno Dewaele, référent du site et champion du monde d’orthographe, comme vous le savez : https://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/des-erreurs-j-en-ai-fait-ou-des-erreurs-j-en-ai-faites/

Pascal3873 Amateur éclairé Répondu le 18 juillet 2021

Merci Pascal de m’avoir répondu.

L’article sous votre lien n’aborde étonnamment pas la notion de complément d’objet direct antéposé au participe passé utilisé avec l’auxiliaire avoir. Or c’est la première chose qui importe ici : le mot « en » est-il ou non le COD du participe passé ?

Leur astuce pour identifier un COD n’a aucun sens.
Elle suppose qu’il n’y a que le COD qu’on ne peut pas retirer d’une phrase sans la rendre boiteuse. Choisissons par exemple un verbe qui a obligatoirement un COD et un COI introduit par « de », un verbe qui n’a de sens qu’avec son complément en « de » :
— J’ai privé mes filles de sortie.
— Je les en ai privées.
Peut-on supprimer le « en » ? Non.
Le pronom « en » est-il pour autant COD ? Non.
Alors il faut continuer à accorder avec le COD ? Oui.
Malgré la présence d’un complément « en » qu’on ne peut pas retirer ? Oui, car ce n’est pas parce qu’on ne peut pas retirer le complément « en » qu’il devient magiquement COD.
Pour savoir si un mot (ici le pronom « en ») est COD d’un verbe, il y a différents moyens, mais le test de savoir si on peut le retirer est totalement inopérant.
Et dans l’autre sens, un « en » COD peut très bien disparaître, avec une simple suppression du COD. « J’en ai mangé », avec suppression du COD, devient « j’ai mangé », qui n’est certainement pas une phrase boiteuse.

Retenez donc que vous devez identifier le COD, s’il y en a, mais par d’autres moyens que celui donné sous votre lien, et qu’un COD pronominalisé en « en » n’emporte généralement pas l’accord du participe passé à suivre, parce qu’il est réputé partitif neutre. C’est probablement la règle appliquée par Projet Voltaire : jamais aucun accord du participe passé avec le COD « en ».

Mais retenez aussi si vous le souhaitez qu’un pronom « en » peut très bien ne pas être partitif, et pourrait donc légitimement imposer son genre et son nombre au participe passé dont il est COD antéposé, comme cela est pratiqué occasionnellement, et de plus en plus reconnu.

le 18 juillet 2021.
Votre réponse
Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.