Bonjour. Ma question porte sur la pertinence de la conjugaison du verbe être dans les cas suivants :

(…)
Si de l’amour qui tout transporte

Nous fussions les féaux gamins,

Croyant toujours aux lendemains

Quitte à ne pas fermer de porte,
(…)

Et, de monsieur Paul Fort :

(…)
Sans ton amour que j’idolâtre,
las ! que fussé-je devenu ?
(…)

Merci de vos réponses  et pour vos louables efforts didactiques.

salus Membre actif Demandé le 5 juin 2022 dans Accords

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6 réponse(s)
 

Le verbe être est
correct.
Le temps est soutenu. 

Prince Grand maître Répondu le 5 juin 2022

Nous avons là,  un conditionnel 2e forme :
Le conditionnel passé deuxième forme se forme à partir de l’auxiliaire être ou avoir conjugué à l’imparfait du subjonctif suivi du participe passé du verbe conjugué. Cette forme est ainsi identique au plus-que-parfait du subjonctif. Elle correspond à un langage très soutenu et se retrouve principalement dans la littérature.

Le conditionnel exprime ici un fait hypothétique. T

Tara Grand maître Répondu le 5 juin 2022

Les réponses se sont intercalées, je recommence :
Première phrase avec « si » + subjonctif imparfait :

Grand merci, mais les réponses, pour ce qui concernent la première phrase, me semblent contradictoires ; comme j’ai oublié de vous donner le verbe principal, je me permets de reposer la question, en vous livrant l’intégralité du texte ; je souligne le vers concerné :

Jalousie

Petite, était-ce ton amant
Ce vieux chaman qui sait y faire ?
Embrassa-t-il, en son repaire
La lèvre qui ce soir me ment ?

Si je n’ai su, je le déplore,
Pour mériter ton chatoiement,
Iriser d’eau ton con charmant
Comme rosée inonde flore,

Et qu’au contact doux de mes mains
La tendresse que j’élabore
Pour cette fleur de l’hellébore
Ne l’émeuve, et me navre – au moins –

Si de l’amour qui tout transporte
Nous fussions les féaux gamins,
Croyant toujours aux lendemains
Quitte à ne pas fermer de porte,

S’il te découvre, en quelque ailleurs,
Ce sentiment qui réconforte
Et te fera, petite morte,
Languir soudain les yeux rieurs,

Quoique attestant leurs déficiences
Et l’âpre sort de mes sueurs,
J’aurai pour l’or de tes flueurs
Tous les respects et les patiences

Dus, avec mon admiration,
Pour l’aventure où tu te lances !
… Malgré les piques et les lances,
Ces risques vrais de la passion.

 

salus Membre actif Répondu le 5 juin 2022

Bravo Pie !

Prince Grand maître Répondu le 5 juin 2022

En haut à droite de notre propre message, au passage de la souris, on voit l’icône « poubelle » qui permet de supprimer un message (vous pourriez en supprimer deux). Et si vos derniers messages semblent « intercalés », c’est parce que ma réponse est notée (-1) et s’affiche de ce fait en bas de page, c’est normal.

J’ai donc lu l’ensemble. À part les quatre premières lignes (une phrase au passé), et les deux dernières (que je ne sais pas à quoi rattacher), l’ensemble paraît constituer une unique phrase, dans un discours au présent (l’incise « je le déplore », par exemple, est claire).
Cette phrase est structurée ainsi : trois subordonnées en « si » et une principale au futur, est-ce bien cela ?
— Si je n’ai su faire cela, Si nous fussions cela, S’il te découvre cela (je n’ai pas compris ce que représente le sujet « il ») , J’aurai cela.

a) Trois conditions ?
Classiquement, un « si » introduit la condition d’une hypothèse. S’il s’agit de conditions, il n’y a pas le choix : condition au présent (ou autre temps de l’indicatif vu du présent), et conséquence au futur (si tu veux on ira ; s’il est parti je reviendrai…).
— Si je n’ai su faire cela, si nous sommes cela, s’il te découvre cela, alors j’aurai cela.
Une principale au futur est introduite par une subordonnée conditionnelle en « si » à l’indicatif présent.
Vous ne pouvez pas écrire « si » + subjonctif imparfait, ça n’existe pas.

b) On n’est donc pas dans une phrase au passé, et il ne peut pas s’agir d’une tolérance, comme une extension de la possibilité du subjonctif plus-que-parfait (« s’ils fussent partis ») au subjonctif imparfait (« s’ils fussent présents »). Car je répète, avec Littré, qu’après si, on utilise l’indicatif, et que « cependant on peut mettre aussi le plus-que-parfait du subjonctif au lieu du plus-que-parfait de l’indicatif […] ‘Si’ ne prend ce subjonctif qu’avec les verbes auxiliaires.«  Voici la référence : https://www.littre.org/definition/si. On retient que cette construction est réservée au plus-que-parfait, c’est-à-dire à un temps passé, avec auxiliaire. Ce n’est pas le cas ici.
Vous ne pouvez pas écrire « si » + subjonctif imparfait, ça n’existe pas.

c) Un subjonctif par attraction ? Quand la subordonnée dépend d’une proposition au subjonctif, il arrive que le subjonctif déborde.
— s’il vient, j’appellerai
— il fallait que s’il vînt, j’appelasse (et même là le subjonctif est abusif)
Nous ne sommes pas dans cette situation, dans ce contexte d’un « si » encapsulé dans un subjonctif.

d) En coordonnant des conditions, il est possible de construire la première en « si + indicatif » et les suivantes en « que + subjonctif ».
— S’il vient que tu sois présent, alors… S’il a appelé, qu’il vienne, et que tu sois présent, alors…
— S’il venait et que tu fusses présent, alors… S’il avait appelé, qu’il vînt, et que tu fusses présent, alors…
Mais vous voyez d’une part que le subjonctif ne peut pas suivre directement le « si », et d’autre part que la concordance des temps imposerait dans votre texte un subjonctif présent.
Vous ne pouvez pas écrire « si » + subjonctif imparfait, ça n’existe pas.

e) Dans un texte au présent, l’imparfait du subjonctif peut traduire une hypothèse du type « même si »…
— Je crois que je vais réussir, dussé-je travailler toute ma vie (même si pour cela je dois/devais travailler toute ma vie)
— On nous refusera/refuserait l’entrée, fussions-nous ambassadeurs
— Un homme, fût-il puissant, aussi puissant fût-il, aussi puissant soit-il, n’est qu’un homme.
Bref, on peut tenter de caler du subjonctif imparfait dans un texte au système présent, pour évoquer une éventualité, mais jamais après « si ».
Vous ne pouvez pas écrire « si » + subjonctif imparfait, ça n’existe pas.

Pie Débutant Répondu le 6 juin 2022

Deuxième phrase : le subjonctif plus-que-parfait est l’équivalent d’un  conditionnel dans le passé.

Quand on inverse sujet et verbe, certains « e » muets deviennent des « e » prononcés. Pour les verbes du premier groupe à la première personne du présent de l’indicatif, « je chante » devient « chanté-je ? » signifiant « est-ce que je chante ? ». L’accent indique que le « e » de la conjugaison cesse dans ce cas d’être muet. On l’écrit traditionnellement « é », on le prononce « è », et les rectifications orthographiques de 1990 proposent de l’écrire « è ». Cela vaut également à l’imparfait du subjonctif de certains verbes : devoir : je dusse, dussé-je ; être : je fusse, fussé-je ; avoir : j’eusse, eussé-je…

Donc « fussé-je » est le subjonctif imparfait de « être », et « fussé-je devenu » est le subjonctif plus-que parfait de « devenir ».

L’emploi des temps de la phrase est très correct, classique et encore enseigné, utilisant la possibilité de remplacer le conditionnel passé par le subjonctif plus-que-parfait.
— J’aurais préféré un éclair au chocolat = j’eusse préféré un éclair au chocolat.
Souvent après un « si » et un plus-que-parfait de l’indicatif :
— Si tu ne m’avais pas aidé, que serais-je devenu ? je serais parti, j’aurais renoncé.
— Si tu ne m’avais pas aidé, que fussé-je devenu ? je fusse parti, j’eusse renoncé.
— Sans ton amour, que fussé-je devenu ?

C’est une persistance d’une des anciennes utilisations du subjonctif.
L’ancienne façon consistait à utiliser le subjonctif plus-que-parfait pour l’hypothèse, aussi bien dans la condition que dans la conséquence.
— il m’eût abandonné, j’eusse renoncé (simple irréel du passé)
— s’il m’eût abandonné, j’eusse renoncé (irréel du passé montrant une cause et une conséquence)
Depuis quelques siècles, on marque une chronologie théorique dans l’hypothèse entre la cause et la conséquence, et on distingue progressivement les deux parties avec une sorte d’imparfait dans le passé (appelé indicatif plus-que-parfait) et de futur dans le passé (appelé conditionnel présent) :
— s’il m’avait abandonné, j’aurais renoncé
Mais les anciens temps sont encore possibles, et mélangeables, tant dans la cause que dans la conséquence :
— s’il m’eût abandonné, j’aurais renoncé (ne s’enseigne plus, mais se rencontre encore)
— s’il m’avait abandonné, j’eusse renoncé (parfois enseigné sous le nom de conditionnel passé deuxième forme)

Première phrase avec « si » + subjonctif imparfait.

Vous avez oublié de nous donner le verbe principal de la phrase. Il est absurde de demander la justification du temps d’un verbe dans une subordonnée si on ne connaît pas la conjugaison du verbe principal.
En tout cas, votre « fussions » n’est certainement pas un irréel du passé comme dans les exemples ci-dessus.
« Si nous eussions été », « si nous « fussions devenus »… seraient possibles dans un contexte passé, mais pas un simple « si nous fussions ». Et d’ailleurs, cette phrase est-elle au passé ?
La forme « si + subjonctif plus-que-parfait », exprimant un irréel du passé, n’a pas d’équivalent en « si + subjonctif imparfait » en tant qu’irréel du présent. Cela est incorrect. Au présent, il faut obligatoirement un indicatif dans la condition exposée par « si ».
Alors qu’est-ce que c’est ? C’est peut-être simplement une faute de conjugaison.

Pie Débutant Répondu le 5 juin 2022
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