RE: « Un fil maintenait fermé la poitrine fendue »
Bonjour,
Je trouve cette phrase dans la traduction d’un roman d’Anthony Marra. Pouvez-vous me confirmer que nous sommes dans le cas d’une épithète détachée du nom et attachée au verbe comme un adverbe, et à qu’à ce titre, cette phrase est juste, mais qu’il aurait été tout aussi juste d’écrire : « Un fil maintenait fermée la poitrine fendue » ?
Merci d’avance,
Karine
« Fermé » ne peut être utilisé comme adverbe.
L’hésitation vient de ce qu’il est attribut du COD « porte » et donc introduit auprès de ce nom par un verbe (maintenir).
Exact mais maintenir peut avoir différentes constructions. La confusion peut venir de formes comme « il la maintient debout » dans laquelle on utilise bien un adverbe. Seule une analyse précise peut faire la distinction.
Donc nous sommes d’accord pour dire que fermé au masculin est bien fautif ici ?
un fil : sujet
maintenait : verbe
la poitrine fendue : C.O.D de maintenait
fendue : adjectif épithète de la poitrine
fermée : attribut du C.O.D de la poitrine fendue
Dans le cas de Il la maintenait debout, l’adverbe peut être analysé comme un adverbe à valeur adjectivale et donc être étiqueté comme un attribut du C.O.D.
Mais c’est la première fois que j’entendais l’inverse : c’est-à-dire un adjectif à valeur adverbiale ; d’où mon étonnement et ma confusion sur le masculin de fermé après la réponse de Karine. La réponse de Tara me rassure donc.
Contrairement son inverse, « adverbe à valeur adjectivale » n’a pas de sens puisque les adverbes sont eux-mêmes issus des adjectifs. Il peut arriver que des adjectifs conservent une valeur adverbiale sans changement de graphie, c’est pour cela qu’on doit réfléchir :
– Je tiens les rênes ferme : ici ferme = fermement, ce ne sont pas les rênes qui sont « fermes » (on comprend les hésitations avec « il a pris trois ans ferme »).
Adverbe à valeur adjectivale a bien un sens sur le plan grammatical ! D’une part si je disais qu’un adverbe peut être un attribut du C.O.D on me dirait que non, et ce, à juste titre. Mais surtout, il permet de bien souligner que cet adverbe se rapporte à un autre élément dans sa proposition.
Il la maintenait debout = / = il la maintenait, debout OU debout, il la maintenait.
Ainsi, nous avons un premier cas avec un adverbe à valeur adjectivale attribut du COD et un autre avec un adverbe C.C de manière. Et, un sens totalement différent.
Après, on peut également dire dans le second cas, si on refuse l’étiquète basique d’adverbe, que debout est un adverbe à valeur adjectivale épithète détachée du pronom personnel sujet il. Mais là c’est encore un autre débat grammatical.
les adverbes sont eux-mêmes issus des adjectifs : est-ce le cas pour debout justement ou d’autres adverbes de manière ?
Je pense donc que souligner la différence est important.
Pour l’origine adjectivale, je ne parlais bien sûr que des adverbes de manière, objet de la question posée. Pour l’essentiel, tous ceux en -ment ont été formés sur l’adjectif féminin (vert donne verte-ment) mais dans certains cas l’adjectif initial est resté en l’état comme adverbe. C’est l’usage qui a décidé, dès le Moyen Âge, pas les grammairiens qui n’ont fait que constater cela. Dans certains cas, il n’y a pas eu d’adverbe spécifique et c’est une locution adverbiale qui en tient lieu.
Les adverbes de lieu (là, devant, loin, etc.), de temps (hier, demain, jadis, etc.) et quelques autres (debout) sont des emprunts au latin ou à des langues où ils étaient déjà adverbes, en général sous formes de locutions contractées en un seul mot en ancien français ou en latin tardif.
