RE: Je voudrais savoir si c’est une règle essentielle de grammaire ou une tendance grammaticale : Avec les inanimés et les verbes qui expriment les goûts (aimer, adorer, détester, préférer etc.), on utilise le pronom ÇA : J’aime le chocolat. Je l’aime. → J’aime cela (ça).

Les inanimés et les verbes qui expriment les goûts

Emad1976 Maître Demandé le 11 janvier 2022 dans Question de langue
5 Réponses

Je suis vraiment désolée que vous ayez perdu votre temps avec cet article Feuillu.
Il est évident que le sujet est le ça cataphorique, cependant La cataphore est le pro­cé­dé inverse de l’anaphore : (au lieu de ren­voy­er vers quel­que chose qui a été dit ou mentionné antérieurement, un élé­ment ca­ta­pho­ri­que annonce quel­que chose dont on va parler). Et certains paragraphes s’intéressent au ça anaphorique dont il est question ici.
Je me permets de relever quelques passages seulement qui, s’ils ne répondent pas à la question précisément, peuvent alimenter notre réflexion, notamment sur la différence entre « les fraises, j’aime ça » et « les fraises, je les aime ».
(C’est moi qui ai mis en gras)

Une analyse strictement référentielle de ça est depuis longtemps jugée impossible car le pronom ne fait
pas anaphoriquement référence à une entité facilement repérable dans le discours. Le contraste illustré en
(28) entre ça et la vraie anaphore que constitue le pronom personnel a été fréquemment étudié,
notamment par Cadiot (1988) et Carlier (1996).
(28) a. Les gosses, ils se lèvent tôt le matin (adapté de Carlier 1996)
b. Les gosses, ça se lève tôt le matin
[…]Achard (2000) suggère que le pronom fournit à l’interlocuteur de l’énoncé les instructions
nécessaires pour créer dans le contexte du discours une région (dans le sens de Langacker 1991) à
laquelle il fait référence. Selon cette analyse, en (28), ça a pour référent la région abstraite composée de
l’ensemble des propriétés communément associées à la catégorie gosses
[…](29) Henri eut un petit rire: « vous croyez que c’est si simple! Le malheur, c’est que tous les camarades
savent que Mercier n’a jamais travaillé avec moi. » Lucie se mordit la lèvre; soudain, elle ne
crânait plus, et il eut peur qu’elle ne se mette à pleurer, ça devait être un spectacle écœurant.
(Beauvoir, Simone de. Les mandarins: 472
[…]
En (29), le référent du pronom n’est pas fourni par le contexte immédiat qu’Henri a devant les yeux, mais
par celui que ses craintes imposent à son imagination. Deuxièmement, la région qui constitue le référent
de ça peut être abstraite et générale au point d’être équivalente à la section de réalité qui comprend toutes
les circonstances associées à un évènement donné, comme le montre l’exemple en (30):
(30) Il se sentait très déprimé. Vincent avait dou ze macchabées derrière lui, il essayait de les oublier
en continuant à tuer; et entre temps, il se saoulait beaucoup: il allait se saouler ferme chez
Marconi. On ne pouvait pas le laisser continuer comme ça. Mais comment l’en empêcher?  » Il y a
quelque chose de pourri quelque part », se dit Henri. Tant de choses à faire! Et tant de types qui
ne savaient que faire! Ça aurait dû coller: et puis ça ne collait pas. » (Beauvoir, Simone de. Les
mandarins: 151)
[…]
(31) Ça n’est pas réussi!  » Dit Henri. Il suivit de s yeux Julien qui marchait avec dignité vers la porte;
lui non plus, il n’était pas drôle, il tournait plutôt à l’aigre. Mais somme toute, pourquoi ça serait-
il spécialement drôle, l’après-guerre? Oui, sous l’occupation, elle était bien belle: vieille histoire.
Assez fredonné la chanson des lendemains; demain, c’était devenu aujourd’hui, ça ne chantait
plus. (Beauvoir, Simone de. Les mandarins: 159)
L’exemple en (31) illustre la différence entre une structuration objective et subjective de la même scène.
Dans « assez fredonné la chanson des lendemains » , l’origine du chant est facile à imputer aux participants,
même s’ils ne sont pas identifiés de façon spécifique. Dans ça ne chantait plus, le chant n’a pas de source
précisément identifiable, mais constitue d’une certaine façon l’ambiance générale de la scène. 3 La
structuration de la scène qui constitue le référent de ça d’un point de vue interne (subjectif) représente
peut-être la caractéristique la plus importante qui motive l’emploi cataphorique du pronom.

Tara Grand maître Répondu le 12 janvier 2022

Je n’ai pas lu l’article, seulement les extraits que vous avez donnés. Les cas ne sont pas comparables avec celui évoqué dans ce fil : ce sont les sujets et non les COD qui sont repris.

Ainsi, pour la première phrase, la reprise en ça est impossible avec les gosses non plus sujet, mais COD (en gardant un énoncé générique) :

On lève les gosses tôt en Earlystan > *Les gosses, on lève ça tôt en Earlystan.

Seul convient : Les gosses, on les lève tôt en Earlystan.

le 12 janvier 2022.

On lève les gosses tôt en Earlystan > *Les gosses, on lève ça tôt en Earlystan.
En dehors de toute polémique, pourquoi pas? Certes il n’y a rien d’élégant à cette formulation.
Les menteurs, on traite ça de façon impitoyable. Là il y a connotation méprisante, c’est vrai.
Les conflits, on oublie ça et on travaille ensemble.

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