RE: Hypothèse ou doute = conditionnel ?

Bonjour,
J’ai vu une question posée sur ce site et lu les réponses s’y afférant.
La question portait sur le choix du temps à employer sur la 2 ème partie de la phrase. Personnellement, j’aurais purement et simplement reformulé la phrase (comme cela a été évoqué) ou bien préféré l’emploi de l’infinitif (ça c’était juste moi 😉 )
A défaut, dans les choix suggérés par les réponses, j’aurais opté pour  »risquent ou risquaient »
Je ne vais pas redévelopper ici, je ne souhaite pas faire de doublon.

La phrase était (peu importe le temps retenu, c’est pour l’exemple)
Peut-être avaient-ils peur, qu’en prenant la défense de leur frère,  ils risquent/risquaient/risquassent,/aient risqué /de devenir les nouvelles victimes de l’agresseur

Chemin faisant… Je me suis demandée, après coup, pourquoi le conditionnel (présent comme passé) n’avait pas du tout été suggéré.

Peut-être avaient-ils peur, qu’en prenant la défense de leur frère,  ils risqueraient de devenir les nouvelles victimes de l’agresseur.
(ou bien ils prendraient  le risque de  » ou bien encore  »ils s’exposeraient au risque de »)
ou
Peut-être avaient-ils peur, qu’en prenant la défense de leur frère,  ils auraient risqué devenir les nouvelles victimes de l’agresseur.
(ou bien ils auraient pris le risque de  » ou bien encore  »ils se seraient exposés au risque de »)En effet, rien n’indique dans la phrase qu’ils deviendront (futur) sans aucun doute les nouvelles victimes en aidant leur frère.
La phrase indique une peur uniquement supposée (emploi du peut-être) de s’exposer à un risque (que rien n’assure être une évidence ou un fait avéré à venir)
Et de même, rien ne semble indiquer, que la défense du frère ait déjà été prise/réalisée. Elle fait partie de l’extrapolation. Elle n’est pas un  »fait ».

La phrase entière semble exprimer doute comme supposition, extrapolation, etc.
Ne sommes-nous pas là dans l’hypothétique (à 100 % ) qui justifierait l’emploi du conditionnel ?

Je ne réussi pas à trouver, seule,  justification ou réponse pour ce cas de figure.

Pourriez-vous m’apporter votre éclairage s’il vous plaît ?
Merci d’avance…

4 Réponses

Intéressant.
Je change de phrase pour renouveler notre attention, et j’énonce au présent :
Oui :
1 Peut-être a-t-il peur qu’en montrant ses sentiments, on le rejette
2 Peut-être a-t-il peur que, s’il montre ses sentiments, on le rejette.
Non :
*Peut-être a-t-il peur que, s’il montre ses sentiments, on le rejetterait.
Oui :
A Peut-être a-t-il peur qu’en montrant ses sentiments, on le rejetterait.
B Peut-être a-t-il peur que, s’il montrait ses sentiments, on le rejetterait.

1 et 2 : l’incertitude porte sur la peur. Si on a le subjonctif sur le troisième fait (rejeter), c’est que l’information porte essentiellement sur le premier fait : la peur (le deuxième fait « montrer » est explicatif de la situation de ce premier fait donc au présent de l’indicatif lui aussi). Le troisième fait est sous la coupe de l’information principale « avoir peur » et c’est le rôle du subjonctif que de le montrer.

B : Cette fois-ci, il y a une marque d’incertitude sur le premier fait et, ce qui nous intéresse,  de façon claire (avec « si » et l’emploi de l’imparfait modal « montrait ») sur le deuxième fait (montrer), ce qui implique l’emploi du conditionnel sur le troisième fait.
A : le gérondif peut avoir une valeur modale ici aussi et exprimer l’hypothèse, comme vous le dites:  en ce cas tout fonctionne comme en B.

Ai-je été assez claire ?

Reste à voir ce que cela donne dans un énoncé au passé :
Oui :
1 Peut-être avait-il peur qu’en montrant ses sentiments, on le rejetât
————–imparfait                gérondif (simultanéité)                         subjonctif imparfait
2 Peut-être avait-il peur que, s’il avait montré ses sentiments, on le rejetât.
————-imparfait                            PQP valeur modale                      subjonctif imparfait

Non :
* Peut-être avait-il peur que, s’il avait montré ses sentiments, on l’aurait rejeté.
oui :
A Peut-être avait-il peur qu’en montrant ses sentiments, on l’aurait rejeté
—————imparfait                gérondif (valeur hypothèse)        conditionnel passé
B Peut-être avait-il peur que, s’il avait montré ses sentiments, on l’aurait rejeté.
—————imparfait                PQP (valeur modale)        conditionnel passé

Eh voilà ! Assez complexe non ?

Tara Grand maître Répondu le 9 juin 2022

Complexe ? Je ne serais pas loin d’employer à nouveau une expression dont nous avions parlé il y a peu…  » Diabolique perversité » !  😉

Votre réponse étayée force mon admiration Tara.
(Je reconnais cependant qu’il me  faudra la relire à plusieurs reprises pour être sûre de tout comprendre tellement, effectivement,  cela me semble …complexe.)

Les options semblent la plupart aussi valables les unes que les autres selon…  le contexte et/où le point souhaité être mis en avant dans la phrase.
Sur l’instant, je retiendrai 1 point
– Une règle de base déjà évoquée : Toujours rechercher le personnage principal et bien vérifier le degré d’importance des rôles attribués à chacun des acteurs d’une phrase.

Même si cela m’apparaît la plupart du temps évident, la conjugaison n’est pas mon fort, loin de là. Comme pour beaucoup de règles, je fonctionne selon ma logique, mon écoute de ce qui me semble  »clocher » ou pas dans une phrase si je la prononçais à haute voix, etc. (d’où nombre de mes questionnements) Je n’ai pas votre connaissance et je l’avoue, je ne me souviens que peu du meilleur de la mienne, acquise il y a  trop longtemps (J’en ai l’impression ^^) Je fonctionne donc sur mes ressentis (via des règles apprises un jour tout de même ^^) mais non plus sur des règles que je serais forcément capable de développer dans le sens parfait de leur terme. Etayé comme il se devrait.

Je suis toutefois heureuse que le conditionnel (passé) puisse également être employé (selon la tournure de la phrase). Je n’aurais pas du tout compris qu’il puisse être totalement écarté dans une phrase, étant à elle seule,  une suite d’hypothèses.

Eh voilà ! 🙂
Merci pour votre retour Tara.

le 9 juin 2022.

Vous écrivez : « Toujours rechercher le personnage principal et bien vérifier le degré d’importance des rôles attribués à chacun des acteurs d’une phrase. »
Eh bien non Cocojade ! Surtout pas. Vous mélangez deux plans :
Quand vous dites « personnage principal » vous parlez de narratologie (technique du récit) alors qu’il s’agit ici de syntaxe.
– la syntaxe est l’ensemble des relations qui existent entre les unités linguistiques
– la narratologie (science de la narration) est la discipline qui étudie les techniques et les structures narratives mises en œuvre dans les textes littéraires (ou toutes autres formes de récit).

Le choix à effectuer entre ces phrases se fait souvent à l’oral « sans qu’on y pense ». L’écrit demandant plus de temps, une  distance par rapport à la langue, la langue écrite étant aussi assez différente de la langue orale, les questions s’imposent.
Le choix entre ces formes temporelles dépend bien sûr du sens et de l‘intention que nous avons :
Veut-on présenter deux faits dans l’intention d’informer de leur réalité ?
Par exemple : je sais quelque chose et la chose que je sais est qu’il vient >> deux indicatifs. Je sais qu’il vient.
Veut-on informer sur un fait qui en suggère un autre qui n’est pas avéré ?
Par exemple je veux quelque chose et ce que je veux  est sa venue >> un indicatif et un subjonctif : je veux qu’il vienne.

le 10 juin 2022.

Bon…Eh bien j’ai encore du chemin à faire.
Merci pour ce complément de réponse Tara

le 10 juin 2022.
Votre réponse
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