RE: Conditionnel ou futur ? Cas précis
Bonjour,
Dans un passage de roman, j’ai été surprise par le temps conditionnel employé.
Résumé :
» … Il m’indiqua qu’il voulait m’interroger à nouveau le plus rapidement possible pour compléter mon témoignage.
… Je l’informais que je pourraiS être dans ses bureaux moins d’une heure plus tard. »
Celui qui veut interroger, n’induit nulle part (ni entre les deux phrases, ni en amont) des options de style »si vous le pouvez, quand vous le pourrez », etc.
Le paragraphe se termine ainsi, sur l’information/réponse du « convoqué » qui n’indique nullement (ni entre les deux phrases, ni en amont) de précision de type » Si je le peux, si je le souhaite, si je me libère », etc.
Selon ces éléments et selon l’indication donnée du futur » dans… moins d’une heure plus tard », j’aurais employé le futur (que je pourrai)
Toutefois, partant du principe que les écrits d’auteurs sont corrigés avant impression, je pense qu’une règle doit m’échapper.
Une personne pour me rafraîchir la mémoire ?
Merci par avance
– concernant l’utilisation de l’imparfait pour je l’informais alors que le premier verbe est au passé simple
Il est très fréquent justement qu’un auteur (un bon auteur) joue ainsi avec les temps et même avec la chronologie. Et même avec l’écoulement du temps. C’est ainsi qu’il sculpte son récit, lui donne du relief.
Je m’explique :
Le passé simple et l’imparfait ont des aspects différents.
Le PS montre l’action dans sa globalité. on l’utilise quand on veut faire avancer le récit : succession d’actions, de faits, d’événements. Avec « il m’indiqua » on est dans ce processus.
L’imparfait présente l’action dans (à l‘intérieur) de son déroulement. Il permet une pause dans le récit, ou tout au moins le ralentit. C’est le temps privilégié pour la description, les informations données… ici je l’informais a stoppé l’énumération des actions, il indique au lecteur que le temps va être autre, que le récit ralentit, qu’on va donner plus de détails.
La suite du récit devrait le montrer. Si ce n’est pas le cas, en effet, cet imparfait est à peu près inutile.
– quant à je pourrais : c’est un futur. Un futur du passé.
Ce n’est que quand ce futur du passé a été utilisé pour une valeur modale qu’il est devenu un mode, le mode de l’irréel, le « conditionnel ». Et non l’inverse.
Bonjour Tara,
À la lecture de vos explications, ce que je constate et crois comprendre sur l’intervention, l’utilité, le choix, de l’imparfait (dans le cas exposé), c’est :
Constat : Ce temps a été choisi, utilisé, uniquement dans la dernière phrase d’un paragraphe (qui était entièrement au passé simple)
Ce choix semble bien démontrer une action précise à l’intérieur d’un déroulement, et notamment dans notre cas, il indique une cassure nette, à savoir, qu’il clôture la fin d’un déroulé/période/explication de situation, en y mettant un terme. Terme annonciateur d’une nouvelle action avec un nouveau paragraphe.
(C’est encore plus vrai dans le cas du roman évoqué, car cette phrase clôture un chapitre entier)
En résumé, l’emploi de l’imparfait dans ce passé simple a annoncé « sujet clos », on passe à la suite.
(Si tel est le cas, je vous rejoins quant à la finesse de l’auteur… je suis admirative)
Merci pour ce bout de chemin, Tara 🙂
NB. Si ma compréhension ne vous apparaît pas juste, n’hésitez-pas à la corriger.
