RE: accord pp

Répondu

Bonjour,

Quelle force, quel courage, quelle folie m’a (m’ont) pris(e) !

Voilà, j’ai deux doutes ici, l’auteur et moi ne sommes pas d’accord…

Contexte : la fille est partie sur un coup de tête

leslecturesdemaryline Maître Demandé le 26 décembre 2023 dans Accords
4 Réponses

On passe à la troisième personne pour mieux voir la différence entre les pronoms de forme COD (me/la) et de forme COI (me/lui) :

Dans la langue classique des livres et des dictionnaires, le verbe « prendre » est utilisé pour parler d’une chose qui arrive et s’installe.
En construction impersonnelle ou personnelle, avec un pronom datif (de forme COI) :
— Il lui prend l’envie de venir. Il lui a pris l’envie de venir.
— L’envie lui prend de venir. L’envie lui a pris de venir.
On ne dit donc pas :
— L’envie la prend de venir. L’envie l’a prise de venir.
On doit aussi dire classiquement dans ce sens, avec un verbe intransitif et souvent un pronom complément datif :
— le stratagème n’a pas pris
— ça lui a pris comme une envie de pisser
— la colère lui a pris (la colère est arrivée), la colère m’a pris
— qu’est-ce qui lui a pris ?
— la peur lui prit (la peur arriva, il eut peur), la peur m’a pris

L’utilisation transitive de « prendre » qui signifierait « s’emparer de » est une évolution peu justifiée de ces formes.
Cette convergence existe cependant, et on constate le COD s’il accepte d’être sujet à la voix passive :
elle fut prise de colère –> valide, donc possible d’écrire : la colère la prit au lieu de la colère lui prit
elle est prise par la peur –> valide, donc possible d’écrire : la peur la prend au lieu de la peur lui prend
Cette évolution peut exister quand la personne est l’objet d’une emprise, même positive, par un agent extérieur, mais pas quand c’est une qualité qui vient s’installer en elle.
La construction le plus strictement rigoureuse et classique est d’utiliser le pronom datif avec le verbe « prendre » (mis pour « s’installer »), et de changer de verbe si on souhaite montrer un agent extérieur :
— la peur lui prit, la peur la submergea
— la peur m’a pris, la peur m’a submergée
Parce que la peur qui prend quelqu’un, on l’entend, mais c’est quand même un peu nul, ça résulte d’une confusion entre deux constructions.

Vous devez examiner une par une les trois expressions coordonnées de votre phrase, et décider pour chacune. C’est uniquement si les trois sont valides et si les trois demandent le même type de complément (COD la ou COI lui) que vous pourrez conserver votre phrase.
— Quelle force l’a prise ! –> Non, ça n’a apparemment pas de sens avec un COD
— Quelle force lui a pris ! –> Non, ça n’a apparemment pas de sens non plus avec un COI
— Quel courage lui a pris ! –> Oui, c’est la bonne construction avec un COI, ancienne et valide
— Quel courage l’a prise ! –> Plutôt non, ça n’a pas vraiment de sens avec un COD, même si on peut dire qu’elle a été « prise de courage »
— Quelle folie lui a pris ! –> Oui, bonne construction classique avec un COI
— Quelle folie l’a prise ! –> Syntaxiquement correct en considérant que la folie s’est emparée d’elle, que la folie l’a prise (mais alors autant utiliser des mots plus justes)
Votre phrase coordonnant des choses qui n’ont pas vraiment de sens et des choses qui se construisent différemment est donc incorrecte, il n’y a pas de choix à faire entre le pronom COD « la » et le pronom COI « lui », pas de possibilité de coordonner et de fusionner derrière l’unique verbe « prendre » trois idées différentes, et pas de choix à faire quant à l’accord.

Il ne faut pas tout aplatir sous le verbe commun « prendre », il faut tout réécrire, en sachant quel sens on donne à chaque mot, et en utilisant des verbes. La force, par exemple, c’est une force extérieure qui me contrôle (quelle force a guidé mes pas ? quelle force m’a poussée à marcher ?) ou une force qui est une de mes caractéristiques (quelle force j’avais soudainement !) ?
S’il ne s’agit pas pour la force de me prendre, ni pour le courage de me prendre, ni pour la folie de me prendre, pourquoi après tout ne pas renoncer à utiliser « me prendre » ? Coordonner trois mauvaises formules ne va rien améliorer, si ce n’est peut-être qu’on va renoncer à comprendre et à critiquer l’accord. Mais le but de la correction n’est pas de cacher les fautes de sens derrière des conjugaisons et des accords d’apparence correcte. C’est de remonter au sens voulu pour le faire mieux exprimer. Quand une phrase ne fonctionne pas, ce n’est jamais une question de conjugaison ou d’orthographe :
— quelle force m’avait envahie ! toute la joie que j’ai ressentie ! quelle force a été la mienne ! de quel courage ai-je fait preuve ! quelle folie s’est emparée de moi ! quelle folie m’a pris ! vous ne savez pas la folie qui m’a pris !

Après, si c’est juste une question de syntaxe, mettez « sont » plutôt que « est » si le sujet avec « et » représente des choses différentes, et accordez le participe passé avec n’importe quoi du moment qu’au moins un des compléments antéposés tolère la construction transitive directe.

CParlotte Grand maître Répondu le 26 décembre 2023
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