RE: Accord de « fait » dans « se faire l’écho »
Dans cette expression, se faire l’écho, « l’écho » ne serait-il pas plutôt un attribut du sujet; « se faire » étant attributif occasionnel; autre exemple: ils se sont faits beaux pour sortir; elles se sont faites belles pour aller au bal.
N’est-ce pas la même chose. Merci beaucoup.
PARTIE 2 : ANALYSE GRAMMATICALE
- L’expression n’est pas analysable (Ortho vert).
Dans Problèmes quotidiens du langage (p. 133), René Georgin avance la réponse suivante :
« De son côté le dictionnaire Ortho édicte qu’on doit écrire : Elle s’est faite l’interprète de, mais : elle s’est fait l’écho de. Il se garde de justifier cette décision arbitraire qui ne repose sur rien. Il note seulement que dans se faire l’écho, l’invariabilité du participe résulte du fait que l’expression est impossible à analyser. Mais se faire l’interprète et se faire l’écho sont deux expressions exactement parallèles. Dans l’une comme dans l’autre, se faire est un gallicisme où se n’est guère analysable (encore qu’on puisse le tenir pour le complément d’objet de faire). On dit de même : elle s’est faite vieille, ils se sont faits les avocats de cette cause. Dans ces locutions où se faire veut dire devenir, se présenter comme, jouer le rôle de, le participe du verbe pronominal s’accorde normalement avec se (ou avec le sujet, ce qui revient au même). […] C’est l’application de la règle générale d’accord du participe dans les verbes pronominaux. »
En effet, il est bien connu que lorsque se n’est pas analysable, comme dans les verbes essentiellement pronominaux, l’accord du participe passé doit se faire avec le sujet.
- L’écho est COD (Projet Voltaire).
Pour que l’écho soit COD, il faudrait que le pronom se soit COI. Le sens serait alors : « ils ont fait écho à eux-mêmes de cette nouvelle » (sens réfléchi) ou « ils ont fait écho les uns aux autres de cette nouvelle » (sens réciproque). Or, il n’échappera à personne que telle n’est pas la signification de l’expression, mais qu’elle veut plutôt dire : « Ils sont devenus l’écho de cette nouvelle. »
Lorsque se faire signifie devenir, il n’existe que deux analyses chez les grammairiens :
– Soit il s’agit d’une locution verbale où se n’est pas analysable, et dans lequel le nom ou l’adjectif qui suit doit être considéré comme un attribut du sujet. Aux temps composés, le participe passé s’accordera avec le sujet.
– Soit se est COD, et le nom ou adjectif qui suit le verbe est attribut du COD. Aux temps composés, le participe passé s’accordera avec le pronom se, qui renvoie au sujet, ce qui ne change donc rien à l’accord.
Cette dernière position se fonde sur le fait que la construction faire + COD + attribut du COD existe en français, comme en témoigne entre autres le Trésor de la langue française :
« 1. Faire qqn + subst. (attribut de l’obj.) non déterminé. Élever au rang de, donner le titre, la dignité de. Faire qqn héritier, chevalier de la Légion d’honneur. […]
- Faire qqn + adj. (attribut de l’obj.) […] Rendre, faire devenir. Faire qqn riche. »
Nous avons déjà vu plus haut que Maurice Grevisse, dans Le Bon Usage, cite les deux avis sans prendre position. Mais dans son Cours d’analyse grammaticale (p. 42), publié en 1969, il analyse de la façon suivante la citation de George Sand « à mesure que la brume se fait moins dense » :
« Dense, attribut de brume, si l’on considère en bloc se fait comme verbe, équivalent à devenir. Cette analyse vaut mieux que celle qui considérait se comme objet direct de fait — et dense comme attribut de cet objet direct. »
Quand cette première interprétation semble aussi avoir la préférence de René Georgin (voir plus haut), André Goosse opte quant à lui pour la seconde (Le Bon Usage, 16e édition, p. 1278) :
« Le participe suivi d’un attribut du pronom réfléchi s’accorde ordinairement avec ce pronom […]. Sans doute par confusion avec se faire un devoir (ou un plaisir, etc.), certains dict. considèrent que dans s’est fait l’écho le participe doit rester invariable. Si on suit la règle ordinaire, ce n’est pas exact. »
Dans son billet sur le blog du Projet Voltaire, Bruno Dewaele dresse un parallèle entre se faire l’écho de, se faire jour et se faire fort de.
Chaque cas est pourtant très différent des deux autres. Dans se faire fort de, l’invariabilité est due au fait qu’il s’agit d’une locution figée. Nous l’examinerons donc dans la 4e partie.
Dans se faire jour, jour, qui est COD, désigne une ouverture laissant passer la lumière, et l’expression signifie donc se créer une ouverture, d’abord au sens propre puis au sens figuré. Le COD étant placé après le verbe, l’absence d’accord n’est que l’application de la règle ordinaire.
- L’usage est que le participe passé reste invariable (Hanse).
Avant de soumettre à l’épreuve des faits la véridicité de cette assertion, remarquons en guise de préambule qu’il existe, selon la formule célèbre de Vaugelas, un bon et un mauvais usage.
Ainsi René Georgin, après avoir cité Joseph Hanse, objectait-il dans Problèmes quotidiens du langage (p. 133) :
« C’est peut-être l’usage, mais un usage qui ne s’explique pas. »
Mais est-ce vraiment l’usage ?
Les deux dictionnaires les plus populaires du XXe siècle (Larousse et Robert) s’étant prononcés en faveur de l’invariabilité, on peut logiquement s’attendre à ce que cela ait eu une grande influence sur leurs contemporains.
Considérons donc seulement les ouvrages du XIXe siècle, en prenant pour référence Gallica, dont la base de données pour cette période est plus riche que celles de Google Livres et de Frantext.
Extraire les exemples au féminin singulier de l’ensemble contenant ceux au masculin singulier, qui ne permettent de tirer aucune conclusion, demande un travail trop fastidieux. Je limiterai donc la recherche au pluriel :
– « se sont fait l’écho » : 184 résultats
– « se sont faits l’écho » et « se sont faites l’écho » : 169 + 22 = 191 résultats
L’usage était donc très indécis, ce qui explique sans doute que Joseph Hanse se soit finalement ravisé quelque trente années plus tard, en concédant que « la logique et l’usage autorisent — et même recommandent — l’accord ».
- Il s’agit d’une expression figée (Larousse)
Pour jauger la valeur de cet argument, examinons la locution se faire fort de, dans laquelle fort et le participe passé fait doivent tous deux rester invariables selon la grande majorité des grammairiens (à l’exception notable de Marguerite Buffet et d’Émile Littré).
En effet, les éditions Larousse estiment que la cause de l’invariabilité est la même pour les deux expressions. Thomas écrit dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française :
« L’expression se faire fort de […] s’est figée, et l’usage veut qu’on dise : Elle s’est fait fort d’obtenir la signature de son mari. »
Commençons par rappeler que se faire fort de a deux sens bien distincts et que seul l’un des deux est concerné ici. Girodet dit dans son Dictionnaire des pièges et difficultés de la langue française :
« Se faire fort de. Au sens de se vanter de, participe invariable : Ces filles se sont fait fort de nous battre. — Au sens de tirer sa force de, accord du participe avec le sujet : Ces nations se sont faites fortes de la faiblesse de leurs voisins. »
La cause ayant entraîné l’invariabilité dans ce premier sens de se faire fort de est-elle présente dans se faire l’écho de ? Voyons ce qu’en disent les grammairiens.
On trouve dans l’Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain :
« L’usage de la langue commune tend à imposer se faire fort de (ou plus rarement se porter fort pour) comme une locution verbale où fort est considéré comme un élément adverbial. En fait, l’écrivain ou le locuteur ne font pas l’analyse grammaticale de la locution. On ne sent pas fort comme un attribut du sujet. Il faut faire l’opposition entre l’énoncé : Ils se font forts ou elle se fait forte (ils deviennent forts ou elle devient forte) et la locution : ils se font fort de, où les éléments sont indécomposables avec la signification : ils garantissent que. »
Georges et Robert Le Bidois disent dans Syntaxe du français moderne (tome 2 p. 151) :
« Vaugelas déjà, dans ses Remarques, constatait, comme “un usage assez estrange, mais bien françoys”, qu’une femme dit, “tout de même qu’un homme, je me fais fort de cela, et non pas je me fais forte” ; et il opinait qu’“il faut dire aussi Ils se font fort de cela, et non pas ils se font forts”. Cet usage, assez ancien, on le voit, s’explique sans doute par le sens de la locution ; elle ne signifie pas se rendre fort ou forte mais se piquer de ; le peu que fort garde, dans ce tour, de son sens ou de sa valeur ordinaire est cause qu’on le laisse sans accord. »
André Goosse dit dans Le Bon Usage (16e édition, p. 425) :
« Fort reste invariable selon la tradition grammaticale dans les expressions se faire fort de et se porter fort pour (qui est plus rare). […] L’invariabilité en genre et en nombre a été prescrite par Vaugelas, avec cet argument que fort dans se faire fort est “mis comme adverbialement” (p. 324). On pourrait aussi dire qu’il s’agit de locutions figées, où il est difficile aujourd’hui de donner à fort une fonction distincte. »
Et d’ajouter (p. 1278) :
« Le partic. passé est invariable dans Elle s’est fait fort de, Ils se sont fait fort de. C’est une locution figée où fort aussi est invariable. »
Ne nous attardons pas sur l’avis que l’adjectif fort serait employé adverbialement. D’une part, si les adjectifs (comme fort) sont souvent utilisés comme adverbes (parler fort, etc.), cela ne saurait être le cas des substantifs accompagnés d’un article (comme l’écho). D’autre part, comme nous l’avons déjà mentionné, c’est le fait qu’il s’agirait d’une expression figée qui justifie l’invariabilité dans les deux cas selon les éditions Larousse.
Dans se faire l’écho de, l’écho garde son sens et sa valeur ordinaire et il est aisé de lui donner une fonction distincte : on le sent clairement comme un attribut (du sujet ou de l’objet). Le locuteur parvient à faire l’analyse grammaticale de la locution et à décomposer ses éléments constitutifs. Il existe d’ailleurs de très nombreuses expressions exactement parallèles où personne ne remet en question l’accord.
Aucune des raisons justifiant le figement de se faire fort de n’est donc présente dans se faire l’écho de.
Conclusion
Il apparaîtra à tous que je prends fait et cause pour l’accord. Mon objectif premier était de rendre accessibles à tous sur Internet les citations des grammairiens qui opinent en faveur de cet avis. C’est désormais chose faite.
Libre à vous, partisans de l’invariabilité, de rédiger une réfutation pour faire valoir vos arguments.
Bel esprit de synthèse…
Eh ben ! Depuis 2015 je n’ai pas changé. « Se faire » est un verbe attributif et l’on doit accorder.
En trois ans, je suis juste devenu plus désabusé avec les positions académiques : capharnaüm et compagnie.
Comment enseigner une telle langue à de jeunes gens ou à des étrangers quand tant de sujets font encore débat ?
