RE: Accord de « fait » dans « se faire l’écho »

Dans cette expression, se faire l’écho, « l’écho » ne serait-il pas plutôt un attribut du sujet; « se faire » étant attributif occasionnel; autre exemple: ils se sont faits beaux pour sortir; elles se sont faites belles pour aller au bal.
N’est-ce pas la même chose. Merci beaucoup.

ROGER Débutant Demandé le 22 janvier 2015 dans Accords
9 Réponses

J’aimerais revenir sur cette question, en mettant à l’épreuve les arguments avancés par les partisans de l’invariabilité.

Dans un premier temps, je citerai divers ouvrages de référence ayant traité de cette question, afin d’avoir une idée bien claire des thèses en présence.

Dans un second temps, je tenterai de confronter les diverses justifications proposées pour justifier l’invariabilité du participe aux objections soulevées par les grammairiens du camp adverse.

Pour les ouvrages ayant adopté un classement alphabétique, je n’ai pas pris la peine d’indiquer le numéro de la page. Il suffira de se rapporter à l’entrée écho de ces dictionnaires.

PARTIE 1 : HISTORIQUE

En vertu du code de la propriété intellectuelle, tous les dictionnaires et ouvrages de grammaire du XIXe siècle sont dorénavant entrés dans le domaine public. Un grand nombre d’entre eux sont consultables sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Si la consultation des divers dictionnaires du XIXe siècle à l’entrée écho nous amène à constater qu’aucun d’entre eux ne traite de la question, une recherche par mot-clé nous permet de voir qu’un seul dictionnaire a — et par deux fois — employé cette expression.

Il s’agit du tout premier dictionnaire Larousse, le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle en 17 tomes (1866-1877) :

« Les Mémoires tirés des papiers d’un homme d’État se sont faits l’écho de ce bruit » (tome 2, p. 1356).

« La plupart de ses biographes se sont faits l’écho de ces plaintes » (tome 11, p. 59).

Comme on peut le voir, ce dictionnaire considère le participe passé comme variable. Cependant, étant donné que ces deux citations ne se trouvent pas à l’entrée écho mais dans deux biographies, il est compréhensible qu’il n’ait eu, comme nous le verrons, aucun impact sur ses successeurs, ces exemples étant noyés dans des milliers de pages à une époque où la recherche numérique n’existait pas.

Il faudra attendre plus d’un demi-siècle pour trouver un premier ouvrage prônant l’invariabilité. Jean Boisson dit dans Les Inexactitudes et Singularités de la langue française moderne (1930) :

« Se faire l’écho de, invariable : elles se sont fait l’écho de ces bavardages » (p. 45).

Bien que Jean Boisson soit avant tout un historien (il a d’ailleurs été primé par deux fois par l’Académie française pour des livres d’histoire), cet ouvrage jouit apparemment d’une certaine autorité au sein de la communauté des grammairiens, l’Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain (ouvrage collectif sous la direction de Fernand Keller publié en 1972) le citant à plusieurs reprises.

En 1949, le grammairien belge Joseph Hanse écrit dans son Dictionnaire des difficultés grammaticales et lexicologiques :

« Se faire l’écho est une expression verbale où faire et écho restent normalement invariables. L’usage est d’écrire : Ils se sont fait l’écho de cette calomnie. Elle s’en est fait l’écho. »

En 1950, André Sève, enseignant (à ne pas confondre avec le prêtre assomptionniste du même nom), publie le dictionnaire Ortho vert (640 p.) avec la collaboration du linguiste Jean Perrot. Cette version de ce dictionnaire orthographique, plus complète que l’Ortho rouge (511 p.) et son résumé Ortho jaune (288 p.), parus respectivement en 1946 et 1947, prône l’invariabilité :

« Écho nm. Ils se sont fait l’écho. (Remarquer l’invariabilité du participe qui résulte du fait que l’expression est inanalysable.) »

Ces premières prises de position n’empêchèrent pas le linguiste français Albert Dauzat d’écrire dans Le Monde du 17 janvier 1951 :

« Une légende […] dont une revue hôtelière suisse s’est faite dernièrement l’écho » (cité dans Le Bon Usage, de la 12e, p. 1379, à la 16e édition, p. 1278).

Le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (première édition du Grand Robert), publié de 1953 à 1964 en 6 volumes (le deuxième tome, qui concerne notre expression, a paru en 1955), contient deux exemples où le participe passé reste invariable :

« Elle s’est fait l’écho, ils se sont fait l’écho de la nouvelle. »

Adolphe Victor Thomas, diplômé des sciences anthropologiques et chef des services de correction des dictionnaires Larousse, dit dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française (1956) :

« Dans l’expression se faire l’écho de, le participe fait est invariable. »

Notons qu’il se garde de justifier sa position. La phrase est reproduite telle quelle, sans explication, dans le deuxième tome du Grand Larousse de la langue française, paru en 1972. Ce n’est que bien plus tard, avec la publication en 1998 du Dictionnaire des difficultés du français d’aujourd’hui de Daniel Péchoin et Bernard Dauphin, que les éditions Larousse commenceront à invoquer l’idée d’une expression figée :

« Se faire l’écho de (= répéter en propageant) est une expression figée. Recommandation : Dire ou écrire, sans accorder le participe passé : la presse s’est fait l’écho de cette rumeur plutôt que la presse s’est faite l’écho de cette rumeur. »

René Georgin, agrégé de grammaire, dit dans ses Consultations de grammaire, de vocabulaire et de style (1964) :

« Il est vrai que dans le verbe se faire, qui entre dans différents gallicismes, l’accord du participe est parfois délicat. […] Ou bien faire a son sens fort et se une valeur de complément indirect (à soi). Le participe reste alors invariable : Ils se sont fait des ennemis ; elle s’est fait un plaisir de le recevoir. Ou bien se faire signifie devenir et le participe s’accordera avec se (ou avec le sujet, ce qui revient au même) : Elle s’est faite vieille ; elle s’est faite l’avocat des malheureux. […] On dira donc, suivant le sens : La presse s’est faite l’écho de ces bruits, mais : Elle s’est fait un devoir de tenir ses lecteurs au courant » (p. 164-165).

Deux ans plus tard, en 1966, René Georgin détaillera sa position dans Problèmes quotidiens de langage. Nous y reviendrons.

En 1969, Maurice Grevisse se prononça lui aussi en faveur de l’accord dans la 9e édition du Bon Usage (p. 753-754) :

« Quand le participe passé d’un verbe pronominal est suivi d’un attribut du pronom réfléchi, il s’accorde généralement avec ce pronom réfléchi1 : […] Les Goncourt se sont faits l’écho de certaines de certaines de ses confidences à ce sujet (A. Billy, dans le Figaro litt., 25 sept. 1967).

  1. On peut dire, si l’on veut, que, ce pronom réfléchi n’étant ni objet direct ni objet indirect, l’accord se fait avec le sujet. »

Et page 755 :

« Subsidiairement, on peut observer que le participe passé des verbes essentiellement pronominaux (c’est-à-dire qui n’existent que sous la forme pronominale) s’accorde toujours (s’arroger toutefois fait exception) : […] se faire l’écho, […] etc. »

La formulation restera inchangée jusqu’à la 11e édition du Bon Usage (1980), la dernière parue du vivant de Grevisse (p. 936).

En 1980, André Jouette, correcteur d’édition, publie Toute l’orthographe pratique (qui deviendra le Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite des Éditions Le Robert) :

« Écho [éko] n. m. (bruit répété) Elle s’est fait l’écho de racontars. »

En 1981, Jean Girodet, agrégé de grammaire, prend parti pour l’invariabilité dans son Dictionnaire des pièges et difficultés de la langue française :

« Dans se faire l’écho de, le participe passé fait est toujours invariable : Elles se sont fait l’écho de ces rumeurs. »

En 1983, Joseph Hanse publie son Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, dans lequel il rétracte la position qu’il défendait en 1949 :

« Se faire l’écho de est considéré par certains dictionnaires comme une expression plus ou moins figée où le participe est invariable. […] Mais la logique et l’usage autorisent — et même recommandent — l’accord, comme on le ferait dans Elle s’est faite la protectrice des réfugiés : Des rumeurs fantastiques dont Mme de Sévigné s’est faite l’écho (Funck-Brentano, F., Le drame des poisons). »

En 1986, dans la 12e édition du Bon Usage, André Goosse confirme la position de son prédécesseur Maurice Grevisse :

« Le participe suivi d’un attribut du pronom réfléchi s’accorde ordinairement avec ce pronom : […] Les Goncourt se sont faits l’écho de certaines de ses confidences à ce sujet (Billy, dans le Figaro litt., 25 sept. 1967). Une légende […] dont une revue hôtelière suisse s’est faite dernièrement l’écho (Dauzat, dans le Monde, 17 janv. 1951). […] Certains dict. considèrent (à tort) que dans … s’est fait l’écho, le participe doit rester invariable » (p. 1379).

En 1993, il revoit quelque peu la formulation dans la 13e édition (celle-ci restera identique dans les éditions ultérieures jusqu’à la 16e, sortie en 2016) pour tenter d’expliquer ce qui a induit en erreur bon nombre de lexicographes :

« Le participe suivi d’un attribut du pronom réfléchi s’accorde ordinairement avec ce pronom […]. Sans doute par confusion avec se faire un devoir (ou un plaisir, etc.), certains dict. considèrent que dans s’est fait l’écho le participe doit rester invariable. Si on suit la règle ordinaire, ce n’est pas exact : Les Goncourt se sont faits l’écho de certaines de ses confidences à ce sujet (Billy, dans le Figaro litt., 25 sept. 1967). Une légende […] dont une revue hôtelière suisse s’est faite dernièrement l’écho (Dauzat, dans le Monde, 17 janv. 1951). Comp. Ils se sont faits nos interprètes » (p. 1343-1344). »

En 1988, la linguiste québécoise Marie-Éva de Villers publie le Multidictionnaire des difficultés de la langue française, dans lequel on trouve :

« Se faire l’écho de : propager. Elles se sont fait l’écho de ces critiques. Dans cette expression, le participe passé fait est invariable. »

En 1999, le grammairien belge Marc Wilmet opte pour l’accord dans Le Participe passé autrement :

« Le PP des verbes pronominaux réfléchis ou réciproques s’accorde avec l’objet direct si celui-ci précède […], y compris quand le pronom réfléchi a un attribut : se faire l’écho de, etc. (exception : se faire fort de) » (p. 116).

La grammairienne Michèle Lenoble-Pinson, qui avait déjà soutenu cette position dans les deux rééditions du Français correct de Maurice Grevisse dont elle s’était chargée (5e édition en 1998 et 6e édition en 2009), en fait de même dans Dire et écrire le droit en français correct (2014) :

« Se faire l’écho d’une rumeur, d’une nouvelle, d’une opinion, d’une préoccupation, la répandre, en faire état. Les Goncourt se sont faits l’écho de certaines de ses confidences à ce sujet (Billy). Aux temps composés, le participe fait est variable. »

Enfin, le Projet Voltaire a publié sur son blog en 2013 :

« Dans l’expression se faire l’écho, le participe passé est toujours invariable. Pourquoi ? Parce que le COD est l’écho, après le verbe. »

Au terme de cet exposé, deux remarques s’imposent.

La première est que si les tenants de l’invariabilité sont en effet un peu plus nombreux, l’autre avis est loin d’être aussi minoritaire que l’on voudrait parfois bien le faire croire.

La seconde est qu’en dépit de leur nombre, rares sont ceux, parmi le premier groupe, à avoir tenté d’expliquer pourquoi le participe devait rester invariable. Je dénombre en tout et pour tout quatre justifications :

  1. Car l’expression est inanalysable (dictionnaire Ortho) ;
  2. Car l’écho est COD (Projet Voltaire) ;
  3. Car c’est l’usage (Hanse) ;
  4. Car il s’agit d’une expression figée (Larousse).

Examinons donc tour à tour ces quatre arguments.

Guillaume Amateur éclairé Répondu le 14 janvier 2018
Votre réponse
Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.