l’histoire avec un grand H
Bonjour,
On peut écrire l’Histoire avec un grand H pour distinguer les histoires de chacun et celle, commune, de l’aventure humaine.
Cette distinction, au moyen de cette majuscule, peut-elle s’appliquer à d’autres mots? Comme la science, la musique, etc…
Absolument ! Un autre exemple parlant serait le mot « homme » qui caractérise l’individu mâle, tandis que « Homme » avec une majuscule correspond plutôt à l’être humain en général.
Il faut surtout veiller à distinguer les termes qui changent complétement de sens selon qu’on emploie ou non la majuscule (‘Histoire », « Homme », « Terre »…) et les simples noms communs en antonomase (quand ils deviennent noms propres) pour lesquels la majuscule servira surtout à marquer l’importance du terme dans le texte.
C’est le cas par exemple du mot « Nature » qui peut apparaître avec une majuscule dans la poésie de Rimbaud, lui conférant un aspect divin.
Oui, je n’avais pas pensé au mot Homme. Mais si je ne m’abuse, si l’on exclut l’antonomase, la liste de ces mots ne devrait pas être bien longue…? En dehors de Homme, Histoire, Terre, je n’en vois pas beaucoup d’autres?
Il y en a des centaines dès qu’on entre dans les ouvrages historiques (l’Antiquité, le Moyen Âge, le Grand Siècle, la Révolution, l’Occupation), scientifiques, artistiques (la Renaissance, l’Art déco), religieux (l’Exode, la Bête), philosophiques, etc.
La plus grande prudence est de mise quant à l’usage de ce type de majuscule. La majuscule à Homme est réservée à un usage bien spécifique dans les sciences (et désigne alors l’espèce Homo). On voit trop de majuscules abusives (les droits de l’Homme, l’Histoire de l’Homme, même !) qui n’apportent aucune nuance sémantique. Souvent écrites par des spécialistes qui veulent donner une importance à leur discipline (les Sciences humaines, par exemple) ou à leur objet d’étude. Dans certains (rares) contextes, il peut y avoir une vraie différence entre histoire et Histoire, entre homme et Homme, etc. En revanche, je ne vois pas ce que pourrait apporter une majuscule à science, musique, etc.
Il faut rappeler qu’en typographie « moderne », la majuscule à tout nom commun répond un à souci unique et invariant : distinguer, dans un contexte donné, ce qu’on nomme valeur absolue de la valeur relative. Chaque élément de la définition compte :
– Dans un contexte donné : une majuscule se justifiera dans un ouvrage, pas dans un autre :
– Valeur absolue : le mot a une valeur permanente et bien déterminée. L’article est normalement l’article défini ;
– Valeur relative : le mot appelle un complément (explicite ou non), peut se mettre au pluriel (ou à l’autre genre).
Pour Histoire, le référentiel occidental bien partagé est celui de « ensemble des évènements passés rapportés par écrit ».
La majuscule disparait avec les variations :
– L’histoire de la France (complément limitatif) de telle date à telle autre ;
– Une brève histoire des révoltes paysannes (article indéfini) ;
– Appartenir aux histoires des pays européens (pluriel).
Ce cas-là est bien connu et se passe normalement de définition. Mais rien n’empêche d’appliquer la même logique à n’importe quel nom qui prend une valeur absolue dans un texte. Dans un ouvrage de musicologie, on pourra par exemple définir « la Musique » comme « l’ensemble des phénomènes sonores organisés créés par l’Homme » (Homme = l’être humain). Tous les autres emplois seront alors dotés d’une minuscule initiale : la musique des sphères, une musique céleste, les musiques antiques, etc.
Il convient de se méfier des majuscules dites « d’allégorie », généralement affectées par les poètes débutants à tout mot qu’ils personnifient. On en trouve souvent des quantités telles que cela discrédite rapidement cet usage. Même Baudelaire ne l’utilise pas dans un de ses plus célèbres poèmes :
« La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile […] «
En conclusion, il y a autant de noms avec majuscule initiale que de besoins dans un texte. L’important reste la définition rattachée à cet usage, précaution préliminaire rarement observée par les auteurs (sauf dans le domaine scientifique).
