RE: Nos grands auteurs
Nos grands écrivains ont beaucoup à nous apporter et même à nous apprendre, ça n’est plus à prouver, mais…
J’ai trouvé cet extrait dans un article intéressant sur le sujet (voir ICI) :
« Victor Hugo, dont l’œuvre n’est pas exempte de fautes d’accord, fit poliment remarquer à Lamartine qu’il avait laissé passer quelques incorrections. Ce dernier répondit : « Mon principe est cependant qu’il faut en faire en vers, sans cela la grammaire écrase la poésie. La grammaire n’a pas été faite pour nous ! »
Ma question est la suivante :
Devons-nous encore les citer sur ce site, en tant que référents, pour des questions de grammaire, de syntaxe, ou plus généralement de langue française ?
Ou bien faut-il estimer que certaines fautes sont « acceptables » dans la mesure où on les trouve chez nos grands auteurs ?
Querelle récurrente qui oppose les puristes (plus ou moins purs et plus ou moins durs) et les observateurs de la langue, objet dynamique en perpétuel mouvement. Cet article me semble être une subtile et excellente réponse à votre question.
Et deux exemples extraits de cet (également bon) article.
Sur le modèle de mots comme homicide, parricide, régicide, qui avaient été empruntés du latin, a été fabriqué en 1734, peut-être par plaisanterie , le nom suicide, avec comme premier élément le génitif du pronom réfléchi latin (oblitus sui, « qui oublie sa personne », littéralement « qui s’oublie ») ; le succès a été rapide puisque l’Académie française l’a admis dans son dictionnaire en 1762. L’action et l’acteur, désigné par le même nom, avaient besoin d’un verbe. D’où la naissance de se suicider en 1787 qui, lui aussi, se répandit très vite. Tout en reconnaissant qu’il est « très fréquemment employé », Littré concluait en 1872 : « Tout homme qui répugne aux barbarismes, même usuels, fera bien de s’abstenir de l’emploi de ce mot. » Le pléonasme est patent, sans doute, mais Grevisse constate que toute répugnance a disparu, même chez les écrivains les plus raffinés. Celui qui se servirait des substituts recommandés par Littré, se défaire, se détruire, ne serait pas compris, ce qui est contraire aux principes fondamentaux du langage.
Voici un exemple. Peut-on faire suivre le pronom démonstratif d’un participe passé ou présent comme dans « La blessure faite à une bête et celle faite à un esclave » ou d’un complément introduit par une autre préposition que de comme dans « Le paquet pour Votre Altesse et celui pour son ambassadeur » ? La première édition constatait que cet emploi « est blâmé par Littré et par la plupart des grammairiens » (sauf Brunot et Nyrop, est-il précisé). L’opinion de Grevisse est très prudente : « Cet emploi ne doit pas, semble-t-il, être absolument proscrit. Il se rencontre, rarement, il est vrai, au dix-septième et au dix-huitième siècle. » Suivent trois exemples pris chez Littré ; de Racine, de Montesquieu (la première des phrases que je viens de citer) et de Voltaire. Dernier alinéa : « Le tour incriminé est assez fréquent dans la littérature contemporaine », ce qu’appuient six exemples : de Gautier, France, Rodenbach, Loti, Dorgelès et Valéry. Dès la 2 e édition, en 1939, Grevisse ajoute quatre autres citations ; notamment une de Gide et, surtout, en note, après la formule Même emploi chez, il énumère, sans citer les textes, 12 nouvelles références, dont Sainte-Beuve, Maupassant, Mérimée, Montherlant, Bernanos. L’opinion prudente est remplacée par une conclusion nette : « Cet emploi a reçu la sanction du bon usage. » Les références ne cesseront de croître d’une édition à l’autre : plus de 60 en 1980 dans la dernière édition. à quoi bon un tel étalage ? dira-t-on. Mais la résistance du clan puriste n’a pas désarmé, et quelques années avant cette édition l’Académie avait renouvelé l’anathème.
Votre message est intéressant Marcel.
Juste une remarque.
Les deux grammaires, descriptive et normatives sont complémentaires et devraient être considérées (et utilisées) comme telles.
C’est précisément la position de Grevisse : ni strictement normatif, ni strictement descriptif.
Bonjour,
Autant la création de néologisme ne doit être restreinte que par une éventuelle équivalence( et encore, « impacter » en est un contre-exemple), autant les changements grammaticaux doivent tout de même se justifier un peu plus précisément.
Oui bien sûr. Mais si une erreur syntaxique est reprise et se répète…
Oui Marcel, nous savons bien tout ça.
Mais, par exemple, « Aujourd’hui » est un pléonasme entré dans la langue académique.
Faut-il pour autant accepter désormais « Au jour d’aujourd’hui » sous prétexte que de plus en plus de gens emploient cette tournure ?
Eh bien, si nous savons bien tout ça, nous savons également que c’est l’usage qui en fin de compte décidera et que seul le temps apportera la réponse à votre question.
Peut-être qu’un premier pas est en train d’être franchi, puisque je note sous la plume de l’Académie « […] mais en elle-même, cette tournure n’est pas incorrecte. »
