RE: Justification du choix de préposition devant un verbe. S’efforcer de/s’efforcer à.
Bonjour à tous,
Nous sommes d’accord sur le fait que si un verbe fait suite à « s’efforcer », nous pouvons utiliser, au choix, les prépositions « de » ou « à ».
Si l’on prend un exemple parfaitement comparable pour la discussion :
Je m’efforce de manger sainement
Je m’efforce à manger sainement
Les deux formulations sont justes.
Ce postulat m’amène… d’autres questions
Dans l’exemple cité ci-dessus, ma préférence irait vers la première option. C’est juste un ressenti, c’est donc très subjectif et je suis incapable d’en expliquer parfaitement la raison. Une autre personne préférera peut-être la deuxième option, cela lui sera également personnel.
Nos choix différents ne seront, ni l’un ni l’autre, inappropriés.
Donc (tadadam 😉 )… Quelle est la raison qui nous pousse à choisir, écrire l’une ou l’autre des versions ?
S’appuie-t-elle sur une règle ou juste sur un ressenti de nuance qui nous est propre ?
Et, donc… Quoi et pourquoi ?
… Parce qu’effectivement, je me dis que si les deux formes existent, il y a forcément une raison qui justifie (ou l’a justifié à un moment x) qu’elles existent toutes deux pour un même cas de figure.
Vos cheminements et, si elles existent, les règles concernant ce sujet précis, m’intéressent.
Merci par avance 🙂
NB. la préposition unique admise devant un nom, après s’efforcer, est « à ».
Il m’a été évoqué (à juste titre pour moi), que dans ce dernier cas de figure, cette préposition semble sous-entendre préférentiellement la nuance de tendre vers un but plutôt que celle de faire un effort/essayer.
Serait-ce une, ou la voie de réflexion à suivre pour le choix de préposition devant un verbe ?
Voici quatre avis (les trois premiers datent de la même époque – XIXe, et divergent), le quatrième – contemporain –, qui ne porte pas précisément sur ce verbe, mais plus généralement sur cette alternance ou cette cohabitation des prépositions de et à pour différents verbes, va dans le sens de Littré.
Nouveau dictionnaire des synonymes de Sardou (1874)
Nouveau dictionnaire de la langue française (1832)
Littré (1873)
Deux extraits de cet article.
Dans sa Syntaxe française du XVIIe siècle, Haase répertorie de nombreux cas dans lesquels l’usage diverge de celui d’aujourd’hui (Haase 1898 : 296-311) : Il me vaudroit bien mieux […] de travailler beaucoup (Molière), Il Synergies Pays Scandinaves n° 3 – 2008 pp. 63-74 Jean-Michel Kalmbach 67 leur sembloit de voir toujours ce visage, (Vaugelas), À quoi bon de dissimuler ? (Molière). De même, on y voit que de nombreux verbes ont, avec le temps, changé de construction : hésiter de faire qch, s’obstiner de faire qch, exhorter de faire qch, etc., qui se construisent aujourd’hui tous avec à.
[…]
Cette perspective historique éclaire d’un jour nouveau le cas des couples comme continuer à / continuer de, commencer à / commencer de, aimer à / aimer Ø. Plutôt que d’y voir des nuances de sens particulières, il suffit de les considérer comme des formes concurrentes, dont l’une représente un état plus ancien de la langue. Cela n’empêche certes pas que l’usager moderne tente de plaquer sur cette opposition des nuances qui n’y étaient pas au départ. Mais il aimait à se promener marque-t-il vraiment plus l’habitude que il aimait se promener, comme on l’enseigne généralement ? Cette question dépasse le cadre de notre propos et nous n’y répondrons pas
Autant je pense qu’en effet on peut s’inventer des nuances de sens là où il ne s’agit que de forme, autant je vois une différence entre « aimer à » et « aimer ».
-d’abord, « aimer à » appartient à la langue écrite. On ne l’entend pas à l’oral.
– » aimer à » est proche de « se plaire à » : la préposition corrige un peu le fait que le verbe « aimer » est mis à toutes les sauces en français
– la préposition change l’aspect du verbe lui donne un aspect duratif en mettant à distance le complément
– aimer à peut aussi signifier vouloir : j’aime à croire/à penser > je veux croire/penser
Je vous rejoins Tara,
Je perçois une notion de « durabilité » avec la préposition à.
Dans certains cas, j’y entrevois même une notion d’habitude, de répétition.
Exemple : Il me plaît à me laisser bercer par le chant des oiseaux.
@ Marcel,
Une fois de plus, merci pour vos recherches riches et instructives.
Celles-ci pourraient nous amener à conclure que ce sujet a déjà fait débat et qu’il le fera sans doute encore 😉
Rien ne semble définitivement tranché et tout avis semble, comme sur bon nombre d’autres sujets liés au ressenti, guidé par ce que ressent le locuteur lui-même.
Je ferai donc, sur notre sujet, partie de ceux qui ressentent nuances (à tort ou à raison), là où d’autres n’en perçoivent pas (à tort ou à raison) 😉
Bon après-midi Marcel
