RE: J’aurais pu…demain

Bonjour,

J’ai écrit la phrase suivante :

« J’aurais pu vous appeler demain lundi, mais je sais qu’un échange vocal ne sera pas suffisant pour le montage effectif de ce dossier, d’où cette voie de mail pour prendre un peu d’avance. »

Pour moi, c’est « j’aurais » au conditionnel, car il est clair dans mon esprit que j’énonce que j’aurais pu le faire « si « je n’avais pas jugé que ce serait inutile.

Mon cheminement n’est visiblement pas jugé correct parce que j’emploie le conditionnel tout en indiquant « demain lundi ».  Ce qui sous-entendrait pour autrui l’emploi de futur dans ma phrase.

Je suis bien sûr d’accord sur le sujet de fond (demain=emploi du futur) mais pas dans mon cas précis où je souhaite appuyer sur une possibilité que « j’aurais pu choisir » (que ce soit dans le futur ou dans le passé)

Ceci m’a tout de même mis un doute. Ai-je oublié une règle ?

Votre avis s’il vous plaît ? 🙂
Merci par avance

Cocojade Grand maître Demandé le 25 juin 2023 dans Question de langue
4 Réponses

Le conditionnel passé exprime ici un passé du futur, comme le futur antérieur mais avec une altération d’hypothèse non réalisée.
Demain nous étudierons le dossier ; auparavant, je vous aurai appelé.
Demain nous étudierons le dossier, auparavant j’aurais pu vous appeler mais je ne l’aurai pas fait car un courriel aura été plus efficace.

Bruno974 Grand maître Répondu le 25 juin 2023

Bonjour Bruno 🙂

Vous voulez dire que je ne suis pas fautive à vouloir utiliser le conditionnel passé dans mon cas de phrase précise, objet du post ?
Merci par avance pour votre retour

le 25 juin 2023.

Bruno, Vous avez écrit :
Demain nous étudierons le dossier, auparavant j’aurais pu vous appeler mais je ne l’aurai pas fait car un courriel aura été plus efficace.

Je ne trouve pas le mélange des temps très clair.
Le conditionnel passé se justifie dans la proposition de Bruno si l’affaire est vraiment totalement passée – il a bien ajouté » auparavant », or la phrase de la question de Cocojade comporte bien  » j’aurais pu vous appeler demain lundi », ce qui me semble un peu incongru dans ma conception du temps. Mais apparemment, tout se défend…

le 25 juin 2023.

Oui, l’emploi du conditionnel passé est parfaitement approprié.

On peut considérer qu’il est dépendant d’une condition révolue : [Si je n’avais pas changé d’avis], j’aurais pu vous appeler demain… / Si tu m’avais aimé, nous nous serions mariés l’an prochain… Le procès qui est repéré par rapport au passé peut néanmoins constituer une irréalité du futur.
Cette condition préalable peut ne pas être exprimée  si le contexte la rend évidente. À l’association : Si…+ PQP, alors… + Cond. passé , on substitue une formulation du type : (Peut-être) + Cond. passé, mais… (avec renversement négatif/positif) : J’aurais pu vous appeler demain, mais j’ai changé d’avis… / Nous nous serions mariés l’an prochain, mais tu ne m’as pas aimé…
L’emploi du conditionnel présent est incompatible : *Nous nous marierions l’an prochain, mais tu ne m’as pas aimé… L’utilisation du verbe modal pouvoir ouvre des libertés d’énonciation :  Je pourrais vous appeler demain, mais j’ai changé d’avis… mais le sens est un peu modifié ; en tout cas, on ne peut pas dire :  *Je vous appellerais demain, mais j’ai changé d’avis…

le 25 juin 2023.

@Joëlle

Vous avez raison sur un point, on peut certes utiliser un conditionnel passé pour exprimer une hypothèse  dans une situation de futur antérieur, mais cela ne correspond pas au cas présenté par Cocojade. En fait, dans son exemple, le conditionnel passé est parfaitement approprié mais les temps suivants ne sont pas concordants. Il aurait fallu employer un temps du passé pour créer justement cette référence révolue : « J’aurais pu vous appeler demain lundi, mais je savais qu’un échange vocal ne serait pas suffisant. Aussi, je vous écris ce mail… »  L’utilisation du présent aurait pu exprimer une vérité générale, mais ce n’est pas très crédible puisque cela concerne un dossier en particulier.

le 26 juin 2023.

Bonjour Bruno,
Merci d’avoir développé plus avant 🙂

Je ne peux qu’être d’accord avec vous.
J’ai utilisé « J’aurais pu » avec un sens précis. Éventualité étudiée en amont (dans le passé) et jugée non appropriée.

Je vous rejoins également sur le fait que, pour plus de cohérence, j’aurais peut-être dû employer un temps passé dans la suite immédiate de mes propos, ce pour appuyer une référence révolue.

Sauf que pour moi, la référence, bien qu’issue d’une réflexion/hypothèse passée, n’est pas révolue. Elle fait foi au présent.

J’ai également pu réfléchir dans le passé à une option pour le futur et en avoir déduit une vérité générale, ceci même uniquement pour le cas d’un seul dossier.
(Je dis « j’ai également pu » car c’est effectivement la démarche que j’ai eue 😉 )

J’ai donc, en quelque sorte, annoncé au présent (je sais) une vérité générale, qui m’est évidente, au présent.
Ce, suite à une réflexion/hypothèse que j’ai étudiée/envisagée dans le passé (avant que j’en annonce au présent la conclusion)
Je ne suis pas sûre de bien expliquer ce que je souhaite exprimer 😉

En clair, cela donne :

– J’ai réfléchi EN AMONT et ma conclusion EST (au moment où je vous écris) que ce ne SERA pas suffisant.

Ma conclusion est celle-ci, je le sais.
(donc… j’aurais pu vous appeler demain lundi, mais je ne le ferai pas. Je fais un choix autre.)

le 26 juin 2023.

@ Joelle

D’après mes connaissances, la conception du temps comme la manière de l’utiliser correctement est régie, en langue française, par des règles.
Hormis à vouloir expliquer un cheminement (qui se révèlera par la suite juste ou incorrect), il ne me semble pas exister plusieurs conceptions du temps, autres que celui cadré par la langue française.
Je reste donc circonspecte quant à votre commentaire…que je n’ai pas compris.

Je vous cite : « … ce qui me semble un peu incongru dans ma conception du temps. Mais apparemment, tout se défend… »

En effet, mes propos ne se voulaient pas défendre une conception du temps qui m’était personnelle.
Ils se voulaient comprendre et ensuite expliquer pourquoi j’avais choisi (à tort ou à raison) l’emploi d’un temps qui existe (et qui, en l’occurrence, s’est avéré approprié)


le 26 juin 2023.

Bonsoir Cocojade,
Vous faites le bon raisonnement, mais comme vous utilisez le même argument pour justifier à la fois du renoncement à téléphoner et de la rédaction actuelle du courrier, vous êtes bien obligée de choisir un temps d’expression en fonction de l’intention dominante. Si on associe le motif de manière disjointe à chacune des deux décisions, cela peut donner : « Si j’avais pensé qu’un échange vocal serait suffisant, je vous aurais appelé demain lundi. // Mais je sais bien qu’un échange vocal ne sera pas suffisant pour le montage effectif de ce dossier, c’est pourquoi je vous adresse ce mail. » Je ne pense pas que l’on puisse qualifier le temps de ce  « je sais » de présent de vérité générale, mais en tout cas cette vérité persiste au moment où vous rédigez le courriel. Pour éviter la répétition, vous avez choisi de privilégier la 2e partie de l’introduction et de combiner présent et futur dans l’énoncé du motif. Je trouve que c’est un bon choix en tant que partenaire d’affaires, car vous mettez ainsi en avant votre implication et votre projection dans l’action à venir plutôt que les regrets d’une action non accomplie.  L’insertion du verbe pouvoir dans l’expression du renoncement(J’aurais pu vous appeler) sert finalement à rappeler l’existence d’un motif, d’une condition non remplie (qu’il est inutile d’exprimer explicitement puisque la suite le fait comprendre facilement). En conclusion, rien à changer dans votre proposition.

le 26 juin 2023.
Votre réponse
Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.