RE: Formation de nouveaux mots avec anti- ou non-

Bonsoir, suite à différentes discussions récentes portant sur les préfixe anti-  et non-, il m’est venu une question à propos de laquelle je souhaiterais avoir des éclaircissements. Un contributeur faisait observer que les rectifications orthographiques de 1990 qui recommandent notamment que le préfixe anti  soit soudé (sans trait d’union) au nom qu’il précède n’autorisaient pas pour autant la formation de « nouveaux mots » en accolant anti à n’importe quoi. Qu’en est-il exactement ? Puis-je légitimement me déclarer antichiens ou antichats, antiviande ou antipoisson, antifer ou antibois ? Même question pour non- : peut-on impunément l’accoler au nom (ou à l’adjectif) que l’on veut et parler par exemple de non-professionnalisme,  de non-constitutionnalité, de non-phosphorescence, etc., ou faut-il s’en tenir aux seuls non-xxxxxxxx figurant déjà dans les dictionnaires usuels ? Merci de vos avis…

ChristianF Grand maître Demandé le 2 mars 2018 dans Question de langue
5 Réponses

Cette méthode du préfixe accolé simplement à une racine reste une grande pourvoyeuse de néologismes et l’on ne peut pas trouver grand-chose à y redire sur le principe . À ce jour, par exemple, le CNRTL compte environ 400 mots (dits vedettes, ensuite déclinables) commençant par anti.  Il existe par ailleurs des dizaines de préfixes similaires, courants ou plus techniques.

Pour être recevable et simple, l’utilisation d’un préfixe n’en pose pas moins des problèmes d’application :
1. Il faut éviter les confusions de graphies et de sens : anti- (contre) n’est pas ante- (avant) ni anto- (à la place). Aussi ancien soit-il, le mot antidater est une mauvaise déformation de antedater.
2. Il faut qu’il reste prononçable et conforme à certaines pratiques de base (rapport entre deux voyelles consécutives et usage ciblé du trait d’union notamment).
3. Il faut qu’il évite les confusions sémantiques : antichiens signifie-t-il « qui n’aime pas les chiens » (ce serait plutôt caniphobe), « qui a une idéologie orientée contre la race canine » (modèle anticommuniste), « qui s’oppose à la consommation de la chair de toutou » (modèle antiviande), qui éloigne les chiens (collier antipuces) ou permet de lutter contre eux (antichar) ?
4. Ne pas entrer un conflit avec un mot déjà implanté désignant la même réalité.

Moyennant quoi, chacun est libre de se fabriquer son lexique s’il a la politesse de prévenir son lecteur de ses créations avec une bonne paire de guillemets et encore mieux en définissant le terme en cas de risque de confusion (parenthèses, note de bas de page).

Mon avis propre est qu’il s’agit là d’une méthode assez rudimentaire dont on a vite fait d’abuser et qui ne saurait remplacer des tournures bien construites et des phrases claires à partir de mots précis. Malgré les apparences, cette manière de faire traduit de nos jours un manque de vocabulaire et entraine un appauvrissement de la langue.

Chambaron Grand maître Répondu le 2 mars 2018
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