RE: Accord des adjectifs composés

Bonjour,

Avez-vous une idée de la raison pour laquelle l’adjectif « mort » reste invariable dans « mort-né » : une enfant mort-née / des enfants mort-nés et non morte-née/morts-nés, alors que dans une autre configuration, cet adjectif s’accorde : mort(e)(s)-vivant(e)(s), ou que dans une configuration identique un autre adjectif s’accorde : premier(e)(s)/dernier(e)(s) né(e)(s) ?

Pour « nouveau-né », je comprends l’invariabilité (même si on trouve des cas d’accord), puisque « nouveau » n’est plus un adjectif, mais un adverbe (extrait du tlfi) :

II. −Emploi adv.
A. −[Avec part. passé formant un adj. ou un subst. comp.] V. aussi supraI A 1 c.Du beurre nouveau battu, des vins nouveau percés (Littré). V. nouveau-né.Les nouveau-venus (…) pour la plupart ne s’attendaient pas à pareille rencontre (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p.66).Il ne semble pas que les pestiférés nouveau venus aient jamais été en contact direct avec les autres, parqués dans des quartiers fermés (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p.21).

Mais « mort » n’a pas cette valeur adverbiale. D’ailleurs, on comprend en effet bien : un enfant nouvellement né, mais je ne vois pas ce que voudrait dire un enfant mortellement né.

Merci.

souriceau Maître Demandé le 23 août 2022 dans Accords
5 Réponses

Encore un bel exemple de la bien connue incohérence de l’Académie française et de ses affidés.
Cet archaïsme est né et s’est développé dans un contexte religieux où les avortements et les morts à la naissance étaient nombreux et posaient un problème à l’Église, qui gérait l’état civil des personnes : sans baptême, pas d’existence reconnue, pas de prénom, pas de sexe. Ces « enfants » étaient des neutres (donc masculins par défaut) tout juste bons pour les limbes. Ce contexte a évidemment disparu. Le sens figuré est redevenu à la mode (une réforme, une loi par exemple), mais on peut s’interroger sur son bien-fondé. Il y a des synonymes plus adaptés.
Pour l’accord en nombre, il n’y a aucune justification et nombreux sont les auteurs, éditeurs et correcteurs (dont moi) qui outrepassent l’esprit léger cette prétendue exception.
On pourra noter que le français médiéval écrivait souvent « morné », solution heureuse qui évitait les discussions oiseuses…

Chambaron Grand maître Répondu le 24 août 2022

Bonjour Chambaron,
Quand vous dites outrepasser cette exception, vous voulez dire que vous n’accordez pas « mort-né » en nombre ou que vous l’accordez également en genre ?

le 24 août 2022.

Merci bien Chambaron pour votre réponse. Mais, permettez-moi de trouver votre un argument un peu paradoxal : si les enfants mort(s)-nés ne sont pas inscrits sur les registres de l’église, alors la question de l’accord selon leur sexe ne se pose pas.

Et en fait, je ne suis pas si certain que ça que le sexe de l’enfant mort-né fût si indifférent (en tout cas si systématiquement). Cette question sur l’accord de cet adjectif m’est venue après avoir vu le film « Piccolo corpo », qui se déroule dans l’Italie du tout début du XXe et où une mère qui a donné naissance à une fillette mort(e)-née ne se résolvant pas à savoir son bébé éternellement coincé dans les limbes, entreprend un voyage pour rejoindre un sanctuaire où sa fille sera ressuscitée le temps d’être baptisée. Ici, le sexe de l’enfant n’est pas du tout neutralisé. Évidemment, ce film n’a pas valeur de documentaire historique, et évidemment du point de vue de la mère, l’enfant est tout sauf neutre, mais on trouve assez facilement sur la toile des exemples où le sexe de l’enfant mort-né (et en effet non baptisé) est indiqué (avec ou sans l’accord de « mort »), juste quelques-uns pour illustration :




le 24 août 2022.
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