Sens à éclaircir
Bonjour,
je lis ces vers dans Britannicus de Racine (scène II de l’Acte I), mais ne les comprends pas: il s’agit d’un dialogue entre Burrhus et Agripinne au sujet de la disgrâce de Britannicus par l’Empereur Néron:
Burrhus – » Voici Britannicus. Je lui cède ma place.
Je vous laisse écouter et plaindre sa disgrâce,
Et peut-être, Madame, en accuser les soins
De ceux que l’Empereur a consultés le moins. »
que signifie « en accuser les soins » dans ce contexte?
Je vous remercie de vos éclaircissements
Voici Britannicus. Je lui cède ma place.
Je vous laisse écouter et plaindre sa disgrâce,
Et peut-être, Madame, en accuser les soins
De ceux que l’Empereur a consultés le moins.
et je vous laisse, Madame, l’attribuer (cette disgrâce) à ceux que l’Empereur a consultés le moins
ou
et je vous laisse , Madame, en accuser les agissements de ceux que l’Empereur a consultés le moins
Pour simplifier : Burrhus dit à Agrippine que si B. est en disgrâce, la faute n’est pas de son fait à lui qui est proche de l’empereur, mais d’autres, pourtant moins proches de lui
« Soins » est à prendre au sens vieilli d’efforts, de moyens utilisés pour arriver à faire quelque chose, application d’esprit à faire quelque chose (TLF)
Ce sens existe encore dans les expressions : prendre soin (veiller à faire en sorte que, s’efforcer de, confier quelqu’un ou quelque chose aux soins de quelqu’un
D’ailleurs, à la scène précédente, Albine dit, répondant au récit que lui fait Agrippine des précautions prises contre son fils : Mais prendre contre un fils tant de soins superflus ?
La tournure n’est en effet pas très explicite et elle ne semble pas avoir été courante même à l’époque de Racine. On en trouve peu d’attestations (voir une des rares ici, page 508, ligne 12, texte publié en 1666).
À défaut du sens courant de poursuivre en justice, qui n’a pas lieu d’être ici, il semble qu’il faille s’en référer à celui de déclarer formellement, déjà relevé par la première édition du dictionnaire de l’Académie (1694). C’est le sens qui perdure de nos jours dans « accuser réception d’une lettre » ou « accuser le coup » par exemple.
Dans ce cas, la tournure peut se comprendre comme : « je vous laisse […] assumer publiquement de gérer (soigner) la disgrâce de Britannicus » (chose que les autres n’ont pas faite).
Ce n’est qu’une interprétation, le manque de citations rendant la lecture incertaine.
PS La lecture proposée par Tara dans sa réponse a de la cohérence. On peut rendre au verbe accuser son sens courant de incriminer. On lit alors que Burrhus suggère à Agrippine, en plus de son travail d’écoute bienveillante, de mettre en cause les manœuvres de certaines personnes en coulisse. Il y a de quoi hésiter.
