construction avec le verbe « rassurer »
Je tombe sur cette phrase et la construction m’interroge, je trouve ça bancal :
Je tentai de la rassurer de sa crainte.
Peut-on vraiment rassurer quelqu’un de quelque chose ?
Bonne journée 🙂
Bonjour ou bonsoir,
Vous avez raison d’avoir eu un doute : le verbe rassurer est uniquement transitif direct et ne peut admettre un complément d’objet indirect.
On ne dira pas Je le rassure de quelque chose mais Je le rassure sur quelque chose : sur quelque chose est un groupe prépositionnel complément essentiel ne rentrant pas dans la case des compléments circonstanciels .
La construction rassurer quelqu’un de quelque chose est ancienne mais désuète. Le verbe rassurer n’avait d’ailleurs pas toujours dans le passé le même sens qu’aujourd’hui.*
De nos jours , on dira rassurer sur, au sujet de, quant à quelque chose. On peut aussi rassurer contre des craintes, des peurs.
* Par exemple, chez Mme de Sévigné : « Vous voulez me persuader de la dureté de votre coeur, pour me rassurer de la perte de votre petit. »
La notion de crainte est d’ailleurs déjà dans le terme « rassurer », du moins tel qu’on l’emploie couramment aujourd’hui. Le sens de donner de la solidité à qqc est vieilli et ne correspond pas au sens voulu dans cette phrase ,. Rassurer quelqu’un c’est tenter de dissiper sa crainte (inquiétude, appréhensioo au sujet) de quelque chose.
C’est pourquoi, rassurer au sujet de sa crainte frise le pléonasme.
Il faudrait au moins qualifier cette crainte
Je tentai de la rassurer au sujet de ses craintes concernant ce voyage.
Mais : je tentai de la rassurer au sujet de ce voyage semble suffisant.
Merci, c’est bien ce que je me disais !
Pour autant, en cherchant je viens de trouver la construction « rassurer qqn de qqe chose » chez un certain Voiture (17e siècle) qui colle totalement à ma phrase :
Rassurez-moi de ma crainte ; car, sans mentir, j’en ai besoin
, Voiture, Lett. 24.
https://www.littre.org/definition/rassurer
Alors il doit s’agir d’une construction archaïque.
Oh tiens, Vincent Voiture ; ça me rappelle mes cours ahah !
Comme vous le soulignez à la fin, il s’agit bel et bien d’une construction archaïque.
D’ailleurs Chambaron, j’ai voulu consulter votre citation de Mme de Sévigné.
Vous citez : » Vous voulez me persuader de la dureté de votre coeur, pour me rassurer de la perte de votre petit. »
Je ne comprends pas bien…
Voici le lien vers une édition des lettres de Mme de Sévigné, datant de 1837 (page 10, ligne 17). L’ouvrage ayant sans doute été réédité, il est possible que des éditeurs aient depuis « modernisé » les tournures.
Les exemples donnés par Littré, et d’autres encore que je trouve au XIXe siècle, prouvent que cette construction était courante. Comme je le disais dans ma première réponse, elle est devenue désuète (archaïque est un peu fort). Cela n’en fait pas une « faute » pour autant.
