Position des trémas
Bonjour
Je viens de voir un reportage sur la commune de Vogüé, la position des trémas ne semble pas conforme à la règle. Est-ce parce que c’est un nom propre ou parce que que la lettre qui suit le u est déjà surmontée d’un accent ?
Merci d’avance pour vos précisions
Votre question est intéressante car elle met en relief une modification peu connue de la graphie du tréma en français. En 1975, puis en 1990, l’Académie française a en effet recommandé de placer le tréma au-dessus de la lettre u prononcée isolément dans une suite gue , gui. ou geu dans laquelle il serait normalement inaudible. Cette graphie rationalisée permet d’éviter les erreurs de prononciation et de lecture.
Cela concerne peu de mots dont certains sont assez rares mais d’autres courants :
– gageüre qui se prononce /ga-ju-re/ et non /ga-jeur-re/ ;
– argüer qui se prononce /ar-gu-é/ (cf. argument) et non /ar-gai/ ;
– aigüe, ambigüe, exigüe, cigüe dans lesquels le tréma est déplacé.
Le nom propre Vogüé [/vo-gu-é/] se retrouve donc légitimé dans sa graphie ancienne.
Il faut noter d’abord qu’on hésite parfois sur la place que doit occuper le tréma. Voici un passage d’un article du Bescherelle sur le sujet :
[…]est-il préférable d’écrire ambiguïté ou ambigüité?
S’il n’y avait pas de tréma, on pourrait lire : am-bi-gui-té (la troisième syllabe rimerait avec Guy). En effet, la suite gu devant i ou e sert généralement à indiquer en français que la combinaison de lettres gu se prononce [g] : le u ne s’entend pas. Ex. : guitare, longue.
Si l’on veut faire entendre le u, la meilleure solution est d’ajouter un tréma. à quel endroit? Sur le u, puisque l’objectif est de séparer les lettres g et u pour entendre les deux sons (plutôt qu’un seul). Pourquoi mettrions-nous le tréma sur le i? Il n’a aucun problème de lecture : on l’entend déjà.
Il est donc recommandé d’écrire ambigüité.
[…]
Comment écrire aigu au féminin? Une voix aiguë ou aigüe ou aigue?
Si l’on écrit aigue, le mot rime avec collègue : c’est le cas dans une pierre aigue-marine. Il faut donc un tréma dans le féminin de aigu. Sur quelle lettre? Traditionnellement, on écrivait aiguë, mais ce n’est pas le e muet que l’on veut entendre, mais bien le u. […]
Pour votre mot Vogüé, je ne sais pas comment il se prononce ;mais, écrit de cette manière il se lit vo -gu (comme dans Gustave) – é
S’il avait été écrit Vogué on le lirait : vo – gué (comme dans guérir)
Pour répondre à Tara
« Signe orthographique formé de deux points disposés horizontalement qui, en français, se place au-dessus des voyelles e, i ou u, pour indiquer que celles-ci ne forment pas un phonème unique avec la voyelle ou le groupe de lettres qui précède« .
Je ne veux et espère blesser personne, mais la réponse de Chambaron me semble plus appropriée. ah le français… quelle merveilleuse et difficile langue…
À décharge de nombreux analystes, il y a eu du flottement depuis quatre siècles dans l’interprétation de l’usage du tréma. Il a notamment longtemps servi à indiquer la diphtongaison (deux sons) de la dernière syllabe. On écrivait par exemple toute honte buë car on faisait jadis entendre l’accord féminin et cela servait aussi pour la versification (nombre de pieds). C’est cette habitude qui a induit les distorsions comme ambiguë ou aiguë.
