« se rappelle à elle »
Bonjour,
Après avoir parcouru les différentes règles concernant le verbe « se rappeler », je n’arrive toujours pas à savoir si le morceau de phrase suivant est correct :
« un évènement traumatique qui se rappelle à elle avec ce parfum »
Peut-on écrire « se rappelle à elle », comme on écrirait « se rappelle à son bon souvenir » ?
Merci d’avance pour vos réponses !
Oui on le peut.
Voici un passage (j’ai modifié la mise en page pour plus de clarté) de l’entrée « rappeler » du TLF :
Rappeler qqn à qqn, au (bon) souvenir de qqn. Transmettre à quelqu’un le souvenir, les amitiés, les salutations d’une autre personne.
Seriez-vous assez bon pour me rappeler au souvenir de MmeMichelet? (Flaubert)
Veuille annoncer de ma part à ta mère] la nouvelle de mon prochain mariage et lui porter mes respectueux souvenirs. Rappelle-moi également à ton frère (Gide).
Emploi pronominal réfléchi : Se rappeler à qqn, au souvenir de qqn. Rappeler son souvenir à quelqu’un, lui adresser ses salutations, le témoignage de son respect.
Je voudrais bien devoir à une plus heureuse circonstance, le bonheur de me rappeler à votre souvenir (Sénac de Meilhan).
Il apprend par un de ses camarades que sa mère est devenue MmeGuérin. (…) le camarade lui apporte l’adresse. Il lui écrit pour se rappeler à elle (Goncourt).
Il n’y a pas de raison que la formule ne soit pas possible avec un inanimé.
Merci beaucoup pour cette réponse très claire et détaillée !
Il ne semble pas que cet emploi soit correct. Le Tlfi est très complet sur la question : il détaille bien selon que le sujet est un animé (cf. qqn) ou un inanimé (cf. qqc) et à aucun moment il ne donne la forme pronominale avec un sujet inanimé.
Ce qui est plutôt logique, puisqu’avec un inanimé sujet d’un verbe pronominal, on a soit un sens passif (ce livre se vend bien), ce qui n’est pas le cas ici ; soit le sujet est le siège d’un processus dont il n’est pas la cause (la vitre s’est brisée) ce qui n’est pas non plus le cas ici.
Au vu des réponses déjà données, il me semble que la question est moins grammaticale que sémantique.
Comme analysé lors d’une question récente sur le verbe s’arrêter, il est légitime et courant d’employer au sens figuré une forme pronominale pour une abstraction ou un objet inanimé. : « La douleur se réveille, se calme, se dissipe, se manifeste, se propage ou… se rappelle à quelqu’un. »
Le fait que les grammairiens peinent à qualifier proprement ce type de forme pronominale pourtant classique est une autre question. En ce qui me concerne, et faute de mieux, j’en reste à la notion résiduelle de verbe « pronominal de sens autonome ». Le pronom, sans fonction grammaticale, indique ici l’idée de « par son existence même, de son propre fait ». Il s’agit de la même chose que les verbes essentiellement pronominaux bien connus : s’emparer, s’envoler, etc.
NB Il s’agit de ce qu’on nomme gallicisme, d’une structure que l’on retrouve peu ou pas dans les autres langues proches. La plupart du temps, ils se traduisent par une forme non pronominale (passif, adverbe spécifique, verbe préfixé par exemple).
