RE: Accord verbes pronominaux : se sont senti(es)…
Bonjour,
Dans un exercice de français, j’ai rencontré cette phrase :
« Les deux petites filles se sont senti….. trahies après cette affaire. » Après de longs moments de casse-tête, je croyais commencer à maîtriser enfin les règles d’accord des verbes pronominaux ; ici, j’avais complété par « se sont senties trahies », mais notre professeur a corrigé par « se sont senti trahies » en disant que le COD correspondait à « trahies ». Or, j’ai du mal à comprendre cette correction. J’ai plutôt l’impression que « trahies » serait un adjectif attribut du sujet, et que le COD serait plutôt « elles se sont senties (elles-mêmes) trahies ».
J’ai rapproché ça à une autre situation : « elle s’est trouvé belle » ou « elle s’est trouvée belle » ? « Belle » est un adjectif attribut du sujet ici, donc j’aurais mis « elle s’est trouvée… ». Est-ce que c’est aussi le cas dans ma phrase d’exercice ?
Merci de vos réponses.
C’est compliqué, j’aurais penché comme Tara pour « autonome », car le verbe change de sens (il n’est pas question d’odorat) mais le pronom « se » est quand même analysable, elles ont senti (au sens d’estimer) « elles-mêmes », donc si on pense que c’est du sens réfléchi, il faut accorder avec le COD « se » placé avant.
Trahies est attribut du COD, mais je ne connais pas la règle d’invariabilité du PP suivi d’un attribut du COD ; pour moi :
Ils l’ont jugée coupable, ou ils l’ont élue déléguée, si le pronom COD « l' » désigne une femme, j’accorde (coupable / déléguée étant attributs du COD).
Ce serait intéressant que votre prof justifie son idée de non accord.
Extrait de Questions de langue de l’Académie :
– le participe passé suivi d’un attribut du complément d’objet direct s’accorde avec ce complément lorsque celui-ci précède le participe : Je les avais crus médecins ; Ces gens que j’ai trouvés charmants. On rencontre parfois l’invariabilité, mais il est préférable de faire l’accord ;
Explication, en comparant avec un cas où l’accord du participe ne fait aucun doute et où on verra que le non accord avec (se) sentir est justifiable, tellement d’ailleurs que je le trouve meilleur que l’accord :
Il est arrivé à la bourre, du coup, sa soupe, il l’a mangée froide.
Qu’est-ce qui a été mangé ? La soupe (et elle était froide).
Il l’a senti(e) déprimée / Elle s’est senti(e) déprimée / trahie.
Qu’est-ce qui est senti ? Elle (et elle était déprimée / trahie). C’est franchement bof, non ? Mais bon si on l’admet >>> sentie déprimée / trahie.
Qu’est-ce qui est senti ? Qu’elle est déprimé. C’est franchement mieux, non ? Et donc, puisque c’est la proposition qui est COD et non plus le substantif >>> senti déprimée/ trahie.
Ou dit un peu autrement :
Il a mangé la soupe, elle était froide.
Il a mangé que la soupe était froide.
??? Il a senti sa femme, elle était déprimée.
Il a senti que sa femme était déprimée.
Si l’on en croit le Robert, le non-accord est une tolérance (Accord du participe passé suivi d’un attribut du COD | Dico en ligne Le Robert)
Avec certaines constructions verbales, la dissociabilité cod/attribut : On l’a retrouvée morte. / Nous nous sommes présentés prêts. ou l’indissociabilité : On nous les a dit perdus. / Nous nous étions toujours su capables. est évidente. On peut notamment retirer l’attribut des deux premiers exemples ou dire : Comment l’a-t-on retrouvée ? Comment nous sommes-nous présentés ? alors qu’on ne peut pas dire : *Comment les a-t-on dits ? *Comment nous sommes-nous sus ?
Avec d’autres verbes, nombreux, la frontière est très incertaine, en particulier avec le verbe sentir. On peut en effet dire : Comment vous êtes-vous senti (e)(s) ? Comment l’as-tu senti(e) ? sans que la personne puisse formellement « être sentie ».
