RE: Émeraude mais violetteS ? – adjectifs de couleur
Bonsoir,
Je viens de prendre connaissance d’un post qui a relancé une interrogation que j’ai toujours.
Je crois que j’avais déjà posé la question, mais le fait est que je n’avais pas, je crois, reçu de réponse claire.
(ou bien, je ne l’ai pas retenue, car je me pose à nouveau la question)
Sauf erreur de ma part (et si tel est le cas je vous prie de m’en excuser)
Des nuances émeraude :
Si l’adjectif de couleur provient d’un nom de fruit, de fleur, de pierre précieuse …, il reste invariable.
Des nuances violetteS (accord pluriel) :
et pourtant…Si l’adjectif de couleur provient d’un nom de fruit, de fleur, de pierre précieuse …, il reste invariable.
Violette est bien un nom de fleur… alors pourquoi, l’adjectif qui en est issu ne doit-il pas rester invariable ?
(je n’ai vu aucune règle expliquant ce cas précis)
Merci pour vos retours
Vous mettez sur le même plan deux vocables qui ne le sont pas.
Vous savez, je pense, que les noms de couleurs sont systématiquement masculins. Ces noms de couleurs sont forgés à partir de la forme masculine de l’adjectif de couleur dont ils sont tirés :
le blanc (et non le blanche ou la blanche ou la blanc),
le bleu (idem),
le vert (id.), etc.
Que se passe-t-il pour les noms de couleurs issus de substantifs ? Eh bien, c’est très simple, on conserve la forme du substantif et quel que soit son genre d’origine, il devient masculin :
Le marron comestible est le fruit du châtaigner → Le marron n’est pas une couleur primaire.
La topaze est une pierre aux nombreuses nuances → Le topaze est une couleur orangée.
Une orange pressée vous apportera le plein de vitamine C → Le orange est une couleur chaude.
Une émeraude orne ce blason → Ce blason est d’un émeraude profond.
Etc.
Revenons à nos violettes, pour la couleur, dites-vous le violette, ou le violet ? Je pense que vous dites comme à peu près tout le monde le violet. Pourquoi ?
Parce qu’il existe un adjectif violet à partir duquel ce substantif de couleur a été régulièrement construit. Si un tel adjectif n’existait pas, le nom de couleur serait le violette (conservation de la forme du nom duquel le nom de couleur dérive + masculin).
Tout ça pour essayer de vous faire toucher du doigt que même si l’adjectif violet(te) vient en effet bien du substantif désignant la fleur, c’est un adjectif à part entière qui a été forgé à partir de ce substantif, il y a fort longtemps – au XIIe siècle (qui fléchit comme fléchit un adjectif, qui a servi de base de dérivation pour le substantif de couleur, comme le fait tout « vrai » adjectif de couleur).
En l’état actuel de la langue, ce n’est pas le cas pour émeraude, ni pour marron. Qui sont analysés soit comme des substantifs en fonction d’adjectif, soit comme des adjectifs atypiques et à ce titre invariables. Mais peut-être que dans quelques années, décennies, siècles, millénaires, bonjarrêtelà, ces deux-là et d’autres seront aussi devenus des adjectifs à part entière → des robes maronnes et d’autres émeraudes.
Bonsoir Marcel
Vous êtes excellent ! 🙂
Au-delà de m’avoir fait rire (dans le bon sens du terme), vos explications me sont très claires et m’apportent enfin la réponse à la question sur laquelle… Je ne comprenais/ne percevais rien de logique… ce depuis déjà longtemps.
Un tiroir que je peux refermer.
Je vous en remercie !
Bonne fin de soirée Marcel
Merci Cocojade. 🙂
Le rouge me monte aux joues au point qu’elles en deviendraient presque violettes !
Tant qu’elles ne sont pas roseS, pourpreS, mauveS, fauveS, écarlateS ou encore incarnatES 😉
😀
