RE: Des robes « VioletteS »… Une exception hors exceptions admises ?

Répondu

Bonjour,

Des robes orange
Des robes marron
Des robes café
Etc.
Adjectifs de couleur invariables car sous-entendus ‘de la couleur d’un nom » (couleur du marron, du café, de l’orange, etc.)

Alors pourquoi… des robes violetteS ?

– Violette est pourtant un adjectif de couleur tiré/issu d’un nom féminin  (la fleur) à savoir … Des robes de la couleur de la fleur la Violette.

– Violette ne fait pas non plus partie des exceptions (rose, mauve, pourpre, incarnat, écarlate et fauve) qui prennent la marque du pluriel.

Une âme charitable pour m’éclairer ? 🙂

Cocojade Grand maître Demandé le 13 novembre 2022 dans Accords
5 Réponses

Réaction au message de CParlotte : dans l’absolu, rien n’interdit en effet de dire des pantalons violette, et donc des robes violette, puisque n’importe quel substantif peut être mis en apposition pour signifier une couleur : des pantalons pipi / caca / vomi  / nuage (je fais exprès de prendre des termes pas typiques…) ; néanmoins :

1 – ça n’explique pas pourquoi on a tout de même nettement plus souvent des pantalons violets et donc des robes violetteS (je dirais même systématiquement, parce qu’à mon avis, les pantalons violette et autre nom masculin + violette ne se trouvent guère – du moins en l’état actuel de l’usage, qui bien sûr pourrait évoluer) ;

2 – pour conforter cet usage pour l’heure inexistant, je doute que le violette existe : J’aime bien le violette ?? (mais là encore, ça n’a rien d’impossible dans l’absolu, c’est juste le cas en l’état actuel de la langue, parce qu’en cet état, le nom de couleur est le violet, qui est formé par dérivation (impropre) à partir du masculin singulier de l’adjectif comme tous les noms de couleurs issus des adjectifs. Pour ceux issus des substantifs on garde la forme substantive que l’on masculinise le cas échéant : une pivoine > le pivoine ; une orange > le / l’orange ; un marron > le marron, etc. Mais pas une violette > le violette (en l’état actuel de la langue, qui n’a rien de figé – j’ai l’impression que je me répète, c’est un peu fait exprès).

Conclusion, en l’état actuel de la langue, violette est la forme féminine d’un  adjectif d’origine normalement variable et non un substantif adjectivé (ou un substantif utilisé comme adjectif) potentiellement invariable si on suit les règles actuellement en cours.

marcel1 Grand maître Répondu le 15 novembre 2022

Bonsoir Marcel,

Je ne suis pas d’accord sur ce coup.
Violette n’est pas la forme féminine de quoi que ce soit puisque originellement violette (la couleur) a été issue du nom féminin violette (la fleur) en premier (et non pas « violet » qui, lui, est apparu par la suite uniquement) Etymologiquement violet est issu de violette , couleur qui  est la première  issue de la fleur violette (nom féminin), ce… avant même que violet ne voit le jour.

En fait, c’est « violet » qui est la forme masculine de violette et non l’inverse 😉

le 15 novembre 2022.

Bonsoir Cocojade,

Oui, dans la mesure où on ne parlait pas du nom de fleur mais de la couleur,  je n’avais pas cru bon de le préciser, je reprends donc ma formulation maladroite en la précisant  : « Conclusion, en l’état actuel de la langue, violette – quand ce terme signifie la couleur, autrement dit dans les structures du type substantif féminin + violette – est la forme féminine… »

(D’ailleurs, si vous relisez mon premier message, vous verrez que j’y mentionnais que l’adjectif était tiré du substantif désignant la fleur, que par conséquent celui-ci était forcément antérieur à celui-là.)

En espérant être plus clair : pour des raisons qu’un historien de la langue saurait peut-être expliquer, il a été créé il y a fort longtemps (XIIIe siècle, si j’en crois la notice étymologique donnée par le Tlfi) à partir du substantif violette – désignant la fleur -, l’ adjectif violet, qui comme tout adjectif régulier comporte une forme féminine violette et des formes plurielles violets / violettes.

Il aurait tout à fait pu en être de même pour café, chocolat, et les autres, ce qui aurait donné des robes cafées, des jupes chocolates, des pantalons cafés et des shorts chocolats, ça n’a rien de délirant, c’est juste que ça ne s’est pas fait (peut-être que ça se fera un jour). Ceux-là donc, contrairement à violet qui est adjectif à part entière, se trouvent dans une situation floue, à cheval entre leur nature substantive et leur emploi adjectival, ce qui fait qu’ils sont analysés selon les lexicographes et autres linguistes soit comme des substantifs en emploi adjectival (en l’espèce ce sont des épithètes en apport de complémentation, ce qui justifie leur invariabilité : Des robes (de la couleur du) café) ; soit comme des substantifs adjectivés, pour rappeler leur nature mixte, selon le procédé de dérivation impropre (dite aussi conversion lexicale) qui consiste en : la formation de mot par lequel le mot change de catégorie grammaticale sans aucune modification formelle [d’où l’invariabilité atypique de cette classe d’adjectif]. Elle est considérée comme un des procédés les plus productifs en français moderne (cette citation est extraite de l’article conversion lexicale de Wikipedia).

le 16 novembre 2022.

Bonjour Marcel
Retour très intéressant, merci 🙂

Je n’ai pas vos connaissances sur la langue française pour pouvoir débattre avec vous plus avant, donc… joker 😉

Je m’efforce (j’essaie), de respecter notre langue que j’adore mais je reconnais que certaines règles me laissent circonspecte. Je parle là autant des règles avec des exceptions sans logique où seul le « par cœur  » est de mise, que des règles censées être basées sur la logique mais dont cette dernière disparaît dans certains cas… sans raison, ni aucune explication donnée.
Pour les règles/exceptions à apprendre arbitrairement par cœur, j’aurais tendance à dire (à regret malgré tout) qu’il en est ainsi, donc soit.
En revanche, pour celles qui, à priori, sont basées sur une forme de logique permettant compréhension (comme c’est censé être le cas pour la règle objet de notre discussion),  je ne peux pas me contenter de me dire « il en est ainsi, donc soit » parce que cela reviendrait à me dire « ne réfléchis pas » (ce qui, à tort ou à raison, m’est extrêmement difficile).

Je ne conteste pas la règle concernant les couleurs (il en est ainsi 😉 ), en revanche, j’en conteste totalement son concept qui n’est pas logique si des mots tels que violette et/ou pivoine (par exemple) n’y ont pas le même statut que café, marron (par exemple) sans… bien-fondé.

(… Je m’interroge d’ailleurs également sur « le fait même » que le sort de ces noms ait pu tout simplement être zappé de la règle….mais bon, c’est un autre sujet 😉

le 16 novembre 2022.

Le système actuel est sans doute critiquable (je suis notamment à peu près certain que si les garde-chiourmes de la langue n’avaient pas sévi / ne sévissaient pas, l’accord en nombre se serait systématisé – et cela peu importe que les termes soient laissés dans leur classe d’origine = substantifs en emploi adjectival, ou reclassés adjectifs = substantifs adjectivés. On aurait ainsi, des robes oranges, des pantalons pivoines, des murs citrons, etc. Pour ce qui est de l’accord en genre dans le cas où le mot ne se termine pas en e, il n’est pas impossible en soit, mais il se serait fait / se ferait sans doute de manière moins systématique que l’accord en nombre : des murs citrons ; mais des façades citronnes ??), mais je ne pense pas qu’on puisse lui reprocher d’être illogique ou complexe. Les choses me semblent en effet simples et non dénuées d’une certaine logique pour ne pas dire d’une logique certaine (sauf sur un point, voir l’astérisque) :

1) Les adjectifs de couleurs s’accordent (suivant en cela le fonctionnement normal des adjectifs).

2) Les adjectifs de couleurs issus par dérivation impropre de substantifs (ce type de dérivation exclut de cette classe les adjectifs violet et châtain, puisque même s’ils sont issus des substantifs violette et châtaigne, on voit qu’ils ont changé de forme et ce changement de forme leur donne le statut d’adjectif à part entière, à ce titre régulièrement variable en genre et en nombre) et les substantifs utilisés comme adjectifs de couleur ne s’accordent pas, sauf : écarlate, mauve, pourpre, incarnat, fauve*, rose (pour ces exceptions, on doit bien pouvoir trouver des explications, notamment historiques). Et on ne peut dresser une liste de ces termes, puisque comme je l’ai dit précédemment tout substantif peut servir d’adjectif de couleur, même les plus improbables (pour peu que l’on soit poète, ou synesthète, ou fou :  Des pantalons (de la couleur du) carré.

 

* Je trouve étrange que celui-là soit rangé dans cette liste, puisque c’est à l’origine un adjectif, et c’est le substantif qui a été dérivé de cet adjectif, et non l’inverse.

le 16 novembre 2022.
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