Je me suis fait belle…

Répondu

Ma question concerne l’accord des verbes pronominaux.
Même si je sais qu’on doit dire (si l’auteur de la phrase est une femme) :
« Je me suis fait belle » (et non pas faite ), mais « Je me suis mise sur mon trente-et-un » (et non pas mis), « Je me suis autorisée » mais « Je me suis permis » (et non pas permise)… eh bien je suis incapable d’expliquer clairement pourquoi !

Avez-vous un « truc », une façon simple d’expliquer (et de comprendre !) la règle qui régit cet accord ?

CATHY LÉVY Grand maître Demandé le 3 janvier 2015 dans Accords
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Meilleure réponse

Le participe passé accompagné d’un attribut d’objet direct s’accorde ordinairement avec cet objet si celui-ci précède le participe : il l’a rendue heureuse.
Dans cet exemple, l’ est complément d’objet direct, heureuse est attribut de l’, le participe passé s’accorde avec l’.
On dira donc : je me suis faite belle (et non je me suis « fait » belle).
Cependant, cette règle est mal respectée, par beaucoup d’écrivains et désormais, par l’usage, ainsi même Grevisse renonce à l’imposer. Tout cela explique de nombreuses hésitations.
Je me suis mise sur mon trente-et-un et je me suis autorisée suivent la règle, bien connue, selon laquelle le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct si celui-ci précède le verbe.
L’analyse est tout autre pour je me suis permis ; le complément d’objet direct n’est pas me mais quelque chose (je me suis permis quoi ? quelque chose), en effet, on permet quelque chose mais on permet à quelqu’un. Le complément d’objet direct suit le participe passé, donc ce dernier est invariable, on dira donc : je me suis permis

jean bordes Grand maître Répondu le 3 janvier 2015

« Je me suis permis de… »
Dis autrement, me est complément d’objet indirect de permis.

le 27 janvier 2015.
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De manière brute, et sans en faire des tonnes, je simplifierais sous la forme suivante :
1 – Verbe essentiellement pronominal : accord systématique.
2 – Verbe occasionnellement pronominal : accord selon la règle de base COD/COI.

L’exception connue de s’arroger  mise à part, je ne vois pas vraiment de problème. Cela étant, je ne souscris donc pas à l’un de vos exemples : Je me suis faite belle ( « me » est COD).

Inutile de multiplier les exemples. S’il reste des difficultés face à cette manière simple de présenter les choses (sous réserve, certes, d’avoir expliqué auparavant la notion d‘essentiellement pronominal), n’hésitez pas à l’écrire  : il s’agit de l’un des thèmes récurrents des questions orthographiques et le sujet doit être inlassablement répété.

NB : nous parlons bien entendu ici de pronominaux non suivis d’un infinitif, auquel cas il se transforme alors en auxiliaire non accordé. Vous ne vous êtes pas fait chambrer par Chambaron, car nous menons le même combat, n’est-il pas ?

Bien respectueusement,

Chambaron Grand maître Répondu le 3 janvier 2015

Pour ce qui est de « Je me suis faite  belle », j’ai du mal à me laisser convaincre, désolée, ça m’écorche vraiment les oreilles !
Mais si la règle est formelle…

le 3 janvier 2015.

L’avantage des règles est de nous maintenir dans des rails constants, quels que soient les circonstances, les tics de chacun ou les influences diverses. Dans votre exemple, je pense que l’influence de Je me suis fait avoir  contribue à brouiller l’intuition. En P.S. : il y a bien quelques verbes essentiellement pronominaux qui ne s’accordent pas : se rire, se plaire, se complaire. Ajoutons le cas tordu de se rappeler  : elles se sont rappe de leurs erreurs (« Se » est COI),  mais elles se sont rappelées téléphoniquement (« Se » est COD réciproque). Et pour achever ce gâteau des horreurs, mentionnons la cerise de se plaindre  : pronominal classique accordable dans le sens courant (elles se sont plaintes de…), il ne s’accorde pas au sens un peu désuet de « se priver » : toute leur vie, ces pauvresses se sont plaint les sorties et les mondanités.

le 4 janvier 2015.

Merci Chambaron, votre règle simplifiée est très efficace. J’ai même fini par m’incliner devant la dame qui s’est « faite » belle ! (non, je n’ai jamais eu le moindre doute à propos de « Je me suis fait avoir », malgré la liaison orale… vous me froissez presque…) Malgré tout, je ne suis pas d’accord sur un point : le cas de « se rappeler » n’échappe pas à la règle. Simplement on dit « se rappeler quelque chose » et non pas « de  quelque chose ». Dans votre exemple « Elles se sont rappelé leurs erreurs », le C.O.D. est donc bien « leurs erreurs », et l’on n’accorde pas car il est placé après le participe passé.

le 5 janvier 2015.

Bien sûr, c’était une coquille…

Il reste que se rappeler  est un pronominal insidieux qui fait rapidement commettre des erreurs sur l’accord du participe.

le 5 janvier 2015.

Petite réserve : se rire, se plaire, se complaire, etc.  ne sont pas essentiellement pronominaux (ils peuvent être employés autrement qu’à la voix pronominale). Leur particularité est simplement qu’ils n’acceptent jamais de complément direct, et ne se trouvent donc jamais en situation d’accord.

En revanche, s’arroger et s’entre-nuire, qui sont essentiellement pronominaux, ne s’accordent pas avec leur sujet. Ce sont là des exceptions (le premier s’accorde avec son COD placé avant, le second reste invariable).

le 5 janvier 2015.
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Oui, je vous remercie, c’est beaucoup plus clair à présent. J’avais trop tendance à écrire « instinctivement », au lieu de me poser les bonnes questions…

CATHY LÉVY Grand maître Répondu le 5 janvier 2015
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Bonjour.

Suivi d’un infinitif, non suivi d’un infinitif, qu’est-ce que c’est que ce galimatias, comme dirait Gavroche!!!

Se poser les bonnes questions, c’est ici se demander s’il y a un COD, et où il est s’il y en a un. Et alors la règle de l’accord avec le COD et uniquement avec le COD si et seulement si il est placé avant le verbe, cette règle ne connait aucune exception

Dans « la veste que je me suis faite », c’est-à-dire « …confectionnée », il y a un COD qui est « que », pronom relatif représentant « veste ». Il est placé avant le verbe, il y a donc accord.

Mais dans « La veste que je me suis fait faire », c’est-à-dire « … que je me suis fait confectionner », « fait » (qui ne signifie pas ici « confectionné ») a un COD qui est la proposition infinitive (verbe à l’infinitif) « faire » (ou « confectionner »), qui est de genre neutre – qui se code comme masculin en français. J’ai fait quoi? – faire (confectionner), et faire ou confectionner quoi? – une veste.
Quant à « me », dans cette histoire, il est C O Indirect (faire à moi, confectionner à  -pour- moi).

Exemple un peu plus apparemment difficile:
Elle s’était faite  belle  , et s’était mis un rouge à lèvre de luxe. Et elle s’est trouvée très flattée  de s’être vu  décerner la distinction  de reine de la soirée, et de s’être ainsi vue distinguée entre toutes.

Explications:
Elle s’était faite (s’=elle-même, COD de « avait faite »**) belle (adjectif qualificatif attribut), et s’était mis (s’=à elle-même, COI de « avait mis »**) un rouge à lèvre de luxe. Et elle s’est trouvée très flattée (comme « faite belle ») de s’être vu  décerner ( décerner infinitif COD de vu,  s’= à elle COI de décerner) la distinction (COD de « décerner ») de reine de la soirée, et de s’être ainsi vue distinguée (ici encore comme « faite belle ») entre toutes.
**Dans les formes pronominales, l’auxiliaire « avoir » est remplacé par l’auxiliaire « être ». Ne me demandez pas pourquoi. Mais c’est bel et bien une source, voire une cause d’erreurs.(Les enfants, très logiquement, disent « je m’ai vu dans la glace », « je m’ai fait mal en tombant »).

Oui, je sais, ça semble un peu compliqué. Mais il y a beaucoup de choses compliquées dans la vie, et pourquoi cela dispenserait-il de réfléchir? Dans le cas présent ma grand-mère, avec son Certificat d’Études Primaires de 1920 (année scolaire suivant le cours élémentaire deuxième année), ne faisait pas les fautes d’orthographe que beaucoup de gens font aujourd’hui parce qu’on ne leur a pas demandé de réfléchir en temps utile (dictée, analyse logique, analyse grammaticale, rédactions, etc.). Mais il n’est pas trop tard, chacun peut s’y mettre, c’est à la portée de tous (ma grand-mère était boulangère paysanne, et ses clients et clientes, dans son village de quelque vingt familles, avaient le même niveau élémentaire d’études, et écrivaient des lettres sans fautes, à la différence de pas mal d’universitaires d’aujourd’hui).

Il n’y a donc pas plus de problème de comptage de pronoms que décompte de virgules ou de nuages dans le ciel d’aujourd’hui. Juste un peu de logique, en prenant le temps pour cela quelques bonnes fois. Après quoi ça viendra « tout seul », comme si on l’avait toujours su.
Ce n’est donc pas un problème d’érudition, mais de raisonnement.
Salut à toutes et à tous, et bonne année.

jacquecha Débutant Répondu le 9 février 2016
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Complément à l’adresse de Chambaron:

Elles se sont privées de sorties.

Elles se sont plaint les sorties et mondanités: « se=à elles-mêmes » est COI de « ont plaint » (à elles-mêmes), et le COD est « les sorties et les mondanités. Ni gâteau ni cerise, rien que la logique précédemment expliquée.
Salut bien,
J.

jacquecha Débutant Répondu le 9 février 2016
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Encore moi, pour une rectification.
Le Certificat d’Études Primaires se passait 1 an après le Cours Moyen 2ème année, cette dernière année s’intitulant « classe de fin d’études ».
Toutes mes excuses à toutes celles et tous ceux de j’ai implicitement taxés d’une ignorance de la grammaire que n’aurait pas eue un élève de 9 ans.  Le CEP se passait entre 11 et 14 ans.
Cela dit, bien des élèves que j’ai eus comme condisciples dans les années 1950 avaient déjà, à 8 ans, une meilleure orthographe que bien des universitaires actuels. Je me souviens de l’humiliation que j’ai éprouvée, en CM1, d’avoir écrit « Mes » au lieu de « Mais » au début d’une phrase, et « désormé » au lieu de « désormais » dans une rédac. Pour ce dernier mot, c’était une faute due à mon ignorance du sens: au lieu d’un adverbe, je croyais qu’il s’agissait d’un adjectif qui eût signifié « animé de bonnes résolutions ». A cette époque où on enseignait encore la grammaire et où on apprenait à lire en CP par la méthode « beu ah ba », sans craindre le ridicule de « la pipe de papa », nous faisions ne faisions guère plus d’une demi-douzaine de fautes d’orthographe par an. Et nous étions capables de lire Pif le chien ou  les aventures d’Arsène Lupin dès l’âge de 7 ou 8 ans. Triste époque que cette époque où presque tout le monde était instruit de savoirs élémentaires et détenteur d’un minimum de culture! Chacun avait alors un dictionnaire, alors qu’aujourd’hui – moi le premier – nous allons sur Internet pour chercher une information, que nous oublierons quelques jours après.
Bonne fin d’hiver à tous.
Bientôt le printemps! les petits oiseaux qui construisent leurs nids, Les fleurs, les abeilles qui pollinisent. Les amours, le sexe, quoi! Et les ados qui se feront des déclarations en écrivant « j t M »!

jacquecha Débutant Répondu le 9 février 2016
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Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.