Le verbe « jouir »

Répondu

Bonjour à tous,

Le verbe jouir ne me semble guère plus utilisé aujourd’hui que dans le contexte juridique (jouir d’un bien ou d’un droit) et, bien entendu, dans le cadre de relations charnelles plaisantes. Pourtant, ses significations sont loin de se limiter à ces deux contextes:

« Jouir de l’instant, du présent, de ses passions, (pleinement, avec délice) d’un plaisir, d’un spectacle, de son triomphe, de sa victoire, de la vie, de la beauté de qqc.; jouir de l’affliction, de la détresse, de l’embarras, de la misère de qqn. […] Jouir de qqn. […] Jouir de la présence, de la compagnie de qqn […] »
https://www.cnrtl.fr/definition/jouir

Pensez-vous qu’il soit possible aujourd’hui de prononcer les phrases suivantes sans passer pour un goujat ou pour un ruffian ?
– Chère amie, jouirons-nous de votre présence ce soir ?
– Ah, ce vin est un véritable délice… j’en jouis à chaque gorgée !
– Jouirais-tu d’entendre à nouveau la Sonate au Clair de Lune ?
– J’eusse joui de dîner avec vous, mais je suis malheureusement attendu.

Merci d’avance 🙂

GeorgeAbitbol Grand maître Demandé le 1 septembre 2021 dans Question de langue

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4 réponse(s)
 
Meilleure réponse

Chère amie, jouirons-nous de votre présence ce soir ?
Cette phrase-ci ne pose aucun problème à mon avis.
Pour les autres, en réalité, il peut y avoir mauvaise interprétation. C’est dommage parce que cette restriction du sens au simple aspect charnel est un appauvrissement pur et simple. D’autant plus que ce sens est réservé à l’emploi absolu du verbe (sans compléments).
Alors, pourquoi la première phrase passe-t-elle mieux ? Sans doute parce que le niveau de langue est tout de suite reconnu*, ce qui n’est pas le cas pour les autres phrases.

Le verbe « jouir » est actuellement de niveau soutenu lorsqu’il n’est pas juridique ni pris dans une expression : jouir de toutes ses facultés – jouir de son bien – etc.

« Se réjouir » ne rencontre pas le même problème.

Tara Grand maître Répondu le 1 septembre 2021

Je rejoins Tara !
Pour le coup je vous déconseille fortement de dire celle-là lors d’un repas « Ah, ce vin est un véritable délice… j’en jouis à chaque gorgée ! » Surtout en présence de la famille.  On risque de vous accorder quelques regards intrigués voire  médusés, et probablement à juste titre ah ah.

« Jouirais-tu d’entendre à nouveau la Sonate au Clair de Lune ? » Celle-là aussi me fait sourire pour le coup. J’aimerais bien voir la tête d’un interlocuteur qui l’entend bhuahaha

Vartol Grand maître Répondu le 1 septembre 2021

La phrase que je ne dirais pas est celle-ci : « Chère amie, jouirons-nous de votre présence ce soir ? »

Tara et vartol  pensent que cette question est dicible ! (Tara : « Cette phrase-ci ne pose aucun problème à mon avis. »  Vartol : « Je rejoins Tara ! »).

Cette divergence montre que ce n’est pas suelement le contenu de l’énoncé (en fonction du cobtexte) qui pose problème, mais aussi ce à quoi il fait penser + éventuellement  l’hypocrisie (de celui qui le prononce ou l’écrit et celle que celui-ci prète à celui-là) [Je ne parle pas pour vous].

Pas étonnant, dans ces conditions, que l’usage de ce mot soit très restreint et, à tput le moins, très différent par rapport à son champ sémantique (ensemble des sens du dict.).

Prince Grand maître Répondu le 1 septembre 2021

Merci à tous pour vos réponses ! Oui, vous avez sans doute raison: il vaut mieux éviter d’utiliser ce verbe qui pourrait donner lieu à des quiproquos et à des situations gênantes. Ou alors, il vaut mieux ne l’utiliser qu’entre amis, pour un effet comique assumé.

Prince, je n’ai pas compris pourquoi vous parlez d’hypocrisie. La phrase « Jouirons-nous de votre présence ce soir ? » se prête-t-elle plus à l’hypocrisie que, par exemple, « Aurons-nous le plaisir de vous ce soir ? » ou « Nous régalerez-vous de votre présence ce soir ? » ?

GeorgeAbitbol Grand maître Répondu le 1 septembre 2021

On sort du champ d’analyse, me semble-t-il, à parler d’hypocrisie.
Il se trouve que le verbe « jouir » est devenu populaire par son sens absolu qui renvoie au plaisir charnel. Les locuteurs ne l’utilisant pas autrement, soit en ignorent les autres sens, soient les considèrent comme secondaires.
Ordinairement, concernant le sens du verbe plus général  on dit plutôt :
Je profite du grand air – j’apprécie mes vacances – je trouve ce vin excellent – etc.

le 2 septembre 2021.

Merci Tara ! Vous avez raison… comme d’habitude 🙂

Mais à la réflexion, je trouve que lorsque l’on désire parler d’un vin, ou plus largement dans le contexte gastronomique, ce verbe n’est pas si déplacé que cela. Après tout, il s’agit bien de décrire un plaisir charnel, même si ce n’est pas tout à fait le même que celui auquel on fait habituellement allusion en utilisant ce verbe. Personnellement, un plateau de goûteux fromages accompagné d’un bon vin et d’un pain artisanal aux noix ou aux olives me procure une sensation que je n’hésiterais pas à qualifier de jouissance (« état de bien-être, plaisir physique et moral »; https://www.cnrtl.fr/definition/jouissance). Et puis, il n’est pas rare que gastronomie et érotisme fassent bon ménage…

Qu’en pensez-vous ?

le 2 septembre 2021.

Personnellement je ne peux que le déconseiller.
Peut-être qu’avant ça passait bien, mais de nos jours sûrement pas.
La connotation est trop sexuel et « cringe ».

le 2 septembre 2021.

Je pense qu’effectivement rien n’interdit d’employer ce verbe dans son sens  absolu. On n’est jamais contraint de plier devant le conforme, surtout quand la cause en est l’ignorance. J’ai vécu des dilemmes devant un choix impossible : sacrifier la langue ou bien le rapport social. J’avoue que parfois (peut-être souvent) pour ne pas paraître prétentieuse, ou aussi par tact (ne pas souligner un écart de pratique linguistique), voire pour ne pas avoir l’air de faire une erreur , j’ai sacrifié la langue.
Mais pas toujours !
Je dis et j’assume : c’est les auteurs que je préfère. Elle s’est fait disputer. Mais j’évite les subjonctifs imparfaits et je m’abstiens de prononcer les deux « i » dans l’imparfait « nous photographiions » .

le 2 septembre 2021.

Chère Tara, vous êtes non seulement de très bon conseil mais également d’une grande sensibilité, ce qui de nos jours est une qualité des plus précieuses !

Je l’avoue sans honte: je suis pour ma part un libertin qui n’aime rien tant qu’à jouer avec la langue (dans tous les sens du terme) et je suis friand de tous ces mots coquins, voire grivois, qui permettent d’épicer le quotidien sans toutefois (ou alors très rarement) tomber dans la vulgarité. D’aucuns y voient la trace du vice; je préfère y voir l’influence de Desproges, Brassens, Rabelais, François Pérusse et Daniel Rausis. Mais j’admets que ces plaisirs n’en sont plus s’ils ne sont partagés, et je sais également faire preuve de sobriété lorsque je suis en société. Suivant vos conseils, j’éviterai donc de jouir de mes prochaines agapes et me contenterai de m’en délecter.

Me permettrez-vous cependant de vous dire – intellectuellement parlant et en tout bien, tout honneur – que je jouis grandement de ces échanges avec vous ?

le 2 septembre 2021.

😊

le 2 septembre 2021.
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