Citations

Bonjour.

Pourquoi fait- on appel, pas seulement ici, à l’étymologie d’un mot pour justifier ou récuser son sens, alors que les mots ne cessent d’évoluer et de s’écarter de leur sens originel ? Pourquoi, d’autre part, cite-t-on des auteurs du 19° du 20° et du 21° siècle à l’appui d’une orthographe ou d’une tournure de phrase, alors que les écrivains sont des créateurs d’œuvres et non des grammairiens reconnus ? La question se pose d’autant que certains ne manquent pas de signaler ce qui leur paraît être des fautes dans les écrits de ces mêmes auteurs.

Merci.

Brad Grand maître Demandé le 23 août 2018 dans Question de langue

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3 réponse(s)
 

Bien sûr, les mots s’affranchissent de leur étymologie et celle-ci est souvent citée comme un hommage à l’histoire du mot.
Cela a un intérêt historique et linguistique, mais ne prévaut pas en terme sémantique. Le meilleur exemple est le terme « pédophile » formé de ped (enfant, comme pédiatre, pédagogue) et de phile (qui aime, comme Philippe…). Il est évident que la signification actuelle du mot n’est pas « qui aime les enfants » puisque la pédophilie est un crime et une perversion.

Quant aux auteurs, ils s’affranchissent aussi des règles de la grammaire sans doute mais ils contribuent grandement à l’évolution du style et de la pratique de la langue, comme tous les locuteurs. Le fait de les citer est pour moi d’un immense intérêt et une occasion de dialogue. La langue n’est pas une matière fossilisée mais elle vit même si les règles existent et donnent lieu  à des débats.

joelle Grand maître Répondu le 23 août 2018

Beaucoup de questions très larges, Je me contenterai de notes personnelles rapides pour orienter les contributeurs intéressés par des développements plus amples.
1. L’étymologie incorpore aussi les changements sémantiques. C’est juste un arbre généalogique qui permet de comprendre mais aussi de mémoriser des milliers de mots et de nuances au lieu de quelques centaines. Elle n’a de valeur que pédagogique.
2. L’orthographe d’usage n’est qu’un petit aspect de la langue, malheureusement survalorisé dans la culture française. Un aveugle peut être un excellent littéraire sans connaitre un traitre mot du code graphique qui va retranscrire ce qui se dit ou se lit.
3. Ne jamais oublier que les ouvrages que l’on lit (ou cite) ont été relus et corrigés par des correcteurs – merci pour eux –, des typographes, des imprimeurs, des éditeurs. Le poids de l’auteur est en général faible dans la graphie finale, beaucoup  ont d’ailleurs confessé leur désintérêt voire leur mépris pour ces questions.
4. Syntaxe et grammaire sont en revanche la colonne vertébrale d’une langue. Elles font que nous pouvons encore lire directement  les auteurs du XVIe siècle même si le vocabulaire s’est profondément transformé. Elles retranscrivent l’enchainement des idées, permettent de capter l’intérêt d’un lecteur et de convaincre par des moyens originaux mais qui respectent l’architecture commune.
5. On est fondé à contester le bien-fondé de règles ou de conventions dont l’utilité réelle échappe parfois : le « budget » pour maitriser les règles d’accord du participe passé est de 80 heures dans le système scolaire français. Uniquement pour inscrire un accord dont l’oral se passe fort bien dans 95 % des cas.
6. L’autorité principale qu’est l’Académie ne sait pas ce qu’elle défend : elle prétend refléter l’usage, mais ne cesse de prendre des positions pour condamner pour des raisons souvent équivoques. Elle donne par ailleurs souvent elle-même le spectacle de l’indécision, de l’approximation, au pire de l’incohérence. à ce rythme, ce sera bientôt Google qui dira le bon usage…

In fine,  après presque cinq siècles, le français moderne est devenu un champ de bataille plus apte à diviser les Français qu’à les réunir. Notre langue écrite est mal adaptée à l’échelle internationale, consomme inutilement beaucoup d’énergie d’apprentissage et se fait déborder par toutes les pratiques qu’elle voudrait empêcher : invasion d’idiomes étrangers, destructuration de la relation écrit-oral, oubli de règles de base dans l’expression de la pensée, douleurs pour incorporer de nouvelles tendances, etc.
Les autres langues européennes ne sont pas forcément mieux loties, mais pour des raisons différentes car elles n’ont pas établi un culte pour leur langue, n’en ont pas fait un outil de sélection sociale et sont généralement plus pragmatiques.

Ne pensez pas que je défende des positions isolées et fantaisistes. Il existe un solide réseau de spécialistes de la langue qui les soutiennent, que ce soit des linguistes, des grammairiens, des universitaires. Mais cela pèse peu devant la difficulté de réformer les habitudes d’un pays…

Chambaron Grand maître Répondu le 23 août 2018

D’accord avec Brad et Joëlle, l’étymologie permet de comprendre comment un mot a gagné son sens actuel, elle apporte à son intelligence, mais ne permet pas d’en justifier ou récuser l’usage actuel. Quand la question de l’étymologie intervient à l’appui d’une justification grammaticale ou sémantique, c’est probablement que l’argumentation est boiteuse.
Pour les mots construits sur le grec, on a fait du grand n’importe quoi en construisant identiquement pédophile et bibliophile, islamophobe et arachnophobe, en choisissant homéopathie plutôt qu’homéothérapie… Mais ce n’est même pas de l’étymologie, puisque ça ne résulte pas d’une évolution de la langue, ce sont juste des mots mal construits dès le départ.
Pour ce qui est de citer des auteurs, tout en admettant qu’un exemple n’est pas un argument, reconnaissons que c’est une aide importante à la décision : puisque tout le monde dit de cette manière, pour parler la même langue qu’eux, autant dire pour parler français, je vais parler comme eux. Il s’agit non seulement de respecter un usage, mais de s’appuyer sur des personnes ayant formalisé et perpétué cet usage. La part d’arbitraire qu’il y a à choisir des maîtres, cela n’échappe à personne, et un auteur préfèrera parfois privilégier une tournure plus populaire ou plus rigoureuse, mais une langue, pour s’enseigner, nécessite des références et de la constance.
J’ai vu sur internet des sites où il était davantage question d’usage que de normalisation, et vous y rencontrerez des gens intéressants ; mais sur ce site, je crois que nous sommes plutôt spécialisés dans la normalisation.
Quant à la créativité en matière de grammaire, je trouve que des millions de pages internet ont une écriture très créative. Même que des fois ça me fait peur.

David91 Érudit Répondu le 23 août 2018
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