RE: « L’usage fait la loi »

Bonjour,

Je vois beaucoup de personnes dire que, pour justifier un emploi incorrect comme le subjonctif après la locution « après que », l’usage fait la loi. Mais si on se met à penser comme cela, les règles ne serviront plus à rien. Ainsi, l’usage fait-il (tout le temps) la loi ?

Absalon Érudit Demandé le 13 septembre 2021 dans Question de langue
4 Réponses

Bonjour,

Voici un autre texte fort intéressant à ce sujet:

« […] L’usage a toujours été le souverain maître pour l’Académie française. Bossuet le proclama dans son discours de réception : “L’usage, je le confesse, est appelé avec raison le père des langues ; le droit de les établir, aussi bien que de les régler, n’a jamais été disputé à la multitude”, avant d’ajouter toutefois : “Mais si cette liberté ne veut pas être contrainte, elle souffre d’être dirigée.” Cette dernière remarque du grand orateur n’est pas toujours valide. Littré en fait le constat dans la notice étymologique de l’article albinos de son Dictionnaire de la langue française : “Il faudrait dire albino au singulier et albinos au pluriel ; albinos est le pluriel espagnol d’albino, et barbare au singulier. Mais ce mot est trop entré dans l’usage pour qu’on puisse le corriger.” En faisant cette remarque, le grand linguiste rappelait ce qui avait été écrit dans la préface de la première édition : “Car il faut reconnoistre l’usage pour le Maistre de l’Orthographe aussi bien que du choix des mots. C’est l’usage qui nous mene insensiblement d’une maniere d’escrire à l’autre, & qui seul a le pouvoir de le faire. C’est ce qui a rendu inutiles les diverses tentatives qui ont esté faites pour la reformation de l’Orthographe depuis plus de cent cinquante ans par plusieurs particuliers qui ont fait des regles que personne n’a voulu observer.” […]
Quelques années après la réception de Bossuet, évoquée plus haut, la préface de la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, on l’a vu, réaffirmait cette force de l’usage, et toutes les autres le firent également. Elles furent non seulement le lieu où se disait cette suprématie de l’usage, mais aussi le lieu où les effets de cette suprématie se voyaient puisque, d’une édition à l’autre, l’orthographe de ces préfaces changeait : le Dictionnaire faisait ce qu’il prônait, enregistrait l’usage et c’est ainsi qu’il faisait œuvre utile. Rappelons, en effet, que ces deux mots, utile et usage, remontent au même verbe latin uti, “se servir de, utiliser”. »

Le droit et l’usage, texte publié en date du 1er février 2018 sur le site de l’Académie:
https://www.academie-francaise.fr/le-droit-et-lusage

GeorgeAbitbol Grand maître Répondu le 14 septembre 2021
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Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.