RE: Les habitants s’en sont donnés à coeur joie. Ai-je bien écrit?

Les habitants s’en sont donnés à coeur joie. Ai-je bien écrit?

pcharvein Maître Demandé le 19 juillet 2022 dans Accords
9 Réponses

Même quand cela nous semble être une expression, à chaque fois que la forme pronominale dérive d’une pronominalisation d’un verbe transitif normalement conjugué avec avoir, on conjugue selon qu’on analyse le « se » comme un COI ou un COD :
— Je leur ai donné du plaisir. (il est clair que le pronom « leur » est COI et non COD)
— Ils se sont donné du plaisir. (le pronom « se » est en conséquence analysable comme COI, et la présence d’un COD à suivre le confirme)
— Je les ai excusés. (il est clair que le pronom « les » est COD et non COI)
— Ils se sont excusés. (le pronom « se » est en conséquence analysable comme COD)

Il existe cependant quelques verbes qui n’ont de sens qu’à la forme pronominale.
— Ils se sont envolés. (il n’y pas de COD réfléchi, personne n’a envolé personne ni à personne, et on accorde dans ce cas avec le sujet)

Donc pour décider, voyez si votre expression est la résultante d’une pronominalisation d’un verbe transitif normalement conjugué avec avoir, ou s’il s’agit d’une expression n’ayant de sens qu’à la forme pronominale.
— Je leur en ai donné à cœur joie ? Cela n’existe pas.
Votre expression n’est valable que pronominalement, et certaines grammaires nous disent que dans ce cas on a un verbe pronominal autonome. Dans cette logique, souvent invoquée sur ce site, vous êtes obligé d’accorder :
— Ils s’en sont donnés à cœur joie.

Et cependant, contrairement à cette logique des verbes pronominaux autonomes, défendue souvent par une éminente contributrice à ce site, dans la pratique on n’accorde pas.
* Parce que que les quelques utilisations littéraires de cette expression ne font pas l’accord ?
* Parce que le Grevisse promeut la thèse du « en » COD empêchant l’accord (953 b 2) ?
* Parce que ce n’est pas « dans la liste des expressions qui n’ont de sens que pronominalement » ?
Je ne peux pas vraiment vous dire pourquoi on n’accorde pas. Personnellement je pense que vous pourriez accorder. Il y a des experts sur ce site qui vous diront pourquoi on n’accorde pas.

Benezet Grand maître Répondu le 20 juillet 2022

Réponse pleine de bon sens. La règle sur les verbes essentiellement pronominaux (par nature ou par le sens, comme ici) semble encore échapper à certains.

le 20 juillet 2022.

Pour ma part, le « en » considéré comme COD me semble être l’explication la plus pertinente.

le 21 juillet 2022.

@Chambaron bonjour !
Je comprends bien l’idée, que vous avez plusieurs fois expliquée, de « verbes conjugués obligatoirement pronominalement, à cause de leur nature ou à cause de leur sens dans le contexte ». Mais quand c’est de cela que vous parlez, supprimez le mot « essentiellement », car « essentiellement » ne correspond qu’au premier aspect (pronominal par nature), et cela nuit donc à la compréhension de votre idée.
C’est effectivement dans ce cadre que j’ai inscrit ma réponse. Comme notre réponse (l’accord est logique) est très minoritaire dans la pratique, il est possible que nous nous trompions, mais comme vous peut-être, je serais intéressé de savoir à quel moment de notre raisonnement on se trompe. Peut-être trouverait-on une illustration convaincante dans un Larousse illustré en 24 volumes, mais à quelle lettre ?

@Ouatitm bonjour !
On peut interpréter souvent le « en » comme un COD, et dans ce cas il faut interpréter le « se » comme complément (COI ou autre), et, puisque le « en » est généralement neutre, il ne faut pas accorder le participe passé. OK.
A) Cas général
* Construction avec un pronom « en » ayant un antécédent clair :
— Des nouvelles ? Oui, ils s’en sont donné…
(là, on se demande bien pourquoi « en » est neutre sachant qu’il reprend clairement le féminin pluriel « des nouvelles », mais c’est une autre histoire)
* Construction avec un pronom « en » sans antécédent repérable :
— Je leur en ai donné pour leur argent…
Le « en » flou, même s’il c’est sans doute une image dans cette expression, représente des pommes, de la joie, des conseils, de la terreur… En tout cas, je vois bien le COD.
B) Cette expression précisément
Dans l’expression « s’en donner à cœur joie », je peine à imaginer ce que peut représenter ce « en », d’autant plus que je ne réussis pas à rendre cette phrase non pronominale, ou à la modifier d’une façon ou d’une autre, ce qui pour moi signifie que rien n’a de sens dans cette expression. Quelle est la fonction dans cette phrase de « joie » ? Si le Grevisse dit sans explications que dans « s’en donner à cœur joie », « en » est COD, il ne donne pas la fonction de « joie ».
Dans « ne s’en prendre qu’à soi-même », quelle est la fonction de « en » ? Ils vont sûrement me répondre « COD », mais pourquoi ? « complément » parce que c’est un mot un plus, « direct » pour justifier sans justification le non accord dans « elles s’en sont pris à moi », et « objet » pour rien… C’est une définition bien spécieuse du COD.
C) Avis
Je peux concevoir l’absence d’accord, et je pencherais même pour que certains accords dépourvus de sens soient abolis. Mais j’ai, dans ce cas, quand même un peu tendance à penser que le Grevisse et d’autres ont, dans l’ordre, refusé l’accord parce que cet accord est rare avec « donner » (ils se sont donné les moyens), puis justifié a posteriori l’invariabilité du participe passé en sortant un COD de leur manche sans nous dire ce que peut bien alors représenter ce « en ».
J’accepterais l’invariabilité si je comprenais que « en » a au départ de l’expression représenté une chose. Mais je n’ai pas trouvé l’étymologie, l’évolution de cette expression (en fait je ne sais pas comment chercher).
Pour résumer, ce que je mets en doute, c’est l’existence ici d’un « pronom COD sans antécédent ».

le 21 juillet 2022.

@Benezet Bonsoir.

Je me réfère à votre point A et à la définition de cette expression dans la 9e édition du dictionnaire de l’Académie Française.

Vous écrivez en fin de ce paragraphe : Le « en » flou, même s’il c’est sans doute une image dans cette expression, représente des pommes, de la joie, des conseils, de la terreur… En tout cas, je vois bien le COD.

La locution À cœur joie a pour définition , dans ledit dictionnaire , sans réserve, ni retenue.  c’est une expression figée

La locution S’en donner à cœur joie a, elle, pour acception Goûter pleinement un plaisir. Elle contient l’expression figée à cœur joie. Il me parait alors logique que l’analyse  ne tienne ni compte de la signification de cœur ni de celle de joie .

Le à cœur joie doit être analysé comme pleinement, sans réserve, sans retenue ce qui laisserait à s’en donner la valeur de goûter un plaisir que j’étends à se donner du plaisir.

Le « en » flou, est sans doute une image dans cette expression, l’image du plaisir que l’on se donne.

Tortueuse « analyse » mais je lui trouve une certaine licence poétique.

 

 

 

 

le 22 juillet 2022.

Je vous remercie @Ouatitm de votre réponse, et je vois que vous cherchez à donner du sens ou du contenu au mot vide « en », un peu comme dans « je m’en fiche », mais avec un « en » COD. J’y reviendrai peut-être, mais ce soir je me suis concentré sur l’intéressante contribution de @souriceau qui selon moi dit clairement que le Littré n’analyse pas le mot « en » comme étant un COD.

le 22 juillet 2022.
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