RE: Il me faudra me lancer dans une entreprise comme je n’en ai encore jamais connu (e) ?

Bonjour les experts,
Jamais simple avec « en ».
Dans ce cas précis, j’aurais tendance à ne pas accorder. En effet, on ne peut pas vraiment enlever le « en » de la phrase sans la rendre boiteuse : « une entreprise comme je n’ai encore jamais connu », ce serait boiteux, non ?
Qu’en pensez-vous ?
Merci de vos lumières

Pascal3873 Amateur éclairé Demandé le 18 juillet 2021 dans Accords
4 Réponses

Votre test consistant à enlever le « en » ne sert à rien. Quand bien même on pourrait enlever ce « en », montrant ainsi qu’il n’est pas un COD, rien ne viendrait prendre sa place de COD pour imposer un accord quelconque. Pouvez-vous nous dire où on vous a préconisé ce test ?

Il y a, plus ou moins en vigueur, une règle qui dit que le pronom « en » n’emporte jamais aucun accord.

Mais non, les académiciens n’ont jamais édicté une telle règle. C’est De Wailly qui a le premier systématisé l’idée que « en » est toujours mis pour « de lui », « de cela », « d’elles »… que par définition il n’est donc pas un complément direct, et qu’il ne commande jamais aucun accord. Son opinion a prévalu dans la mesure où il a dans la foulée rédigé des manuels scolaires. Dès avant 1800, on pouvait déjà se contenter de ne pas accorder le participe passé avec ce que représente le pronom « en ».

Dit comme le disait De Wailly, c’est évidemment faux. Dans « je mange de la soupe », « de la soupe » est COD bien que commençant par « de », car « de » n’est pas une préposition. Et dans « j’en mange », « en » est bien complément d’objet direct, comme « de cela » est complément d’objet direct dans « je mange de cela ».

On applique aussi cette règle avec une autre justification. On dit maintenant, « certes, de la soupe est COD, mais neutre » car toutes les formes partitives sont neutres.
Et c’est vrai : on dit « de la soupe, j’ai bu de cela », et non « de la soupe, j’ai bu d’elle ». Donc on écrit « de la soupe, j’en ai bu » et non « de la soupe, j’en ai bue ».

Quelle règle appliquer ?
Les deux justifications ci-dessus de la règle d’invariabilité sont mauvaises.
* la mauvaise règle de De Wailly (« en » ne peut pas représenter un COD) reste acceptable bien qu’idiote, puisque longtemps enseignée, et appliquée par les grands auteurs du XIXe siècle qui font référence.
* la mauvaise règle sur le partitif neutre (« en » est forcément partitif dans ce cas) reste acceptable bien qu’idiote, puisqu’elle est enseignée au XXe siècle (et citée sur ce forum), et que des auteurs l’appliquent.

Mais dans votre phrase, votre « en » est un vrai COD, et il n’est pas partitif (il ne signifie pas « une certaine quantité d’entreprises », mais « une entreprise quelconque »). Aucune des deux justifications de la règle d’invariabilité n’est valide. Cependant, l’invariabilité ayant été enseignée, aussi mauvaises les justifications en fussent-elles, elle est devenue une règle arbitraire, que vous pouvez vous contenter d’appliquer : ne pas accorder.

En 1976, le gouvernement français (de quoi se mêle-t-il ?) a reconnu la possibilité de l’accord, mais c’est encore pire maintenant puisque certains ont compris que la possibilité de l’accord était généralisée alors qu’elle devrait être circonscrite au cas où « en » est un vrai COD et n’est pas partitif.

Dans votre phrase, la logique grammaticale française permet l’accord, car votre « en » est un pronom COD non partitif. Ce pronom est ici féminin singulier.
— Il me faudra me lancer dans une entreprise comme je n’en ai encore jamais connue.
Vous pouvez également, mécaniquement, ne pas accorder, comme la majorité des auteurs l’ont fait durant deux siècles.
— Il me faudra me lancer dans une entreprise comme je n’en ai encore jamais connu.

Dans la mesure ou cette règle arbitraire de non-accord s’inscrit dans le cadre d’une règle arbitraire d’accord avec le COD antéposé, comme le suggère Chambaron, il suffit de refuser la règle-cadre pour ne pas être embarrassé par la règle de l’exception à la règle.

politburo Maître Répondu le 18 juillet 2021
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