RE: barbarisme

Nous pouvons communier à l’autre. Est-ce correct ? Ne faut-il pas dire communier avec l’autre ?
Merci !

alexialabest Amateur éclairé Demandé le 11 juillet 2022 dans Question de langue
3 Réponses

Dès lors que vous utilisez le verbe communier intransitivement (et c’est en pratique la seule possibilité, bien qu’il existe une ancienne construction transitive au sens liturgique), le verbe n’introduit ni un COD ni un COI.
On analyse donc le complément comme un complément circonstanciel. Et tout est possible pour un complément circonstanciel dans la mesure où seul le sens importe, et qu’on est dégagé des obligations syntaxiques spécifiquement liées au verbe communier.
— Nous communions le dimanche, nous communions l’un avec l’autre, nous communions ensemble, nous communions dans cet espoir, nous communions elle et moi à la mémoire de notre père…
Tout ce qui vous semblera correct pour introduire un complément sera probablement correct.

À mon avis, un complément introduit par « à » est possible, mais contrairement au complément introduit par « avec », il ne met pas sur le même plan les deux personnes qui communient.
— Je communie à mon peuple en lutte (j’y participe), je communie avec mon peuple en lutte (je m’y associe)
Comme on dit :
— Je collabore à ce journal (j’en fais donc partie), je collabore avec ce journal (il y a moi et il y a le journal)

Comme pour tous les verbes en « co-«  (venant du latin « cum » signifiant « avec »), je pense qu’il y a un sens premier, le plus rigoureux syntaxiquement, imposant un sujet pluriel :
— Nous collaborons. Elle et moi collaborons. Nous communions. Elle et moi communions. Nous communions l’un et l’autre. Communier les uns et les autres. Communier l’un et l’autre
et une utilisation au singulier plus récente, qu’on accompagne d’une tournure hélas pléonastique en « avec »
— Je collabore avec elle. Je communie avec elle. Communier les uns avec les autres. Communier avec l’autre...

Je n’ai pas listé les quelques façons de dire, j’ai juste aligné des exemples pour vous convaincre qu’il existe probablement des dizaines de constructions du complément circonstanciel (à, dans, adverbe…), qu’il est possible de reprendre et développer le sujet (nous, elle et moi), et qu’on peut certainement écrire des compléments très développés en se passant du mot « avec ».

Dans votre phrase commençant par « nous », avez-vous choisi si « l’autre » fait ou non partie de ce « nous » (voire l’inverse) ? Avez-vous volontairement mis un sujet au pluriel (et « nous » désigne-t-il quelqu’un ou est-ce un mot théorique ne représentant personne, comme « on » ou le lecteur ?), et un complément au singulier (par « l’autre », voulez-vous dire « les autres » ou « l’Autre » comme « l’Humanité » d’un texte ésotérique). Pour moi votre phrase mettant sur le même plan « nous » et « l’autre » n’est pas très cohérente, mais c’est vous qui savez qui est « nous » et qui est « l’autre ». On ne peut pas deviner, on ne peut pas choisir.

Benezet Grand maître Répondu le 11 juillet 2022
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