Faisant feu au pluriel
Bonjour.
Lors du recensement de la gabelle en 1561 en Savoie, on comptabilisait les habitants par foyers, on parlait alors d’un « faisant feu ».
Quel est le pluriel de cette expression ?
Il ne faut pas aller trop vite en interprétant cette association comme un substantif (l’équivalent d’un foyer). D’après les attestations que l’on peut consulter (voir ICI), il s’agit de l’association d’un participe présent et d’un nom, donc sans pluriel.
Le portail D.M.F. du moyen français (1330-1500) donne comme définition :
– Faisant feu. Ayant son foyer, son âtre ; qui est chef de famille : « … un chacun bourjois de ladicte ville de Lestanne faisant feu et aians chevals traians à charrues, I sestier d’avainne. » (Trésor des chartes du comté de Rethel, 1351).
1- La chose est discutable deux cents ans plus tard, feu sans participe présent étant plein synonyme de foyer à l’époque et non l’expression « faisant feu ».
.2-L’orthographe la plus logique en 2025 pour l’expression « faisant feu » devrait logiquement être « faisant-feu », pluriel « faisant-feux »
Rien n’empêche en effet un rédacteur de fabriquer un « faisant-feu » avec une bonne paire de guillemets s’il en a besoin pour son travail. Le nouveau mot composé étant de sa confection, le pluriel se fera à sa convenance puisque les mots du même ordre (ayant droit, ayant cause) sont aussi des archaïsmes aux graphies capricieuses. On peut se souvenir qu’avant le XVIIe siècle et l’Académie, les participes présents s’accordaient comme des adjectifs, d’où le pluriel surprenant des ayants droit. Avec les règles de 1990 sur l’accord des noms composés, on aboutit finalement à huit combinaisons légitimes :
– des « faisant(-)feu » ;
– des « faisants(-)feu » ;
– des « faisant(-)feux » ;
– des « faisants(-)feux » ;
Un vrai festival !
Un feu d’artifice dirais-je.
Je me permets une petite digression, mais cette discussion sur les formes anciennes et les participes employés comme adjectifs me rappelle une anecdote assez terre-à-terre.
En lisant des textes anciens, on tombe souvent sur des usages qui semblent étranges aujourd’hui, mais qui étaient parfaitement naturels à l’époque. C’est un peu la même chose quand on cherche des solutions à des problèmes très concrets avec des mots simples.
Par exemple, chez moi à la campagne, je pestais souvent contre les taupes et autres petites bêtes. En cherchant des informations, je me suis rendu compte que le vocabulaire utilisé autour de ces solutions était parfois aussi flou que certaines expressions anciennes qu’on analyse ici. J’avais trouvé des explications claires et sans fioritures ici https://mon-repulsif.com/pages/blog
Rien de linguistique, évidemment, mais ça m’avait fait sourire de voir comment, selon le contexte, un même mot ou une même expression peut être compris différemment.
Bref, comme quoi les mots, qu’ils soient anciens ou modernes, gagnent toujours à être replacés dans leur usage réel.
