Abdication de Louis Phillipe / 120 jours de séance(s)

Répondu

Bonjour,
J’ai deux points à soumettre.

1) J’ai lu cette phrase dans un livre de Louis Phillipe faite pour son abdication. L’accord du participe passé me semble fautif. Certainement qu’à cette époque l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir s’accordait aussi avec le sujet. Qu’en pensez-vous ?
« J’abdique cette Couronne que la voix nationale m’avait appellée [sic] à porter, en faveur de mon petit fils le Comte de Paris. Puisse t’il [sic] réussir dans la grande tâche qui lui echeoit aujourd hui.

Louis Philippe

24 Fev.r 1848 »

2) Dans cette phrase, j’aurais écrit « séance » au pluriel en considérant qu’il y a plusieurs séances en 120 jours. De la même manière qu’on écrit « il y a 120 jours de réunions » et « après un an de réunions ». Qu’est-ce qui justifie le singulier ?
– À l’Assemblée nationale et au Sénat, la session unique y est désormais limitée à 120 jours de séance par an

Merci pour vos réponses

Tony Grand maître Demandé le 16 mai 2018 dans Question de langue
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3 réponse(s)
 
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Bonjour Tony, il est difficile de juger l’orthographe d’un texte datant d’un siècle et demi car les conventions orthographiques et le sens de certains mots ont beaucoup évolué depuis. Tout ce qu’on peut dire est qu’aujourd’hui les points que vous y avez relevés seraient effectivement des fautes d’orthographe :

1) m’avait appelée : bien sûr, le participe passé doit s’accorder avec le complément d’objet direct (ici m’ pour moi, Louis-Philippe). Il est peu probable qu’on ait pu faire l’accord avec cette Couronne ou la voix nationale, donc peut-être simplement une erreur d’inattention (on y prêtait sans doute moins d’attention qu’aujourd’hui). Puisse t’il : aujourd’hui une des fautes les plus répandues, à l’époque peut-être la graphie normale ou une variante admise.

2) ici c’est sans doute le sens de séance, qui à l’époque désignait le fait de siéger, qui justifie son utilisation au singulier (de façon analogue à 120 jours de présence, par exemple).

ChristianF Grand maître Répondu le 16 mai 2018

Bonjour Christian,
Merci pour votre réponse.
En effet, vous avez raison, c’est difficile de juger un texte aussi ancien. Comme vous le dites, les conventions orthographiques ne devaient pas être les mêmes. Personnellement, je ne verrais pas un Roi ou un quelconque Chef d’État écrire trois lignes en faisant des fautes. À cette époque, l’accord devait être tout autre.

le 16 mai 2018.
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A l’époque de Louis-Philippe, en 1848, l’accord n’était pas figé…donc l’erreur est « normale ».
Vous avez un petit historique sur Wikipédia pour commencer.

Quant à « séance », c’est toujours la question du terme générique, bien usité dans l’expression « en séance ».
On laisse au singulier : 120 jours de séance = 120 jours « en séance ».

joelle Grand maître Répondu le 16 mai 2018

Bonjour Joëlle,
Merci pour votre réponse et pour votre article. Je venais juste de le lire. J’y ai lu quelque d’interessant.
À l’époque de Vaugelas, on n’accordait pas le participe passé dans les cas suivants :
-Le participe passé du verbe « coûter »
-Le participe passé restait invariable lorsque le sujet était postposé
– Le participe passé restait invariable suivi d’un complément prépositionnel et également suivi d’un infinitif prépositionnel.
– Le participe passé restait invariable
quand il était suivi d’un attribut
Par exemple :
– Les efforts que cette épreuve m’a coûté (construction impossible selon Vaugelas)
– il faut dire la peine que m’a donné cette affaire (sujet postposé)
– Les lettres que j’ai reçu de vous
(complètement prépositionnel)
– C’est une fortification que j’ai appris à faire (infinitif prépositionnel)
– Les habitants nous ont rendu maître de la ville (attribut)

Alors qu’aujourd’hui, toutes les règles prônées par Vaugelas sont désuètes. Dans toutes ces phrases, il faudrait accorder :
– Les efforts que cette épreuve m’a coûtés
– il faut dire la peine que m’a donnée cette affaire
– Les lettres que j’ai reçues de vous
– C’est une fortification que j’ai appris à faire
– Les habitants nous ont rendus maîtres de la ville 

le 16 mai 2018.
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Merci pour cette trouvaille : c’est un exemple intéressant et peu diffusé…

Plus que pour les règles — qui étaient fixées (participe passé ou élision) –, c’est l’occasion de voir que l’orthographe et la grammaire n’étaient au XIXe siècle que peu prisées dans le domaine de la pensée. Même les écrivains considéraient parfois cela comme subalterne, voire vulgaire, d’autant que leurs écrits étaient normalement repris par les imprimeurs et typographes. Les correspondances privées étaient truffées de ce qui nous apparait aujourd’hui comme des fautes. Il faut attendre la fin du siècle pour que cela devienne un sujet de normalisation voire de ségrégation sociale. Il est passionnant de relire les débats à l’époque de Jules Ferry sur la place de l’orthographe à l’école et ses positions résolument contre les dictées et  un enseignement contraignant (vous m’avez bien lu).

L’Histoire est parfois surprenante…

Chambaron Grand maître Répondu le 16 mai 2018

Magnifique !

le 16 mai 2018.

Bonjour Chambaron,
Merci pour votre réponse. Je suis content que mon post vous ait fait plaisir. Il est vrai que la grammaire a énormément évolué depuis 1800 à nos jours. Rien que sur le fait de l’accord du participe passé avec Vaugelas à l’époque à aujourd’hui.
C’est intéressant de regarder en arrière parfois afin de voir comme la langue évolue

le 16 mai 2018.
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Question orthographe est un service proposé par Woonoz, l'éditeur du Projet Voltaire et du Certificat Voltaire.